1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
PERNET (André), basse d’opéra
Rambervillers, 6 janvier 1894 – Paris, 23 juin 1966
A partir de 17 ans, il mène de front des études de droit voulues par ses parents et des études de chant vers lesquelles, très jeune, il s’était senti attiré mais que l’intransigeance familiale l’oblige à poursuivre clandestinement. Après la guerre, il entre au Conservatoire de Paris dans la classe d’André Gresse, pour le chant et dans celle d’Emile Dumontier, pour la scène. Ses études terminées, il connaît la dure et ingrate vie des petits théâtres de province : Nice, Caen, Strasbourg, Deauville, Toulouse, Genève l’accueillent successivement avant son entrée, en 1928, à l’opéra de Paris, dans Faust.
D’emblée, le public qui apprécie sa voix mais aussi l’acteur, lui accorde le succès dans le rôle de Méphisto qu’il interprétera jusqu’à la fin de sa carrière. Viennent ensuite les rôles du Roi dans Aïda, de Wotan dans la Walkyrie et de Boris Godounov. Son interprétation de Basile dans le Barbier de Séville en 1933 impressionne fortement la critique. En 1944, sous la direction de Bruno Walter, il chante Don Juan d’une façon éblouissante.
Mais entretemps, il débute une carrière à l’Opéra-Comique, salle Favart, où dès 1931, il reprend le rôle de Don Quichotte. Il triomphe dans les quatre rôles des Contes d’Hoffman puis dans Louise, ce qui lui vaut d’être l’interprète de cette œuvre en 1938 dans une version filmée aux côtés de Grace de Moore et de Georges Thill. Dans chacun de ces rôles, il recrée d’une façon toute personnelle des personnages archi-connus des amateurs.
Ce goût pour la nouveauté le porte tout naturellement à la création d’œuvres contemporaines : Persée et Andromède de Jacques Ibert, Vercingétorix de Canteloube, Œdipe de Georges Enesco, où la critique dit de lui que son jeu atteignait la grandeur d’un Mounet-Sully, et surtout Le Marchand de Venise de Reynaldo Hahn qui lui adressa un jour ce compliment : Je n’aurais jamais cru que l’on pût rendre ma musique shakespearienne à ce point ; nul autre que Pernet n’est capable de jouer Shylock aussi parfaitement.
Bibl. : Pâris (A.).– Dictionnaire des interprètes, Robert Laffont éd., page 570.
[Pierre Heili]