1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
SAXE (Marie-Christine, duchesse de), princesse de Pologne, coadjutrice puis abbesse de Remiremont
Varsovie, 12 février 1735 – Brumath, 19 novembre 1782
Marie-Christine de Saxe est la fille du prince–électeur de Saxe, Frédéric Auguste II, roi de Pologne sous le nom de Frédéric Auguste III qui avait épousé en 1719 Marie–Josèphe, fille de l’empereur d’Autriche Joseph Ier. Elle était par sa sœur Marie–Josèphe de Saxe (1731–1767) épouse du dauphin de France, la tante des trois derniers Bourbons.
Élevée dans la religion catholique et dans la langue française, elle reçoit une éducation soignée. Très cultivée mais peu jolie, elle est envoyée en France auprès de sa sœur la Dauphine. Elle commence par un séjour aux eaux de Plombières en 1762 où elle est accueillie par ses belles-sœurs, Mesdames Adélaïde et Victoire, en cure pour la deuxième fois dans la station thermale vosgienne. Un projet de mariage entre elles et Stanislas Leszczynski, imaginé par la reine de France, échoue.
Cependant, Marie–Christine est accueillie fréquemment à Lunéville, à la Malgrange ou à Commercy avant de séjourner une année à la cour de Versailles. Ne trouvant pas à se marier, l’établissement de la princesse s’effectue par l’obtention de la coadjutorerie de l’abbaye de Remiremont accordée par la baisse Anne–Charlotte de Lorraine. Elle est apprébendée à Remiremont le 7 juin 1763, élue à l’unanimité coadjutrice le lendemain est confirmée dans cette fonction par le pape en janvier 1764. Le roi Louis XV lui accorde une pension annuelle de 40 000 livres. Elle habite fréquemment dans le somptueux palais abbatial de Remiremont construit 10 ans plus tôt pour Anne-Charlotte. Elle effectue d’incessants déplacements qui la ramènent à Versailles, Paris, Lunéville et aux eaux de Plombières dont elle est une curiste fidèle. Partout elle mène une vie très mondaine.
À partir de 1770, Marie-Christine fait du château de Brumath en Alsace sa résidence ordinaire. Élue abbesse titulaire à l’unanimité, après le décès d’Anne-Charlotte de Lorraine en novembre 1773, elle fait son entrée solennelle à Remiremont le 16 mai 1775 et y revient en décembre de la même année pour assister aux fêtes données en l’honneur de sa coadjutrice Anne-Charlotte de Lorraine-Brionne. Toujours aimable, spirituelle, prompte en répartie, elle était, hélas, devenue d’une obésité. Cela ne l’empêche point de se livrer à son plaisir favori : la chasse à l’affût, qu’elle pratique tant à Brumath que lors de ses séjours à la cour du prince-évêque de Bâle, à Porrentruy.
En 1779, elle acquiert à Strasbourg, pour en faire sa résidence d’hiver, deux hôtels particuliers communiquant entre eux, qu’elle fait reconstruire en grande partie, y dépensant 400 000 livres. Elle y reçoit somptueusement sa sœur Marie-Cunégonde, abbesse de Thorn. Il ne se passe guère d’années sans qu’elle effectue un retour à Remiremont : en 1781 pour l’apprèbendement de Mme de Schoenau, et en 1782 pour tenter d’y résoudre un conflit entre les chanoinesses à propos de l’élection de la dame secrète. Cette querelle assombrit les derniers jours de son existence. Revenue en octobre en Alsace, elle tombe malade, dicte son testament le 17 novembre et meurt le 19. Sa dépouille mortelle est acheminée à Remiremont et inhumée dans l’église des Dames, au cours de grandioses cérémonies qui se déroulent les 15 et 16 décembre.
La ville de Remiremont doit à cette abbesse, la dernière qui ait vraiment résidé un certain temps dans son abbaye, des égouts pour l’écoulement des eaux croupissantes et l’inventaire des archives du chapitre (travail colossal qui demanda 26 ans d’efforts au cordelier Claude Vuillemin) ; et l’obtient du roi 144 000 livres pour la reconstruction de l’église capitulaire détruite par un incendie en 1778 ; enfin elle fit reconstruire les églises de Bayon, Dombrot-sur-Vair, Fresne et Valfroicourt.
Bibl. : Puton (Francis).- Deux sœurs abbesses, tantes de Louis XVI.- in Bulletin de la Société philomatique vosgienne, 1970.
[Pierre Heili]