Ernest Joseph Jules Marie GENGENBACH

[ Gruey-lès-Surance (88), 06/11/1903 – Châteauneuf-en-Thymerais (28), 26/12/1979 ]

homme de lettres

Auteur vosgien Biographie vosgienne

1903
Naissance le 6 novembre à Gruey-lès-Surance (Vosges). Fils aîné des cinq enfants de Joseph Gengenbach, sous-officier de carrière au 21° régiment de ligne en garnison à Épinal (devenu capitaine en 1918, il mourra de ses blessures la même année), et de Marie Héloïse Viard.
1916
Il entre au séminaire de Luxeuil, puis au grand séminaire de Saint-Dié.
1919
Avant la fin de ses études, un Dominicain l’emmène à Paris en 1919 pour poursuivre des études de théologie.
1925
Chargé d’enseignement à l’école Saint-Louis de Gonzague, il est surpris en vêtement civil, assistant à une pièce de théâtre. Renvoyé dans les Vosges par le supérieur de l’institution, l’évêque de Saint-Dié lui fait quitter la soutane et le renvoie du séminaire. Sa mère, honteuse, refuse de l’accueillir. Il se réfugie chez Catherine Hérisé, qui tient à Plombières-les-Bains un hôtel pour les curistes. Il y rencontre l’écrivain Pierre Louys qui y séjourne avec l’artiste Germaine Lubin. C’est le scandale. Il part à Gérardmer chez une cousine institutrice afin de se reposer.

Prenant connaissance de la revue La Révolution surréaliste, il écrit à André Breton : celui-ci vient le chercher à Troyes, l’emmène à Paris et l’admet dans le groupe surréaliste. Gengenbach collabore à La Révolution surréaliste sous le nom de Jean Genbach, puis sous celui d’Ernest de Gengenbach. Il se montre dans les cafés littéraires en soutane et en compagnie féminine.
1930
Très théâtralement, il se voue à Satan. Le mouvement surréaliste l’exclut dès 1930, après qu’il eut rejoint l’Église au sein de laquelle il prétend fonder une religion diabolique.

Sa vie sera désormais partagée entre l’existence légère et mondaine dans les milieux littéraires et cinématographiques et des retraites dans des monastères.

Au lendemain de la guerre, il affiche sa liaison avec l’ancienne maîtresse de René Hardy, le résistant soupçonné d’avoir livré Jean Moulin à la Gestapo de Lyon.

Enfin, après un séjour au Maroc puis dans la Montagne Noire où il rencontre René Nelli et admire le catharisme, il se lie avec le mouvement occultiste et les écrivains Camille Creusot et Raymond Abellio.
1949
Il est condamné par l’Église pour avoir soutenu le miracle de la Vierge à Espis dans Espis nouveau Lourdes en 1949, dont l’édition provoque la ruine financière de sa fiancée Élyane Bloch, qu’il épousera en 1953.
1952
Il se rend à Banneux sur l’incitation d’Élyane Bloch et prépare un ouvrage sur la Vierge de Banneux, qui ne paraîtra pas.
1964
Une lettre du 15 mars 1964 exprime ses difficultés financières tout en donnant des informations sur une mission effectuée pendant la Guerre d’Algérie. Je suis en train de régler mes dettes. J’ai un passif de plus d’un million d’anciens francs... [...] Je résume la situation... J’ai été embarqué dans le drame politique de l’affaire d’Algérie. Comme j’avais connu Ferhat Abbas à Alger quand j’étais jeune écrivain surréaliste, et que je suis spécialisé dans l’histoire de la civilisation hispano-mauresque, j’ai été chargé de mission diplomatique officieuse par l’Élysée [Louis Joxe, ministre des Affaires de l’Algérie] et le Vatican pour mettre fin à la guerre d’Algérie.
Mais j’ai pris position contre De Gaulle et dénoncé son caméléonisme machiavélique... ce qui m’a valu toutes sortes d’ennuis que vous pouvez deviner, la saisie d’un livre de moi avant sa sortie... Et comme j’avais dépensé plus de 800.000 anciens francs pour un périple nord-africain - Carcassonne - Tanger par l’Espagne, puis Casablanca-Madrid-Carcassonne, puis Carcassonne-Marseille-Bône, Bône-Constantine-Alger, puis Alger-Rome, Rome-Marseille-Madrid... tous mes frais de déplacement et de séjours en compagnie de mon épouse qui devaient m’être réglés par les Affaires culturelles et le Ministère des Affaires d’Algérie ont été laissés à ma charge par représailles. Il y eut hypothèque de ma maison, saisie gagerie du mobilier...
[...] Je n’ai plus de compte bancaire, plus de compte C.P. et vous règle par celui de ma femme
.
1979
Le couple vit ensuite en Bretagne puis à Châteauneuf-en-Thimerais (Eure-et-Loir) très modestement. Élyane meurt en 1978 et Gengenbach, amputé d’une jambe, décède à l’hôpital de Nogent-le-Roi en décembre 1979. Il est inhumé auprès de son épouse dans le cimetière de Versailles.

La Bibliothèque de Saint-Dié conserve la bibliothèque de l’écrivain et ses quelques manuscrits subsistants.

Notice réalisée (sauf 1964) d’après Albert Ronsin, Les Vosgiens célèbres (1990).

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