Paul Theiller n’est plus

Cela fait quelque temps déjà que la "rumeur" court les rues d’Epinal. En laissant beaucoup sceptiques : si Paul Theiller, une figure si connue de la cité, était décédé, cela se serait su.
Il ne s’agit pourtant et hélas pas d’une rumeur : Paul Theiller est bien décédé. Et sa famille a respecté ses dernières volontés en n’ébruitant pas sa disparition. C’est dans la plus stricte intimité que l’ancien résistant et commerçant a été enterré il y a près de deux semaines, après une très discrète cérémonie vécue en la basilique Saint-Maurice.
Un drôle de salut de la part de cet enfant de Razimont, quartier d’Epinal où ses parents étaient maraîchers, qui n’étonnera peut-être pas tout le monde. L’oeil brillant d’intelligence et l’esprit toujours aux aguets - et ce jusqu’à sa disparition - Paul Theiller était du genre à préférer la discrétion, malgré son charisme évident et sa notoriété.
Cela relevait peut-être de sa nature. Ou peut-être était-ce une conséquence de cette jeunesse vécue sous l’Occupation.
Bien qu’il ne fût alors qu’un grand adolescent, celui qui était appelé sur le marché d’Epinal
le Popaul Theiller ou
le petit Paul est entré en résistance dès le premier semestre 1943.
Jamais, plus tard, il n’a prétendu avoir fait le coup de feu ou posé des bombes. Reste qu’il a sans doute frôlé la mort plus d’une fois.
Bien des années après la Libération, celui qui avait été dès la mi-1943 l’estafette préférée de l’état-major départemental des FFI, sous les ordres notamment d’Yvon Perrin (le
commandant Etienne) et de René Matz (alias
Didier) relativisait ses mérites. Si on évoquait le courage, il répondait insouciance de la jeunesse. S’il est parfois passé très près de l’arrestation qui aurait signifié son arrêt de mort, Paul Theiller disait qu’il ne le devait qu’à deux choses :
Ma bonne gueule et mon culot.
En plus de la discrétion qui prévalait dans l’armée des ombres... Même ses parents ignoraient alors ces activités pour lesquelles il utilisait la camionnette des maraîchers. Un jour, André Vitu lui a même proposé de rejoindre la Résistance. Il ignorait que le
petit Paul était déjà en plein dedans, et qu’il serait plus tard de ceux qui tenteraient de le tirer des griffes de la Gestapo, à Uzéfaing...
Les Vosges libérées, Paul Theiller a fait un petit bout de chemin dans l’armée française. Intégrer l’armée de métier n’aurait sûrement pas collé à son tempérament très indépendant.
La guerre finie, nous avions fait notre devoir et pouvions passer à l’affaire suivante, souriait-il alors qu’il était retraité, si tant est qu’il le fut réellement un jour.
De fait, Paul Theiller s’est lancé dans les affaires après la Libération. Il a ouvert une petit commerce de deux-roues sur l’actuel quai du Musée, puis s’est lancé dans la vente des voitures, Peugeot.
Membre de la fraternelle des anciens de la Résistance, association dont il a été président, il avait reçu la Croix du combattant volontaire des mains du colonel Marcel Grosskopf en septembre 1999. Il était de toutes les commémorations et cérémonies ou presque, mais se tenait le plus souvent en retrait. Les assez rares fois où il a pris la parole ou est sorti de sa réserve, cela a été pour rappeler la mémoire des copains n’ayant pas survécu à la guerre. Des gens comme André Pflug dont la vue du corps supplicié exhumé près du camp allemand de la Vierge l’avait profondément affecté.
[Vosges Matin, lundi 9 février 2009]