Juste Jules MARTIN

[ Épinal (88) , 07/09/ 1871 – Paris 9e (75) , 29/12/ 1950 ]

conseiller du commerce extérieur

Biographie vosgienne

1974 — La Liberté de l’Est

Un Spinalien déraciné, qui n’avait pas oublié sa bonne ville :
J.–J. Martin, un homme de cœur


Nous avons eu le plaisir de bavarder avec une Spinalienne qui porte vaillamment un âge avancé et vit incognito dans le souvenir de son époux qui repose au cimetière d’Épinal depuis 25 ans : J.–J. Martin.

Jules-Juste Martin, conseiller du commerce extérieur, fut un homme de cœur qui, après la Libération, se dévoua à la cause des sinistrés vosgiens. Il mérite bien qu’on rappelle son souvenir.

Il était né à Épinal le 7 septembre 1871. Ses parents tenaient la petite hostellerie du Soleil d’or au quartier du Boudiou. Durant l’occupation allemande, ils durent loger et nourrir 25 artilleurs bavarois qui pillèrent consciencieusement les caves de l’auberge. Le papa était franc-tireur et en représailles, les Allemands collèrent au mur la maman qui fut sauvée de justesse. Les Martin étaient une vieille famille d’origine suisse vaudoise (Martin de Franneville).

Orphelin de son père à l’âge de cinq ans (sa maman se remaria), le jeune J.–J. Martin fit de brillantes études au collège d’Épinal. Il fit partie de la première équipe de football association fondée par Louis Lapicque, équipe dont les joueurs eurent tous une carrière fulgurante :
- Louis Lapicque, membre de l’institut ;
- Alfred bourgeois, connu en littérature sous le nom de Richard Auvray (il a sa rue à Épinal) ;
- Charles Renel (qui a aussi donné son nom à une rue) ;
- Henri Richard, qui fut directeur de la sûreté nationale ;
- Weiller et Tanant, qui moururent généraux, etc.

J.–J. Martin poursuivit ses études universitaires à Strasbourg jusqu’à sa licence de lettres et entra dans l’enseignement. Il fut, durant de longues années, professeur en Russie. C’est là qu’il connut notre concitoyenne, qui est native d’Odessa.

En 1905, il quitta la Russie pour revenir en France, mais, suivant l’expression pittoresque de Mme Martin, il était né avec une valise au derrière et devait passer une grande partie de sa vie à voyager.

Disons tout de suite qu’il fut conseiller du Commerce extérieur de la France, président fondateur de l’Association nationale du Commerce extérieur, secrétaire général de la Chambre nationale de l’exportation, fondateur et directeur des Cours supérieurs de Commerce extérieur, et nous en passons.

Durant la Grande guerre (14-18), il organisa un hôpital et son épouse fut durant toute la guerre l’assistante bénévole de deux grands médecins de l’époque. Il fut aussi envoyé en Russie par le Président de la République comme courrier diplomatique en 1917 et de nouveau par la suite en 1921 et 1923.

Pour contrebalancer les influences du commerce allemand, il fonda une foire française à Stockholm, dont il assuma la direction. Le roi de Suède lui donna la rosette de l’ordre royal de Gustave Wasa.

Pendant la seconde guerre mondiale et l’occupation, son appartement du boulevard Haussmann abrita des résistants et servis de boîtes aux lettres au groupe de résistants de la Sûreté nationale.

En 1945, il avait 75 ans. Pour beaucoup, c’est l’âge d’une retraite bien gagnée. Mais J.–J. Martin n’avait jamais oublié son Épinal et ses compatriotes vosgiens.

Il n’hésita pas à créer à son domicile du 36, boulevard Haussmann, un comité d’assistance aux sinistrés vosgiens, dont le préfet des Vosges Lécuyer eut la présidence d’honneur, et où siégeaient côte à côte des Vosgiens d’origine et d’opinions très diverses, tels :
- Louis Lapicque (d’Épinal), membre de l’institut,
- Monseigneur Bossard (d’Épinal), archevêque de Mocissos et doyen du chapitre de Notre-Dame de Paris,
- Chevreux (d’Épinal), conseiller d’État,
- Poirier (de Vagney), gouverneur des colonies,
- Émile Parisot, Diethelm et d’autres.

Pendant cinq ans, J.–J. Martin se dévoua à cette œuvre. Il sollicita des secours dans le monde entier. Il n’hésitait pas à quêter à la sortie des églises. Son comité collecta des livres pour les écoles, des objets de culte pour les églises, venant en aide aux sinistrés, plaçant les orphelins dans des familles, recherchant des parrainages. Des millions fut ainsi collectés.

Un livre d’or des Vosgiens fut édité sous le titre : Nos Vosges, et le produit de la vente, double du prix de revient, fut affecté à notre département. Ce livre, qui est devenu rare, est une mine inépuisable des renseignements. On y trouve non seulement l’histoire des maquis vosgiens, les destructions opérées dans nos communes, mais aussi tout ce qui intéresse notre département, sa géographie, sa vie économique, ses industries, ses célébrités, etc. Le principal collaborateur en fut le regretté Félix Chevrier. Mais d’autres Vosgiens y collaborèrent. Aujourd’hui encore, ce livre est utilement consulté. C’est une véritable encyclopédie vosgienne.

J.–J. Martin mourut à la tâche, à 80 ans, fin décembre 1950. Ses obsèques eurent lieu à Épinal, à la basilique, le mardi 2 janvier 1951. M. Eve parla sur sa tombe au nom des sinistrés vosgiens.

Après avoir longtemps vécu à Paris, sa veuve est venue, voici deux ans, retrouver à Épinal, le souvenir de son mari. Elle vit confinée dans un petit studio. Elle voudrait un appartement plus vaste et confortable, mais à son âge, la recherche est difficile. Qui sait si parmi les anciens sinistrés des Vosges, elle ne trouvera pas ce qu’elle désire. Ce serait une preuve que la reconnaissance n’est pas un vain mot chez les Spinaliens.

Jean Bossu.

[ La Liberté de l’Est , septembre 1974 ? ]

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

MARTIN (Juste Jules), conseiller du commerce extérieur
Epinal, 7 septembre 1871 – Paris, décembre 1950


J.-J. Martin effectue ses études au lycée de sa ville natale, puis à Paris. Devenu professeur, il est envoyé en Russie où il enseigne jusqu’en 1914. Il revient en France lors du déclenchement de la Grande Guerre et il participe à plusieurs campagnes.

Il est nommé conseiller du commerce extérieur de la France quand la paix revient et à ce titre il séjourne au Danemark, en Suède et en Espagne. Il organise à plusieurs reprises des congrès internationaux, des expositions de produits français et surtout une remarquable foire à Stockholm. Il est encore le fondateur de l’Association nationale du Commerce extérieur. Ses cours pratiques de représentants à l’Etranger sont suivis par de multiples élèves.

A l’issue de la Seconde guerre mondiale, il crée le comité d’assistance aux sinistrés vosgiens. Il n’hésite pas à payer de son temps et de sa personne pour visiter les communes vosgiennes sinistrées et tenter d’atténuer la misère de ses compatriotes. Pour rendre un hommage concret à ses Vosges natales, il publie une première brochure qui fait le bilan des destructions opérées par les Allemands dans notre département. Plus tard, en compagnie de Félix Chevrier, il fait paraître au profit des villes et villages vosgiens sinistrés un ouvrage intitulé Nos Vosges qui eut en son temps un grand succès.

Son action durant la dernière guerre à Paris, où son appartement du boulevard Haussmann a été souvent un lieu de refuge pour les résistants et une boîte aux lettres du groupe de résistance de la Sûreté nationale, lui vaut d’être décoré de la croix de la Légion d’honneur. Il est fait par ailleurs chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques.


Bibl. : Discours prononcé par Félix Chevrier lors de l’inhumation de J.-J. Martin, son ami à Epinal. Notes personnelles.


[ Georges Poull ]

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