Serge THIBERS

[ Alger (Algérie), 03/07/1940 – Golbey (88), 02/05/2009 ]

Directeur général des Services Epinal

Biographie vosgienne

2009 — Vosges Matin

Serge Thibers, disparition d’un homme libre

Libre penseur, humaniste et philosophe, Serge Thibers ne compte pas celles et ceux qui le pleurent aujourd’hui. Homme de lettres soucieux de l’être, homme d’amour, homme d’humour, Serge Thibers s’est éteint en homme libre.

Libre penseur, humaniste et philosophe, Serge Thibers ne compte pas celles et ceux qui le pleurent aujourd’hui. Il n’achèvera pas le long travail qu’il venait d’entreprendre sur Émile Durkheim et Marcel Mauss, à ses yeux trop méconnus à Épinal ; il n’animera plus jamais le conseil municipal d’envolées lyriques dont lui seul avait le secret : son sourire s’est figé à jamais au plus profond de celles et ceux qui le chérissaient tendrement à Pouxeux, New York ou Épinal, à La Grande Venelle ou Lumbres, au Cercle de réflexion et d’information (CRI) qu’il avait co-fondé en 1996 avec son ami Jean Claudel et dont il était devenu le président d’honneur l’an dernier, à la Société des fêtes où l’homme était unanimement apprécié. Je sais que j’ai rendez-vous avec la mort, je l’attends, philosophait-il, lui qui estimait que la vie l’avait gâté en dépit d’épisodes douloureux vécus dans sa jeunesse dans l’Algérie qui l’avait vu naître.

C’était le 3 juillet 1940 à Alger. Né d’une mère espagnole qui n’a pas souhaité suivre son avocat de mari en Guadeloupe, Serge pose ses valises en août 1962, au centre d’accueil du lycée Claude-Gellée. Clin d’oeil de l’histoire, après avoir fait les beaux jours footballistiques de l’ES Golbey puis de l’ES Thaon, le jeune diplômé de philosophie-sociologie de la faculté de Strasbourg, Serge enseigne il y a tout juste quarante ans les sciences économiques et sociales dans cet établissement. Il traverse ensuite la Moselle pour enseigner plus tard au lycée Louis-Lapicque, puis en 1972 il passe avec succès une maîtrise de droit privé à la faculté de Nancy. Insatiable, audacieux, se plaçant au-delà des clivages des partis politiques, il se présente aux élections cantonales de Xertigny (1974), fonde l’association des Habitants du plateau de la Justice, devient directeur du cabinet de Pierre Blanck, maire de la cité en 1977 et titille un certain Philippe Séguin aux élections législatives, l’année suivante.

Autre clin d’œil de l’histoire, l’Algérois Serge Thibers et le Tunisois Philippe Séguin se retrouveront côte à côte à la mairie entre 1983 et 1989, le premier en qualité de secrétaire général, le second en tant que maire. Il y a tout juste vingt ans, Serge Thibers quitte la vie publique pour devenir directeur commercial de la CIPA à Bruyères, diriger les imprimeries Hasbrouck à Tourcoing ou celle de Saint-Dié, Loos HVI. Comme pour mieux y revenir : entre 1995 et 2001, il siège dans l’opposition municipale après s’être lancé dans les assurances.

Chez lui rue Haute à Pouxeux, il a conçu et réalisé son jardin, réservé une place de choix à la Pléiade, aux encyclopédies, aux collections de Victor Hugo, aux philosophes de la Grece Antique, à son passé algérien. On n’y compte plus les classeurs et cahiers où les prises de notes ne lui prenaient jamais la tête, lui, le boulimique de culture, de lecture et d’écriture. Depuis vingt ans, il partageait la vie de Blanche Hocquaux, professeure d’économie à Saint-Jo, aujourd’hui à la retraite, maman de deux filles : Nathalie, 40 ans, cadre financier à New York, mère de trois petites-filles et Géraldine, 34 ans, agent territorial. D’une première union avec Élisabeth, Serge était aussi le papa de deux garçons et une fille : Marc, 29 ans, dans l’immobilier au sein d’une étude notariale ; Julien, 34 ans, artiste, tatoueur place Jeanne-d’Arc dans la cité et Raphaële, 40 ans, épouse Lemoine, professeure de lettres au collège de Charmes. Une famille agrandie mais heureuse, à l’image de cet homme qui ne se départait jamais d’un sourire que nous ne sommes pas près d’oublier et que la douloureuse maladie n’est pas parvenue à altérer.

Ses obsèques seront célébrées à la basilique Saint-Maurice de la cité ce mardi 5 mai à 14 h 30. Nos sincères condoléances.


[Vosges Matin, 3 mai 2009]

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