Denis ANTOINE

[ Epinal (88), 01/02/1954 – Osny (95), 01/08/2011 ]

directeur Culture, commissaire priseur

Biographie vosgienne

2011 — Vosges Matin

Denis Antoine, le magicien d’Épinal

Brillant ordonnateur culturel de Philippe Séguin à Épinal, puis commissaire-priseur réputé sur la place de Paris, Me Denis Antoine est décédé le 1er août.

Après quatre ans de combat contre un cancer du pancréas, Denis Antoine a déposé les armes, à l’âge de 57 ans. Né à Belfort, dans une famille d’huissiers de justice, le défunt embrasse des études de Droit à Nancy, à l’époque où Jack Lang lance le Festival mondial du théâtre universitaire. Au contact du théâtre Tsé ou de Bob Wilson, le jeune homme conçoit un attrait pour le spectacle vivant.

Appelé en 1983 par Philippe Séguin, nouveau maire d’Épinal, pour diriger les affaires culturelles de la cité des Images, Denis Antoine enlumine le quotidien des Spinaliens de façon extraordinaire pour l’époque et pour une ville de 40 000 habitants. Il accueille Pierre Boulez et met le pied à l’étrier du Floréal musical où il reçoit William Christie et les Arts Florissants ou Barbara Hendricks. Il crée le festival des Larmes du rire et invite sur ses planches Grand Magasin, Zingaro aux prémices de sa carrière, ou l’Américain délirant Django Edwards.

En quelques années, Danses à Épinal s’impose parmi les rendez-vous chorégraphiques les plus courus de France par les jeunes compagnies, dont celle de Philippe Découflé découvert avant tout le monde. Le Festival de la caricature politique fait couler sur les bords de la Moselle plus d’encre que de longs discours. Denis Antoine célèbre en outre la rencontre d’Épinal et de l’art contemporain. César, Bernar Venet, Buren sèment leurs oeuvres dans le dédale urbain, tandis que le musée départemental se métamorphose dans un design verre et béton parfaitement contemporain.

En osmose avec Philippe Séguin avec lequel il noue une amitié profonde et réciproque, qui l’amènera à préparer avec lui la malheureuse campagne de la mairie de Paris en tant que conseiller culturel, Denis Antoine change de vie au début des années 90.

Marié à Anne Loeff, fille d’un diplomate hollandais, directeur général de la Commission Européenne, et avocate, il prend la direction de Paris avec ses deux fils, Barthélémy, aujourd’hui réalisateur et producteur, et Constantin, étudiant en cinéma à la Femis.

Esthète et passionné d’art, Denis Antoine devient commissaire-priseur à Pontoise. Avec ses associés, Mes Martinot et Savignat, il crée Aponem Enchères MSA, l’une des charges les plus florissantes d’Ile-de-France. Denis Antoine s’occupe notamment des successions de Matisse et Niki de Saint-Phalle ou du designer Royère. Le commissaire-priseur traite également les ventes prestigieuses d’Albert Marquet et plus récemment de l’artiste allemand Otto Wols, dans laquelle il s’investit beaucoup durant les derniers mois de sa vie. Président du Festival de musique d’Auvers-sur-Oise depuis 2005, président de Ville ouverte, fonds photographique sur l’architecture et la ville, Denis Antoine fait partager sa passion pour l’art et la beauté au plus grand nombre.

Ses obsèques religieuses seront célébrées mardi 9 août, à 14 h, en l’église Notre-Dame d’Auvers-sur-Oise, décorée par Van Gogh. Denis Antoine sera ensuite inhumé au cimetière de la ville à deux pas des tombes de Théo et Vincent Van Gogh, et de celle du peintre du mouvement Cobra, Corneille, décédé en 2010, et qu’il aimait beaucoup.


[Vosges Matin, 7 août 2011].

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