1946 —
La Liberté de l’Est
Galerie des Braves Gens
La belle ouvrage dans la paix comme dans la guerre
Un jeune Spinalien, l’un des héros des commandos qu’illustra Vuillaumé
Nous avons eu l’occasion d’évoquer la belle figure du magnifique soldat que fut le capitaine Vuillaumé, enfant d’Epinal, tombé glorieusement en Alsace à la tête d’un commando de parachutistes, en décembre 1945.
Si les chefs comme Vuillaumé ont inscrit dans le grand livre de l’Histoire des pages de gloire, il est juste de rappeler que les hommes des commandos furent dignes de leurs chefs. D’un courage indomptable et réfléchi, ils n’étaient pas, comme certains le croient trop volontiers, des baroudeurs avides d’aventure, des têtes brûlées...
Simplement des garçons qu’animait leur ardent amour de la Patrie.
On sait que parmi eux se trouvaient de nombreux Vosgiens. Voici d’ailleurs rappelée l’histoire de l’un d’entre eux, Spinalien comme Vuillaumé, et comme lui sans peur au combat.
André Paradis, demeurant 14 rue Jean-Charles Pellerin, employé comme ouvrier électricien à la maison Iung, avait été réformé pour faiblesse de constitution. Désigné pour le travail obligatoire, il dut comme tant d’autres quitter la France pour travailler chez l’ennemi. Mais ce Français de bonne trempe n’était pas du tout disposé à se plier aux exigences des nazis. A la première occasion, il s’évada d’Allemagne.
Son histoire devint celle de milliers d’autres jeunes gens : l’évasion de France, avec tous ses périls et toutes ses fatigues. Puis, après plusieurs mois d’internement dans un camp de concentration espagnol, l’arrivée au but tant désiré : l’Afrique du Nord.
Au débarquement de Saint-Raphaël, on le retrouve soldat des commandos, dans la compagnie Vuillaumé. Puis ce fut la campagne de France, l’Alsace, et enfin la déroute des nazis à laquelle ces héros prirent une large part.
Le jeune Paradis aurait pu, en raison de sa spécialité, suivre tout simplement les troupes derrière le front dans un atelier où la main-d’oeuvre faisait défaut. Mais il n’avait affronté tant d’aventures que pour se battre. Les galons de caporal et deux magnifiques citations témoignent éloquemment de son courage.
Démobilisé dès la fin des hostilités, il reprit la réparation et le montage des postes de TSF, en apportant à son travail, comme à la guerre, l’amour de la belle ouvrage et en oubliant, moderne cincernatus, qu’il fut un de Ceux des commandos.
Avec une pareille jeunesse, la France peut avoir une confiance en l’avenir, quelle que soit l’amertume des temps présents.
[Anonyme, La Liberté de l’Est, 3 août 1946]