Félix CHEVRIER
[
Epinal (88), 25/08/1884
–
Champcueil (91), 20/11/1962 ]
syndicaliste, écrivain
Auteur vosgien
Biographie vosgienne
- 1884
- Naissance à Epinal (Vosges) le 25 août.
- 1898
- Il obtient son certificat d’études en autodidacte. Il exerce plusieurs petits boulots : aide-jardinier au château d’Épinal, porteur d’eau à Paris, chauffeur mécanicien.
- 1906
- Il suit les cours du soir de technologie et fonde à Saint-Denis le syndicat des chauffeurs-mécaniciens.
Il devient administrateur de la Bourse du Travail de Paris et s’élève au plus haut niveau parmi les militants syndicalistes français.
- 1910
- Il organise le grand arrêt de travail des secteurs électriques qui touche toute la capitale. Il se lance ensuite dans la politique comme président de la commission des litiges du Parti républicain-socialiste.
- 1939
- Un jour d’octobre 1939, Félix Chevrier arrive au hameau de Chabannes, sur la commune de St-Pierre-de-Fursac. Secrétaire général de la commission des centres de rassemblement de l’intercomité des oeuvres françaises d’assistance aux réfugiés (présidé par le Baron Robert de Rothshild), il a pour mission de contrôler et de faciliter la tâche de l’OSE (Oeuvres de Secours aux Enfants), qui évacue les enfants juifs de la région parisienne. Il vient se rendre compte de l’état du château, abandonné et appartenant autrefois à une comtesse, voir s’il pourrait en toute hâte être rénové pour y créer une maison de l’OSE et héberger 110 enfants juifs. Il prend lui-même en charge la rénovation.
Les enfants, la plupart orphelins, viennent de Berlin, Varsovie, Paris... Pendant près de trois ans, Félix Chevrier et le personnel du château occupent les journées des enfants avec des cours intensifs, des activités (éducation physique, orchestre, journal interne, etc.), des tâches diverses. Les enfants travaillent avec les fermiers locaux. Un atelier de maroquinerie dans le château leur permet d’apprendre un métier. L’école laïque joue aussi un rôle considérable d’accueil, d’éducation, d’assimilation, de protection et notamment à Chabannes les sœurs Irène et Renée Paillassou, assistées ou relayées par d’autres enseignants, le directeur de l’école de St-Pierre-de-Fursac, Auguste Depomme, qui, comme elles, refuse toute discrimination.
- 1942
- Surveillés, à la fois comme étrangers et comme juifs, ils vécurent dans une relative quiétude jusqu’en août 1942, date des premières rafles en zone non occupée. Les gendarmes de Vichy viennent périodiquement à la recherche d’enfants juifs. Chevrier s’arrange pour qu’aucun enfant ne soit pris. Suite aux accords Bousquet - Öberg et à la volonté de Pierre Laval de déporter les enfants juifs de moins de 16 ans (ce que ne réclamaient pas les allemands à cette époque), les difficultés deviennent plus grandes. La rafle du 26 août 1942 en Creuse, organisée par Bousquet avec le concours du Préfet Henry, aboutit à l’arrestation de quatre-vingt juifs. Cinquante deux furent déportés par les convois 26 et 27 ; parmi eux dix-huit enfants dont le plus jeune n’avait que 2 ans, quatre adolescents de Chabannes, dont trois seulement devaient revenir : Gérard Rosenzweig, Wolfgang Blumenreich, Henri Wolf. Il n’y aura pas d’autres déportation d’enfants de Chabannes.
L’OSE veille, Chevrier veille, la population locale veille et s’implique dans le sauvetage des enfants juifs.
Quand, à l’automne 1943, la rumeur lui apprend qu’une rafle totale des enfants se prépare, le Dr Meiseles, médecin du château, prend contact avec Renée Paillassou, institutrice de Chabannes, entrée dans la résistance. Son père, chef de la police en retraite, entretient des relations amicales avec le chef de la police de Bénévent (bourg situé à 8 kilomètres). Il lui demande, au risque de se faire arrêter, quand doit avoir lieu la rafle. Celui-ci lui donne la date.... : quelques jours après.
Félix Chevrier est prévenu, et au soir prévu, aucun enfant n’est présent. Les plus âgés sont allés dormir dans les bois avec leurs professeurs, les plus jeunes confiés à des familles de Chabannes.
Bientôt, la décision prise par l’OSE "d’aryaniser" les enfants, c’est-à-dire de les doter de faux papiers puis de les disperser, dans les familles non juives, dans des collectivités laïques et religieuses, de les faire émigrer en Suisse ou en Espagne.... va se traduire par la diminution progressive des effectifs puis la fermeture, dans les derniers jours de 1943, des maisons d’enfants. La plupart de ces enfants ne reviendront à Chabannes qu’en 1996.
▬►▬► Voir le site de la cité scolaire Raymond Loewy (La Souterraine) relatant L’histoire du sauvetage des enfants juifs en Creuse durant la Seconde Guerre mondiale.
▬►▬► Voir le site Chemins de mémoire à propos de La rafle du 26 août 1942.
- 1961
- Imprimeur puis journaliste.
Directeur du journal Le Vosgien.
Secrétaire Général du Comité d’entraide aux sinistrés du Nord et de l’Est (14-18).
Chargé de mission, en 1939, au cabinet de Marc Rucart, ministre de la Santé Publique.
Chargé de l’assistance aux Israélites allemands et autrichiens internés pour cause de guerre
Secrétaire Général de l’Oeuvre de Secours aux Enfants (O.S.E.).
A l’origine de l’implantation des "maisons" de l’O.S.E. en Creuse, puis "Administrateur Général des colonies d’enfants, internats et pouponnières, chargé des rapports avec les autorités administratives et directeur de la colonie de Chabannes".
Président de l’Association Fraternelle des Journalistes et des Écrivains.
Premier Vice-Président Délégué de l’Association Professionnelle de la Presse Républicaine.
Président d’Honneur du Comité d’Étude des Questions d’Extrême-Orient.
Président d’Honneur du Foyer de Culture Philosophique "Agni".
Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, il fut Vice-Président de la Société d’Entraide de la Légion d’Honneur de la section de Paris. (Notice établie par R. Castille).
- 1962
- Félix Chevrier décède à Paris le 21 novembre.
- 2001
- Le mercredi 9 mai 2001, au cours d’une cérémonie à la mairie de St-Pierre-de-Fursac, au nom du comité Yad Vashem de Jérusalem, M. Jacques Revah, ministre plénipotentiaire auprès de l’ambassade d’Israël, remet la médaille des Justes parmi les Nations à titre posthume à M. Félix Chevrier (1884-1962), ancien Directeur de La Maison d’Enfants de l’OSE établie au château de Chabannes pendant la dernière guerre.
En 1941-1942, des écoliers juifs réfugiés dans les maisons d’enfants de l’OSE, dont ceux de Chabannes, passèrent leur certificat d’études au chef-lieu de canton. Les enfants dispersés très vite pour des raisons de sécurité ne purent jamais recevoir leur diplôme. La remise des diplômes, jusqu’alors différée, a eu lieu à St-Pierre-de-Fursac ce même mercredi 9 mai.
▬►▬► Voir la page consacrée aux cérémonies des 9 et 10 mai 2001.
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