1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
SALM (Dorothée de) , abbesse de Remiremont
Château d’Anholt (R.F.A.), 17 février 1648 – Remiremont, 14 novembre 1702
Fille de Léopold Philippe Charles, prince de Salm, et de Marie-Anne de Bronkhorst, elle est reçue chanoinesse de Remiremont le 20 novembre 1660 ; elle est immédiatement pressentie par l’abbesse Marie-Anne de Lorraine pour devenir coadjutrice ; ce qui lui est officiellement accordé par une bulle du pape Alexandre VII en date du 5 janvier 1661. Lorsque le 17 juin de la même année, Marie-Anne de Lorraine meurt, elle prend sa place à la tête de l’abbaye romarimontaine où elle fait son entrée solennelle le 30 juin avant de retourner quelques années dans sa famille.
À partir de 1664, elle réside souvent à Remiremont, mais partage son temps avec sa résidence de Neuvillers-sur-Moselle. Le 12 mai 1665, elle accueille le cardinal de Retz et lui fait les honneurs de son abbaye. Au début de 1671, elle s’installe pour six ans en Allemagne, séjournant tantôt à Anholt, tantôt à Aix-la-Chapelle. Son frère Charles Théodore Othon (1645–1710) épouse en secondes noces Louise-Marie, comtesse palatine du Rhin, duchesse de Bavière. Fière de cette alliance prestigieuse, elle revient définitivement à Remiremont en 1677, bien décidée à faire reconnaître la supériorité de son titre d’abbesse depuis longtemps diminué par les habitudes séculières du chapitre.
Par la même occasion, elle exhume les décrets de réforme jamais appliqués de Catherine de Lorraine, sa devancière, visant à introduire la régularité au sein du chapitre. Il s’ensuit un long conflit entre elle et les chanoinesses au cours duquel l’évêque de Toul, les docteurs en théologie de la Sorbonne, le roi de France et la cour de Rome sont successivement saisis. Dorothée de Salm finit par obtenir de Louis XIV des Décrets en forme de règlement pour le chapitre, promulgué de 1692 à 1694, qui deviendront pour le dernier siècle de son existence les statuts définitifs de l’abbaye romarimontaine.
Son abbatiat est encore marqué par la reconstruction de la ville de Remiremont après le tremblement de terre de 1682, par la seconde occupation française dont elle sut, par ses hautes relations, atténuer quelque peu les effets et par la rédaction de l’inventaire des archives du chapitre par Rodolphe Thierry. Elle reçoit en 1699 le duc de Lorraine Léopold, de retour dans ses états. Dans son testament, en date du 9 février 1702, elle lègue à son neveu, le prince de Salm, tous les tableaux qui étaient dans son premier cabinet parmi lesquels se trouvaient deux originaux de Brueghel, L’Hiver et L’Eté, qui font encore aujourd’hui partie des collections du musée d’Épinal. Elle fut inhumée dans un bon mausolée, détruit à la Révolution, érigé au milieu du cimetière paroissial de Remiremont.
[Pierre Heili]