1957 —
Le Pays lorrain
A. Ohl des Marais.- Albert Ohl des Marais s’est éteint le 15 septembre à l’hôpital de Foucharupt à l’âge de 85 ans.
Il fut un artiste, un historien et un glorieux soldat. Mobilisé en 1914 à Epinal, il devint officier interprète et en 1917 rejoignait l’armée d’Orient. Les Russes le décorèrent de la Croix de Chevalier de Sainte-Anne. Il reçut la Légion d’honneur à titre militaire en 1923.
Grand artiste, Ohl des Marais se révéla vite très bon graveur, et son oeuvre fut très féconde. Il fit don au musée de Saint-Dié de très nombreux dessins reproduisant la ville disparue.
Son oeuvre historique, comme son oeuvre atistique est irremplaçable. Fouilleur d’archives acharné, il ressuscita le Saint-Dié d’autrefois grâce à des fonds aujourd’hui détruits. Le défunt était vice-président de la Société philomatique vosgienne.
[Le Pays Lorrain, 1957, N° 3, p. 115]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
OHL DES MARAIS (Albert), graveur, historien
Saint-Pétersbourg (Russie), 25 décembre 1871 – Saint-Dié, 15 septembre 1957
Jacques-François Ohl, tanneur de Strasbourg, ayant crié Vive la République ! au passage du prince Louis Napoléon Bonaparte, est expulsé avec sa famille et s’installe en Russie où son fils devient ingénieur. Son petit-fils naît à Saint-Pétersbourg, mais ses parents reviennent en France quelques années plus tard et Albert Ohl effectue ses études secondaires au collège de Saint-Dié. Il fréquente ensuite à Paris, pour satisfaire sa vocation artistique, les ateliers de Franc-Lamy pour le dessin, de Lasserre et de Mathey-Dorey pour la gravure. Dès 1903, il débute au salon des Artistes Français et devient sociétaire en 1904. Il expose, gravées au burin et à l’eau forte, des reproductions de tableaux puis des œuvres originales dessinées sur le motif et gravées : le Château de Kaysersberg, le Vieux cloître de Saint-Dié, le Portail du palais ducal. La qualité de ses planches est remarquée par la critique ainsi que l’abondance des sujets, témoins d’un travail acharné.
Mobilisé en 1914, il est lieutenant interprète auprès des troupes russes envoyées sur le front français, au camp de Mailly, puis il part en Orient et revient en 1919 constellé de décorations gagnées sur divers fronts. Pour subsister, il prend un portefeuille d’agent d’assurance, mais il en vit chichement et son épouse tient un commerce de broderie.
Son œuvre graphique est considérable. A côté des monuments, il a exécuté des ex-libris, des cartes publicitaires. Il consacre également beaucoup de temps à la recherche des événements historiques de la ville et de la région qu’il aime : certaines sont publiées dont Histoire chronologique de la ville et du val de Saint-Dié (1947) et Histoire chronologique de la principauté de Salm et des abbayes de Moyenmoutier et de Senones (1951). ; d’autres, consacrées à l’histoire des pompiers et de la garde nationale à Saint-Dié, sont restées manuscrites. Ses travaux sur l’histoire de Saint-Dié sont d’autant plus utiles qu’ils font état de pièces d’archives qui ont disparu dans l’incendie de 1944. Il travaille également sur l’histoire de l’art et publie dans Biblys plusieurs études sur Gabriel Salmon, les Woeiriot, François Collignon, Claude Charles (1895) ; L’art de la gravure en Alsace, XVe–XVIIIe siècles (1930), La gravure en Lorraine aux XVIIe-XVIIIe-XIXe siècles dans le Bulletin de la Société Philomatique Vosgienne de 1956 et 1957, Les arts en Lorraine au XVIe siècle, dans le Bulletin de la Société Philomatique Vosgienne, 1956.
Il publie aussi de beaux livres sur Saint-Dié, enrichis de ses gravures : Saint-Dié de jadis à nos jours (1927) et Images et aperçus du Vieux Saint-Dié (1947).
L’importante collection de livres et de gravures réunie par ses soins a enrichi, selon ses vœux, la bibliothèque et le musée de Saint-Dié.
Il était titulaire de la croix de guerre 1914-1918, de la croix des opérations extérieures, de diverses décorations étrangères, des palmes académiques et il était chevalier de la Légion d’honneur.
Bibl. : Grandblaise (H.).– Albert Ohl des Marais, in Bulletin de la Société Philomatique Vosgienne, volume LXI, 1957, p. 6-9.
[Albert Ronsin]