1821 —
Dictionnaire universel de la noblesse de France
DE LIGNIVILLE, illustre et jadis puissante maison de Lorraine, et la seconde des quatre de la haute chevalerie de cette province, d’où elle est originaire. Ces quatre races sont : du Châtelet, Ligniville, Haraucourt et Lenoncourt. Il fallait en être issu par les femmes, pour avoir entrée dans les assises ou états de Lorraine, et le droit de pairie primitive leur a toujours été conservé.
La maison de Ligniville a porté primitivement le nom de Nancy, son premier apanage ; ensuite, jusques à la fin du quatorzième siècle, le nom de ROZIÈRES, qui est celui d’une ville considérable dont relevaient 82 communautés. Cet immense patrimoine fut cédé, l’an 1291, par Jean de Rosière, à Ferri, duc de Lorraine, qui lui donna en échange tout ce qui lui appartenait à Dom Julien sous Montfort et à Gerorvilliers, ainsi que ce qui lui était dû sur la ville de Vittel.
Ce fut vers le commencement du quinzième siècle que cette maison quitta le nom de Rozières, pour prendre celui de Ligniville, nom de la principale terre dont elle jouissait, située à 2 lieues de Darney au diocèse de Toul. Les historiens s’accordent presque tous sur l’extraction de cette maison, de Gérard d’Alsace, premier duc héréditaire de Lorraine, ou des anciens comtes de Metz, aussi de la même maison de Lorraine. Elle établit sa filiation depuis Théodoric de Rozières, seigneur de la ville de ce nom, qui, l’an 1172, comparut avec ses enfants à la donation que Mathieu II duc de Lorraine, fit à l’abbaye de Clairlieu.
Depuis cette époque, cette maison n’a cessé de remplir les charges les plus éminentes de la cour de Lorraine ; elle a donné des conseillers et secrétaires d’état, des chambellans et gentilshommes de la chambre, des gouverneurs de places ; un grand maître de l’artillerie et un grand veneur de Lorraine ; deux généraux de l’artillerie, un généralissime des armées de Charles IV, duc de Lorraine ; un général major au service de l’empereur, tué à Colorno, en 1734 ; un maréchal des duchés de Lorraine et de Bar, un chevalier de l’ordre du Croissant, des chevaliers de l’ordre de Saint-Michel et de plusieurs ordres étrangers ; des conseillers d’état, et des gentilshommes ordinaires de la chambre de nos rois ; plus de 30 officiers supérieurs et plus de cent officiers de divers grades, la plupart morts au champ d’honneur.
Les différentes branches de cette maison, élevée à la dignité de comte du Saint-Empire, par diplôme du 3 février 1620, et qui a possédé plusieurs fiefs en toute souveraineté, sont :
1. les seigneurs de Lïgniville et de Harmonville, éteints en 1640 ;
2. les seigneurs de Damas et de Gironcourt, barons de Rhinbourg ;
3. les marquis d’Homécourt, et seigneur de Lironcourt, éteints dans la personne d’Eugène de Ligniville, comte du Saint-Empire, marquis d’Houécourt, prince de Conca, au royaume de Naples, duc de Mugnano, grand-maître des postes de Toscane ;
4. les barons de Vannes, éteints au commencement du dix-huitième siècle ;
5. les seigneurs et barons de Villars, comtes d’Autrecourt, etc.
Les alliances de cette maison sont avec celles d’Allegaty, Anglure, des Armoises, Aulbe, Barisey, Baudoncourt, la Baume-Montrevel, Boyer Boppar, Beauvau, Bonon, Bouchard de Lanoy, Boulach, Bouton-Chantemelle, Bouzey, Boyemer de Rhimbourg, Brisson, Brunckhort, Capoue Venasco, du Chàtelet, Chenu d’Autrey, Choiseul, Chorabell, Cratz-Scherfensten, Custine, Del-Conti , Demangeville, Epinal, Essey, Estouteville-Calabretto, Estrepy, Falleran, Ferrages, Fussey, Galéan, Giton-Ia-Ribellerie, Gourcy, Gournay, Graux, Hans, Haraucourt, Haussonville, du Hautoy, Helvélius, Houécourt, Houlach, Jauny, Jobal de Pagny, Joinville, Lambertie, Lenoncourt, Lopés de Gallo, Lorraine, Ludres, Maillard de Landreville, Maisonvaux, Mérode, Messey, Le Maine de la Tour, Nauroy, Neufchâtel, Neuviller, Nogent, Novian, Oiselet, Paroye, Paviol, La Plaine, du Plessis Châtillon, Powiler, Puligny, Raigecourt, Rampont-sur-Ville, Rarécourt, Roybourt, Saint-Mauris Lambrey et Villeneuve, des Salles, Salm-Blamont, Sandrecourt, Saulx-Tavannes, Savigny, Serocourt, Siniane, Soreau d’Houdemont, Thuillières, Verocourt, Wesse, etc, etc.
Losangé d’or et de sable.
in Dictionnaire universel de la noblesse de France. Par M. de Courcelles, tome III (A-M).- Paris : au Bureau général de la noblesse de France, 1821.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
LIGNEVILLE (Famille)
La Maison de Lignéville, qui existe toujours, est une des plus anciennes du duché de Lorraine. Gauthier de Bruck, chevalier, son fondateur, est mentionné dès 1130. Brunon de Bruck, chevalier, sire de Rosières, son fils aîné est un important personnage vassal à la fois du duc de Lorraine, de l’Empereur, puis d’Othon duc de Méranie et comte palatin de Bourgogne. Il disparaît entre 1194 et 1196. Frédéric, son frère, doyen de l’église de Toul, archidiacre et prévôt de Saint-Euchaire de Liverdun figure souvent en sa compagnie.
Aubry, fils de Brunon, abandonne le nom de Bruck. Dans les actes, il s’intitule sire de Rosières. Cité à partir de 1194 avec ses parents, il souscrit de nombreuses chartes des ducs de Lorraine et notamment le traité de paix scellé par Ferry II et Thiébaut, comte de Bar, son beau-père. Il meurt après 1235. Sophie son épouse lui donne de nombreux enfants, et notamment Joffroi sire de Rosières, Wauthier de Rosières tige du rameau des seigneurs de Bouxières et Brun de Rosières, auteur d’un autre rameau qui conserve jusqu’à son extinction le nom de Rosières.
Joffroi, sire de Rosières, chevalier, disparaît rapidement avant 1257. Marguerite, sa veuve, assure la tutelle de Joffroi, son fils, qui s’intitule sire de Rosières dès juin 1257, lorsqu’il reprend son fief de Rosières du comte palatin de Bourgogne. En épousant Adeline d’Epinal, héritière du château et de la seigneurie de Ruppes, il augmente sensiblement l’importance de son patrimoine foncier. Il meurt malheureusement vers 1270 et Adeline épouse en secondes noces Liébaut sire Bauffremont, en lui apportant ses biens patrimoniaux. Tous deux assurent la tutelle des enfants de Joffroi, c’est à dire Jean de Rosières, Joffroi de Rosières, auteur d’un autre rameau de sa famille, et deux filles.
Jean, sire de Rosières, administre les biens de ses parents à partir d’avril 1281. Le 3 février 1292, Ferry III, duc de Lorraine, échange avec lui tout ce qu’il possède à Rosières contre les vastes domaines qu’il vient de racheter à la famille de Dampierre-sur-Salon. Il s’agit notamment de la terre de Malmaison, située à proximité de Vittel, de la seigneurie de Giroviller-sous-Montfort et de la petite seigneurie de Lignéville ; la grande seigneurie de cette localité appartient aux Bauffremont. Dès lors, Jean de Rosières s’intitule sire de La Malmaison. Il fixe sa résidence dans la tour entourée de systèmes de défense qu’il fait construire dans cette terre. Il est nommé bailli du duché de Lorraine vers 1295. Quand il meurt, après mars 1303, il est inhumé dans l’église des Cordeliers de Neufchâteau.
Liébaut de Rosières, sire de La Malmaison et de Lignéville, chevalier, l’un de ses fils (1308-1325) contracte un brillant mariage. Isabelle d’Etrepy est en effet la veuve de Guy de Joinville, chevalier, sire de Donjeux, en Champagne. Elle lui donne six enfants et notamment Joffroi de Rosières, sire de La Malmaison et de Lignéville, chevalier qui se marie avec Marguerite de Hans, issue d’une branche cadette des comtes de Grandpré. Il fait construire à Lignéville une tour semblable à celle de La Malmaison où il fait enfermer plusieurs habitants du ban Saint-Pierre de Vittel en 1335. Quand il meurt après 1354, il est inhumé dans l’église des Cordeliers de Neufchâteau.
Jean de Lignéville, son fils, chevalier, abandonne définitivement le nom de Rosières. Il fixe sa résidence à Lignéville après avoir fait construire une nouvelle forteresse pourvue de tours reliées par des murailles fortifiées. Il possède également le château et la terre de Tantonville, héritage de sa mère. Quand il disparaît, entre 1400 et 1404, Jeannette de Parroye, son épouse administre ses terres avec ses enfants jusqu’en 1410. Ferry, sire de Lignéville, chevalier, l’un d’entre eux, augmente encore l’importance de son patrimoine foncier en se mariant avec la Comtessse de Graux, héritière de la moitié des châteaux et seigneuries de Graux et de Saint-Baslemont, ainsi que des terres de Buligny et Punerot. Cité de 1401 à 1445, il devient conseiller de Ferry de Lorraine, comte de Vaudémont, puis de René d’Anjou, duc de Bar et de Lorraine.
Jean, sire de Lignéville, chevalier, seigneur de Tantonville et Bulligny, l’un de ses nombreux enfants, joue un rôle considérable en Lorraine au milieu du Xve siècle. Il fait partie du Conseil de régence institué par rené d’Anjou avant son départ pour Naples. Il accompagne fréquemment ce dernier quand il se déplace à travers ses duchés. Il est mentionné dans les documents de 1440 à 1477. Odette de Thuillières, son épouse, lui donne cinq enfants. Henri de Lignéville, chevalier, assure la continuation de sa famille. Ferry de Lignéville, sire de Tantonville, son frère, est l’auteur d’une branche cadette qui devient vite très importante. Les comtes de Lignéville actuels en sont issus.
Henri, sire de Lignéville (voir notice), chevalier, combat en Catalogne, puis en Lorraine et en Italie de 1468 à 1483. Il est nommé bailli de Vosges et chambellan du duc René II. Quand il disparaît au milieu de 1503, Jean sire de Lignéville, chevalier, son fils aîné, entre en possession de son vaste patrimoine foncier et de ses nombreux châteaux. Ceux-ci sont situés à Lignéville, Graux, La Malmaison, Offroicourt et Bauzemont. Quand il constate qu’Anne de Nourroy, sa femme, ne pourra plus lui donner d’enfant, il décide de partager ses biens de son vivant à partir du 8 juillet 1546. Ceux-ci reviennent notamment à Marguerite de Lignéville, sa sœur, veuve de Saladin d’Anglure, baron de Bourlémont, ainsi qu’aux enfants de cette dernière René et Henri d’Anglure. La branche aînée des sires de Lignéville s’éteint quand Jean disparaît quelques mois plus tard. Les autres membres de cette famille résident désormais à Tantonville, Tumejus et Nancy où se trouvent leurs seigneuries principales.
Bibl. : Poull (G.).- Catalogue manuscrit des actes des seigneurs de Lignéville (XIIe-XVIe s.)
Poull. (G.).- Le château et les seigneurs de Bourlémont, tome II, 1964, p. 56 à 59.
[Georges Poull]