1879 —
Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim
CERFBERR DE MÉDELSHEIM Maximilien Charles Alphonse.- Né à Épinal le 20 juillet 1817, commença ses études au collège et au petit séminaire de Strasbourg ; orphelin de père à l’âge de sept ans, et de mère à treize ans et demi, désormais sans appui, sans fortune, placé sous la tutelle illusoire de son cousin Adolphe Ratisbonne, il se fit mousse, après avoir passé quelques mois à l’École des arts et métiers de Châlons.
Il fit son premier voyage à Alger en 1832, et visita une partie de la Méditerranée. A Marseille, il fit ses premières armes littéraires en faisant insérer dans le Garde national des articles sur ses voyages, et des correspondances dans le Journal du Haut et Bas-Rhin. Revenu à Strasbourg, il fut attaché au secrétariat du préfet, et fonda, en 1834, avec la collaboration des principaux littérateurs de la contrée, la Revue d’Alsace. Ne trouvant pas dans cette entreprise, que sa grande jeunesse laissa échapper de ses mains, des ressources suffisantes, il alla, au commencement de 1835, faire partie de la rédaction du Courrier de l’Isère, à Grenoble ; à la fin de l’année, il arrivait à Paris et travaillait au Moniteur du Commerce et à d’autres journaux ; en 1836, il était attaché à l’Écho de Rouen, et prenait part à la fondation du Mémorial de Rouen ; en 1837, revenu à Paris, il rédigeait, avec M. H. Hostein, le Moniteur parisien ; en 1838, il était rédacteur de la Presse, puis du Journal de Paris et du Messager.
En 1839, ayant pris spontanément les armes contre les fauteurs des journées de Mai, il refusa la croix qu’on voulait décerner à sa conduite, et fut, par contre, attaché au ministère de l’intérieur, service des prisons. Dès le mois d’août, il créait à la maison centrale de Poissy, à l’usage des plus jeunes détenus, une école qui servit de modèle à celles qui furent alors établies dans toutes les maisons centrales, et fut chargé de leur direction au ministère de l’intérieur, ainsi que du service des inspections générales.
En 1840, il créa, les premières à ses frais, des bibliothèques comme annexes et complément nécessaire des écoles. Ces travaux administratifs n’empêchaient pas ses publications littéraires. En 1841, Mme la duchesse d’Orléans lui faisait demander, pour l’éducation de ses fils, d’achever la traduction des Contes du chanoine Schmid, commencée à Grenoble. Il la publia en un magnifique volume illustré par Gavarni ; il faisait paraître en même temps ses Lettres à M. de Lamartine sur le système pénitentiaire, où il préconisait l’encellulement des prisonniers, d’accord avec l’illustre Béranger de la Drôme, de Tocqueville, Moreau-Christophe, etc. ; il faisait le Journal des Prisons et des Sociétés de bienfaisance ; publiait la traduction des Contes populaires de l’Allemagne, de Musoeus avec des illustrations des principaux artistes allemands ; prenait la direction de la France administrative, publiait les Villes des Vosges dans l’Histoire des villes de France ; collaborait aux Français peints par eux-mêmes, et à d’autres publications.
A la révolution de Février, sur la prière de Lamartine et de François Arago, il fut nommé l’un des premiers commissaires de la République, et empêcha, à ce titre, l’évasion des détenus de Poissy et de Melun, la destruction du pont de Poissy, des moulins de Corbeil, du château de Fontainebleau. Jugeant sa mission terminée par le calme qu’il avait établi, il revint à Paris, ne voulut pas accepter l’indemnité accordée aux commissaires de la République, refusa à Flocon de succéder à M. Jules Favre comme secrétaire général du ministère de l’intérieur. S’étant distingué aux journées de Juin et désigné comme l’un des plus ardents promoteurs de la suppression des ateliers nationaux, il fut présenté par Lamoricière au général Cavaignac, et refusa de nouveau la décoration, ne voulant pas la recevoir pour cause de guerre civile.
En 1849, l’Association pour l’éducation populaire, présidée par M. Dufaure, le nomma l’un de ses secrétaires et rédacteur en chef de son Bulletin ; en 1850, il alla en Alsace pour s’opposer à l’élection de représentants socialistes. En 1852, le matin même de la promulgation des décrets de spoliation contre la famille d’Orléans, il donna sa démission motivée et se retira de l’administration publique pendant tout l’Empire.
En 1854, le comité des forges de France le chargea de faire dans une grande partie de l’Europe une enquête sur le libre-échange et l’industrie métallurgique ; il consigna, à son retour, ses observations dans un grand volume in-8°. En 1858, après les massacres de Djedda, il parcourut l’Égypte, la Syrie, la Palestine, la Turquie, pour se rendre compte de la situation des chrétiens. En 1863 et 1869, il s’attacha à faire réussir à Paris l’élection de M. Thiers ; en 1867, la Société des livres utiles et du colportage, présidée par M. le marquis d’Audiffret, fit appel à son dévouement et à son expérience pour diriger les opérations de cette Société, à laquelle l’Empereur avait avancé une somme de 40 000 francs, absorbée en grande partie sans résultat. Il lui donna des soins gratuits, et prévoyant, en 1870, la catastrophe qui survint, il voulut rendre les fonds qui lui restaient, et les versa à M. Conti la veille du départ de l’Empereur.
Dès l’annonce de nos premiers désastres, il provoqua une souscription de livres pour les blessés et les prisonniers, et donna l’exemple en envoyant plus de 36 000 volumes et brochures. Il se mit en même temps à la disposition de M. Thiers, de M. Buffet et de la Société de secours aux blessés ; le siége de Paris l’empêcha de sortir à temps pour accompagner une ambulance. Pendant la Commune il fut recherché, et, la dernière nuit, les insurgés envahirent son domicile, situé près des maisons incendiées de la rue Royale, firent sortir sa famille et les habitants de la maison, et, croyant qu’il se trouvait dans le groupe, ils tirèrent sur lui et tuèrent l’enfant du concierge que son fils tenait à la main ; quant à lui, il avait pu s’échapper.
On lui doit, outre les publications déjà indiquées :
- Étude sur l’histoire naturelle et le commerce des sangsues ;
- Les Juifs, leur histoire, leurs mœurs (2e édition) ;
- Paraboles ;
- Étude sur la production des différents gaz d’éclairage ;
- Du Maïs, de sa mouture et de ses qualités nutritives ;
- Études industrielles, à propos des expositions, série qu’il continue et dont plusieurs sont publiées en quatre ou cinq langues ;
- L’Age de papier, études financières et autres ;
- Du Courtage légal, à propos de son abolition ;
- Lettre à un député sur le courtage ;
- Itinéraire de Paris à Alger ;
- collaboration au Moniteur universel, aux Débats, au Constitutionnel, à l’International de Londres, au Mémorial bordelais, au Journal de Bordeaux, etc. Il avait préparé un Traité de blason en cinq langues : le manuscrit lui a été volé.
Il a pris aussi le pseudonyme Max de Tomblaine.
Cette notice nous a pris plus de place que nous ne pensions ; on se laisse volontiers à dire ce que l’on est, ce que l’on a fait, surtout lorsqu’on accepte la responsabilité d’une oeuvre telle que la nôtre ; il peut être utile de s’efforcer de la justifier.
1897 —
Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve
CERFBERR DE MÉDELSHEIM Maximilien Charles Alphonse.- Né à Épinal le 20 juillet 1817, mort à Paris en 1883.
Publiciste et homme de lettres.
La première partie de sa vie lut consacrée à des voyages en Algérie et en Orient. Rentré en France en 1836, M. Cerfberr de Médelsheim demeura quelque temps attaché à l’administration des prisons, au ministère de l’Intérieur. En 1848, il exerça les fonctions de commissaire de la République dans le département de Saône-et-Loire. Depuis cette époque, il s’est exclusivement consacré à des études littéraires et d’économie politique. Il a traduit de l’allemand pour l’éducation du comte de Paris : les contes populaires de Musaeüs et les contes du chanoine Schmid.
On lui doit aussi de nombreux articles publiés dans le Journal du Haut-Rhin, la Revue d’Alsace, le Courrier de l’Isère et le Journal des prisons, et un grand nombre d’autres publications périodiques.
Il est l’auteur des ouvrages suivants :
- Voyage de la duchesse d’Orléans en France, 1837 ;
- Projet d’établissement d’un pénitencier à Paris, 1841 ;
- Ce que sont les Juifs en France, 1843 ;
- La Vérité sur les prisons ;
- Lettre à M. de Lamartine ;
- Les Condamnés libérés, 1844 ;
- Les Juifs, leur histoire, leur civilisation et leurs mœurs, 1846 ;
- De la colonisation de l’Algérie par les pauvres, les orphelins et les condamnés libérés, 1847 ;
- Paraboles, 1854 ;
- Notes de voyages ;
- Libre échange, 1855 ;
- Les Grandes industries, 1856;
- L’État actuel de la métallurgie en Europe, 1858 ;
- Vénalité des offices ;
- Du courtage, 1865 ;
- L’Épargne par la dépense ;
- La Police d’assurances, 1867 ;
- Études industrielles sur l’Exposition de 1867, douze volumes;
- Biographie Alsacienne-Lorraine, 1878 ;
- Histoire d’un village, 1881.