1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
RICHARD-WILLM (Pierre), comédien et metteur en scène
Bayonne, 3 novembre 1895 – Paris, 12 avril 1983
Né d’un père ingénieur, originaire de l’Isère, et d’une mère alsacienne, il fait à l’école alsacienne de Paris la connaissance de Jean Pottecher, fils de Maurice Pottecher, fondateur du Théâtre du Peuple de Bussang. Invité à passer ses vacances dans les Vosges, l’ambiance de Bussang lui plaît ; il y revient tous les étés, fait de la figuration dans les pièces jouées sur la célèbre scène vosgienne et tient un petit rôle dans Le Mystère de Judas Iscariote, donné en 1911.
La situation de son père ayant amené la famille à Nantes, c’est dans cette ville qu’il termine ses études secondaires et qu’il entre à l’Ecole des Beaux Arts où s’affirme une vocation de décorateur de théâtre. L’art dramatique le passionne sous tous ses aspects, mais aussi la sculpture (il réalise des figurines en cire inspirées des ballets russes qui seront exposées à Paris et recherchées par les collectionneurs) ainsi que la musique (ses dons de pianiste lui vaudront d’interpréter le rôle de Liszt dans la célèbre pièce Rêve d’amour).
Fait prisonnier pendant la guerre de 1914-1918, il prend part à la réalisation de nombreux spectacles dans le camp où il est détenu. Après la guerre, il renoue avec Bussang et participe à la reconstruction du théâtre. En 1923, il monte à Bussang Les Caprices de Marianne et, en 1925, il joue dans une pièce de Pottecher, Amys et Amyle. Son jeu est remarqué par Ida Rubinstein qui l’attire à Paris où il interprète le rôle masculin dans La Dame aux camélias, sur la scène de l’Odéon.
Gémier, alors directeur de cette salle, l’engage dans sa troupe. Pendant quatre ans, il joue de nombreux rôles romantiques et connaît un tel succès que le cinéma le remarque. En 1930, il tourne avec Cavalcanti, Toute sa vie, avec Marcelle Chantal comme partenaire. On dit que son cachet lui permit de s’acheter le piano à queue dont il rêvait et qu’il accepta un second rôle au cinéma pour se procurer l’appartement proportionné à l’instrument !
On le retrouve avec Jacques Feyder dans le légionnaire du Grand Jeu (1933) et dans La loi du Nord (1939). Avec Max Ophuls, il tourne Yoshiwara en 1937 et la même année Carnet de bal de Julien Duvivier. On le voit encore dans le Courrier-Sud, La Dame de Malacca, La Duchesse de Langeais… C’est un des jeunes premiers les plus en vue du cinéma français des années 1930-1940 ; ses partenaires ont pour noms Françoise Rosay, Marie Bell, Edwige Feuillère, Michèle Morgan…
Cependant le succès ne lui fait pas oublier la scène de Bussang où s’épanouissent, loin du vedettariat et du parisianisme, ses talents de créateur. Le Théâtre du Peuple lui offre un champ d’action pour l’utilisation de ses dons et de ses goûts dans tous les domaines : décors, mises en scène, costumes, interprétation. Prenant le relais de Maurice Pottecher dont l’âge diminue l’activité, il inaugure en 1936 de longues années de direction théâtrale à Bussang avec la reprise de L’Anneau de Sakountala. Il a tout repensé, maquettes, costumes, mise en scène, avec somptuosité, offrant un spectacle d’une inoubliable beauté et d’une intense poésie, rehaussé d’autre part par l’éclat de son prestige. Une nouvelle impulsion est donnée au théâtre bussenet qui connaît sous sa direction des années fortes : les représentations des années 1936, 1937, 1938 et 1939 sont données à guichets fermés. La deuxième guerre mondiale ayant à nouveau endommagé le Théâtre du Peuple, il participe à sa renaissance en 1946.
A partir de cette date, il délaisse l’administration du théâtre pour ne plus assurer que les mises en scène pottecheriennes, ayant par ailleurs totalement abandonné ses activités cinématographiques. Il assure la création des nouvelles pièces du poète vosgien : Burubu (1947), Mélusine et son mystère (1948), Jean de l’Ours (1952) et L’Empereur du soleil couchant (1955) ainsi que de nombreuses reprises parmi lesquelles il convient de citer Le Château de Hans, pièce dans laquelle il incarne d’une façon inoubliable le personnage principal, romantique et tourmenté, avec une éternelle jeunesse. Tous les hivers, il travaille chez lui à la préparation du spectacle estival. En juin, il arrive à Bussang, met l’équipe au travail en vue des traditionnelles représentations de juillet et d’août. Il perpétue, après la retraite du fondateur, la tradition du Théâtre du Peuple, tout en sachant moderniser les spectacles et faire appel aux techniques nouvelles.
En 1970, il abandonne la direction artistique du théâtre au metteur en scène Tibor Egervari et occupe sa retraite à la rédaction de mémoires qui paraissent en 1976 sous le titre de Loin des étoiles, titre qui résume bien la vie de celui qui, à l’éclat d’une carrière parisienne, préféra la douce lumière d’un théâtre vosgien, simple, naturel et sincère. Pierre Richard-Willm repose au cimetière de Bussang, village qui fut au cœur de sa vie.
Bibl. : Jeanclaude (Georgette).– Un poète précurseur, Maurice Pottecher et le Théâtre du Peuple, 1960, p. 244-248.
[Pierre Heili]