Henri Charles CLAUDEL

[ Corcieux (88), 31/03/1879 – Veuxhaulles-sur-Aube (21), 10/08/1957 ]

ingénieur

Inventeur du carburateur.

Biographie vosgienne

1957 — Le Bien public

Henri Claudel, savant et grand inventeur, vient de disparaître


Un inventeur génial, doublé d’un travailleur infatigable, vient de diparaître le 10 août dernier dans sa propriété de Veuxhaulles-sur-Aube, où il s’était aménagé depuis de longues années un atelier laboratoire et différents champs d’expériences.

Il s’agit de M. Henri Claudel, ingénieur constructeur, auteur de nombreuses inventions sur une vaste échelle technique qui va du moteur thermique aux armements les plus modernes, mais qui est surtout connu dans le monde entier pour toutes ses créations de carburateurs d’automobiles et d’aviation.

D’origine modeste, né à Corcieux (Vosges) en 1879, sorti premier diplômé de l’école industrielle des Vosges, prenant sur son sommeil pour enrichir sans cesse ses connaissances techniques par l’étude des cours de Polytechnique et de Centrale prêtés par d’éminents techniciens émerveillés de ses facultés d’assimilation. Il fut successivement ingénieur à la société des moteurs Gnome, chef du service des études à la compagnie des moteurs Niel, collaborateur de Forest, lequel fut le créateur du moteur à explosion, et chef du laboratoire de la société Mors.

Le père de la carburation

En dehors de son travail, après avoir inventé un nouveau moteur à deux temps et le principe des armes automatiques, en établissant les plans d’une première mitrailleuse proposée au ministère de la guerre, il est le premier à établir une théorie scientifique valable de la carburation, par une communication faite à la Société des Ingénieurs civils de France en 1903. C’est cette théorie, ainsi que les brevets et appareils réalisés, qui devaient le faire dénommer dans le monde entier le père de la carburation.

Cette possibilité d’assurer automatiquement la constance de la composition du mélange gazeux à toutes les allures du moteur grâce aux perfectionnements que M. Claudel apportait au carburateur, cette âme et ce poumon du moteur devaient permettre au moteur à explosion lui-même un essor considérable.

Dès 1905, Henri Claudel réussit à utiliser des produits lourds tels que le pétrole lampant dans un moteur ordinaire, simplement par l’adaptation de ses carburateurs. Ses créations dans ce domaine se succèdent alors à un rythme ahurissant. Un peu plus tard, par la création du carburateur Claudel d’aviation, tel avion obtenait un tel gain de puissance en même temps qu’une telle économie de consommation, qu’il en améliorait de façon considérable et sa vitesse et la durée de chacun de ses vols. Les meilleurs résultats officiels et les records furent obtenus pendant la guerre. Au nombre des performances les plus remarquables du carburateur d’Henri Claudel, on peut citer :
- la seule traversée de l’Atlantique en avion par Alcook, soit huit années avant Lindberg ;
- le seul raid Londres-Australie par Ross Smith ;
- la seule traversée de l’Atlantique en dirigeable par le Ro 34 ;
- la traversée de la Manche en aviette par Barbot ;
- le fameux raid Pelletier d’Oisy en 1924 dont l’heureux résultat fut commenté par le général de Goys à la Sorbonne dans sa conférence du 16 juin 1924.

Il fut donc tout naturel que ces carburateurs furent adoptés par toutes les armées alliées au cours de la Grande Guerre de 1914. L’ennemi lui-même, au bout d’un certain temps, après la capture de quelques appareils, les imitèrent servilement. Les brevets de M. Henri Claudel, auxquels il fut le seul à apporter des améliorations sensibles, restèrent à l’avant-garde de cette technique.

Cela lui valut d’ailleurs de nombreux imitateurs et contrefacteurs, et donna lieu à des procès de contrefaçon retentissants qu’il gagna, naturellement, mais qui lui firent perdre un temps précieux.

A vrai dire, il n’y a plus un seul moteur qui tourne au monde sans utiliser ses brevets et ses idées initiales.

La suprématie dans ce domaine faisait dire au grand technicien Charles Faroux, fondateur de La Vie automobile et créateur des 24 Heures du Mans, peu de temps avant sa mort survenue au printemps [le 9 février 1957] : Claudel : la grande lumière de la carburation. Ses vastes connaissances, son intuition technique bouleversante, l’originalité de ses hypothèses avant les expériences, la sûreté dans sa façon d’en apprécier les résultats, le firent rechercher comme ingénieur-conseil des plus importantes firmes automobiles.

Membre de la Société des Ingénieurs de France, de la Société des Savants et des Inventeurs de France, sa puissante imagination sut s’adpter à tous les domaines.

Les mines fluviales

C’est ainsi que, dès l’automne 1939, Ch. Reibel, président de la commission de l’armée, ayant fait approuver par les généraux Gamelin et Georges l’idée de profiter de la situation topographique de toutes les armées alliées en amont de l’ensemble des fleuves et rivières pour employer des mines flottantes, afin de détruire les ponts indispensables aux communications de l’ennemi, fit appel à M. Henri Claudel.

Celui-ci, très rapidement, dégagea les principes techniques nécessaires et trouva la solution qui permettait de laisser naviguer un engin inerte au milieu du courant principal, sans risque de le voir s’échouer sur les rives. L’appareil réalisé par Henri Claudel et présenté à M. Winston Churchill et aux ingénieurs de l’amirauté venus spécialement à Paris, fut pour eux une révélation qu’ils ont utilisée dans les mines fluviales dont parlent les Mémoires du Premier Ministre anglais.

De même, la Marine anglaise s’est servie, pour ses canons anti-aériens réunis autour d’une armature commune resserrant progressivement leur impact autour de l’objectif visé, d’une idée que M. Claudel avait appliquée à des mitrailleuses.

Hélas, la catastrophe de 1940 a empêché la mise au point sur notre sol de ces inventions et de bien d’autres ! Durant l’Occupation, Henri Claudel poursuivit ses recherches dans l’ombre, tout en aidant de son mieux les maquisards de sa région.

Après la Libération, il reprit dans son usine-laboratoire de Veuxhaulles ses études de 1939 concernant les projectiles et fusées étagés, et à côté de nouveaux perfectionnements aux carburateurs, il mit au point des idées neuves sur les turboréacteurs afin d’en augmenter la puissance et la durée tout en réduisant sensiblement leurs grandes consommations.

Dans les domaines les plus variés, sa tâche se poursuivait encore. On le vit dernièrement créer un appareil pour réduire certaines fractures graves, lequel intéresse déjà d’éminents spécialistes.

Travailleur acharné, chercheur infatigable qui sut se faire aimer de tous ceux qui l’ont approché, son intelligence n’avait d’égale que sa modestie et sa simplicité, car c’était un homme bon et profondément généreux.

Il donna, et plus souvent qu’à son tour et sans publicité, les preuves de son désinteressement.

En ces temps d’arrivisme forcené, peu d’hommes ont accumulé une pareille somme d’activité et de travail dans l’intérêt de tous.

La mémoire d’un tel homme mérite bien un hommage particulier que pour sa part la population de Veuxhaulles unanime a déjà rendu au plus éminent de ses concitoyens.


[Anonyme, Le Bien public, 18 août 1957]

1957 — La Liberté de l’Est

Souvenirs sur Henri Claudel,
inventeur du carburateur



Un de nos lecteurs et amis, M. André Boucher, l’industriel rambuvetais bien connu, eut l’occasion, dans sa jeunesse, de rencontrer à plusieurs reprises Henri Claudel, l’inventeur du carburateur, dont nous avons récemment annoncé le décès.

Le père de M. André Boucher, notre éminent compatriote Henri Boucher qui fut un grand ministre du Commerce, s’était intéressé, en effet, aux essais et inventions du jeune Henri Claudel. Estimant qu’un pareil talent méritait d’être encouragé, il le mit en relation avec le marquis de Dion, fondateur de la célèbre marque automobile de Dion-Bouton. Bien accueilli, Henri Claudel procéda alors aux essais, sur moteurs fixes et sur automobiles, des carburateurs qui le rendirent célèbres.

- C’était, nous dit M. André Boucher que nous remercions bien vivement de ses très intéressantes précisions, un autodidacte, un esprit inventif très remarquable. Il s’attacha d’abord aux problèmes de l’emploi du pétrole lourd aux moteurs à explosion. Il le résolut avant l’apparition du moteur Diesel en imaginant un carburateur spécial, dit gazéificateur, pour lequel il prit de nombreux brevets en France et à l’étranger.

En 1904, Henri Claudel vint de Paris à Corcieux, son pays natal, puis à Gérardmer, dans une de Dion à moteur monocylindrique équipé de son carburateur à pétrole, une de ces machines, révolutionnaires pour l’époque, qui semait l’effroi en même temps qu’elle suscitait une intense curiosité dans nos campagnes.

Et M. André Boucher a gardé un souvenir fort vif des randonnées qu’il fit dans les Vosges avec l’inventeur de Corcieux. Le véhicule qui serait maintenant un inestimable objet de musée, fut conservé plusieurs années par M. Henri Boucher.

Le carburateur comportait un dispositif chauffé par les gaz d’échappement qui gazéifiaient le pétrole et le rendaient propre à la carburation. La voiture démarrait à l’essence contenue dans le petit réservoir auxiliaire et, au bout d’un moment, on passait au pétrole en manoeuvrant un robinet à portée du conducteur.

Mais l’usage révéla plusieurs inconvénients. Le fonctionnement était assez défectueux. Les voitures se faisaient remarquer par de violentes pétarades.

Claudel limita l’emploi de ce carburateur aux moteurs fixes et s’attacha, dès lors, à perfectionner le carburateur à essence dont il établit la théorie et aboutit à créer les modèles universellement connus qui firent sa fortune.


[Anonyme, La Liberté de l’Est, 3 septembre 1957]

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