1932 —
Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié
GRANDMAIRE Jean-Baptiste, dit Père Barnabé.- NOS MARTYRS DES PONTONS.- Mgr l’Évêque de La Rochelle vient de publier (6 juillet 1932), une ordonnance prescrivant la recherche des écrits des héroïques martyrs des Pontons de Rochefort, dont la cause de béatification se poursuit à son tribunal ecclésiastique.
Dans la longue liste des 103 confesseurs de la foi qui suit cette ordonnance, la Lorraine est vraiment à l’honneur. Dix de ses fils y figurent glorieusement.
Trois appartiennent au diocèse de Verdun : Nicolas Cordier, jésuite de Saint-Mihiel, Charles Hanus, chanoine de Ligny, Nicolas Tabouillot, curé de Méligny.
Six sont du diocèse de Nancy, ou du moins s’y trouvaient lors de leur arrestation : Antoine Cherrier, secrétaire général de l’évêché, P. Sebastien Francois, capucin, P. Hubert Gagnot, carme, P. Barnabé Grandmaire, tiercelin, P. Claude Richard, bénédictin, Ulduric Guillaume, frère des Écoles chrétiennes de Nancy.
Un, enfin, appartient à notre diocèse : J.-B. Menestrel, chanoine de l’Insigne collégiale de Remiremont. On sait combien la Révolution fut abominablement impie et cruelle a Remiremont. Trois prêtres élevés dans cette ville : Nicolas Antoine, Joseph Claudel, Maximilien Hadol, curé de Gemmelaincourt ; un de ses vicaires Antoine Didelot ; un vieux prêtre M. Rivat, ancien cure de Varennes, au diocèse d’Auxerre, qui avait exercé quelques mois les fonctions sacerdotales dans la paroisse ; deux pauvres servantes : Anne-Francoise Petitjean et Jeanne-Marie Durupt, incarcérées comme complices de leur saint ministère, portèrent courageusement, pour la foi, leur tête sur l’échafaud.
Dès 1793, le chanoine Ménestrel était incarcéré à Épinal. En 1795, il fut transféré à Rochefort d’où il devait être emmené dans les déserts de la Guyane. Il mourut en rade de l’île d’Aix, à fond de cale du vaisseau qui lui servait de prison. La misère et la maladie avaient couvert son corps de plaies, d’ulcères et de pourriture. Et quand ses compagnons de supplice essayaient, à l’aide d’un éclat de bois, d’enlever le pus et les vers qui le rongeaient, il leur disait de sa voix mourante : « Ah! laissez-les me dévorer ! Vous prolongez mon martyre ! »
Parmi les confesseurs de la foi du diocèse de Nancy, les RR. PP. Richard et Grandmaire nous appartiennent également, le premier à cause des séjours qu’il a faits dans nos Vosges et du ministère qu’il y a rempli ; le second parce que c’est chez nous que Dieu a placé son berceau.
Le P. Claude Richard, bénédictin, né à Lérouville en 1741, fit profession solennelle,le 20 mai 1760, à l’abbaye de Moyenmoutier. En 1783, nous le retrouvons vicaire au Ban-de-Sapt, cure régulière dépendant de son Abbaye ; l’année suivante, il était sous-prieur au Saint-Mont près de Remiremont. Il mourut saintement sur le vaisseau tristement célèbre « les Deux Associés », le 9 août 1794, et fut enterré à l’île Madame.
Voici l’acte de baptême du P. Barnabé Grandmaire, tiercelin de N.-D. de Sion. Nous I’avons retrouvé aux archives paroissiales de Provenchères-sur-Fave appartenant alors au district « nullius dioecesis » de Saint-Dié :
« Jean-Baptiste, fils de Joseph Grandmaire et de Catherine Nicolle, sa femme, de la paroisse de Provenchères, est né le 22 du mois de juillet, et a été baptisé le même jour de l’année 1731. Il a eu pour parrain Dominique Colin le jeune, et pour marraine Catherine Grandmaire, tous deux de la dite paroisse, qui ont donné leurs signatures.
Dominique Colin - Catherine Grandmaire.
Frère Bernardin, cordelier. »
Le franciscain qui fit ce baptême appartenait, croyons-nous, au Couvent des Cordeliers de Sainte-Marie-aux-Mines, dont les religieux aimaient à prêter leurs services aux curés du district de Saint-Dié. Étant étranger au pays, il oublia de noter, comme le curé le faisait toujours en pareil cas, le hameau de la paroisse où l’enfant était né. En 1734 et 1737, deux actes de baptême, rédigés cette fois par le propre curé M. D. Herteman, et concernant deux autres fils de Joseph Crandmaire et de Catherine Nicolle, nous apprennent que cette famille habitait le hameau de la Petite-Fosse.
Nous tenons à signaler ce détail. La Petite~Fosse, depuis lors, s’est séparée de Provenchères. Elle est devenue une de nos belles paroisses vosgiennes. Avec Provenchères, elle sera heureuse de revendiquer la gloire d’avoir donné le jour à un martyr de la foi, et de lui élever plus tard, elle aussi, un autel dans son église...
J.-B. Grandmaire entra, à Nancy, dans l’ordre des Tiercelins, c’est-à-dire du Tiers-Ordre régulier de saint Francois. Il reçut le nom de Père Barnabé. En 1779, il est gardien du couvent de N.-D. de Sion. Arrêté à Nancy le 6 mai 1793, malgré son âge et ses infirmités, il fut inscrit sur la liste des déportés nancéiens. Transporté sur le « Deux Associés ", notre héroïque compatriote fut la première victime de l’infection du vaisseau. Il y mourut le 22 mai 1794, et fut inhumé dans l’île d’Aix.
On sait que la cause des martyrs des Pontons a été confiée par Mgr CURIEN à M. le chanoine POIVERT, l’ancien et très distingué supérieur de son Grand Séminaire. Encore quelques années, et cette cause aboutira, à Rome, comme y est aboutie récemment la cause de ces martyrs des Carmes, ou nous comptons déjà l’un des nôtres, le bienheureux Jean-François Burté, franciscain, originaire de Rambervillers.
Souhaitons et demandons à Dieu qu’arrive bientôt cette glorification suprême de nos Martyrs.
[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 1er juillet 1932, N° 27, p. 319-321].