1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
FRIRY (Charles), érudit et collectionneur
Commercy, 28 septembre 1802 - Remiremont, 30 mars 1881

Étudiant en droit à Paris, il loge chez son oncle J.-F. Colin, avocat réputé, ancien défenseur de Louis XVI. Licencié en 1825, il fait son stage d’avocat en 1826, voyage dans les Vosges en 1828 et se sentant attiré par elles, accepte en 1831 le poste de substitut du procureur du roi au tribunal de première instance de Remiremont.
Plus artiste que juriste, il remplit des carnets de croquis de personnages pittoresques, de paysages vosgiens, voire de scènes d’audience. Reçu chez la veuve du commandant Vatot, il en épouse la fille Charlotte. Dès lors, il ne quitte plus que pour voyager la maison de ses beaux-parents, l’ancien hôtel particulier de Mme de Briey, chanoinesse de Remiremont avant la Révolution. Il y assouvit sa manie des collections. La maison s’emplit de souvenirs historiques, d’oeuvres d’art, de livres et de meubles luxueux.
Parallèlement à cette passion d’
antiquaire, il se livre à des recherches érudites sur des sujets nombreux et variés. En 1832, il publie un petit traité sur
La Peinture à la cire et au feu inspiré des artistes de l’Antiquité dont il s’efforce de retrouver les procédés. Il commence, à la demande de la Société d’Émulation des Vosges, un dictionnaire géographique et étymologique. Sur un chantier de fouille de la ville, il découvre une pierre sculptée en bas relief dans laquelle il voit un peu hâtivement une preuve du culte de Mithra dans les Vosges du Sud à l’époque romaine. Ses idées sur la question sont reprises en 1835 dans ses
Recherches sur les origines et les Antiquités de l’arrondissement de Remiremont qui lui valent une mention honorable de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Nommé dès 1834 membre correspondant du ministère de l’Instruction publique pour les recherches historiques, il donne à cet organisme diverses communications. Par un cousin de son épouse, héritier de l’abbé Didelot, il recueille une importante collection d’obituaires, chartes originales, titres, antiphonaires, missels, lectionnaires et autres pièces d’archives concernant l’abbaye de Remiremont, aujourd’hui réparties entre la Bibliothèque Nationale, les Archives départementales et la bibliothèque municipale de Remiremont.
En 1848, paraît son
Guide du baigneur et du touriste à Plombières, Remiremont et lieux voisins qu’il enrichit de planches gravées de sa main.
Depuis 1835, il avait renoncé à la magistrature pour tenter sa chance dans l’industrie. Devenu maître de forges à Saint-Amé, il cherche de nouveaux procédés métallurgiques pour utiliser la tourbe comme combustible ou pour l’obtention directe du fer à partir du minerai. En 1851, il est l’instigateur d’une exposition sur les produits de l’industrie et des beaux-arts dans l’arrondissement de Remiremont. Il y expose lui-même quelques toiles, car il peint également à ses moments perdus.
Élu conseiller municipal en 1840, il affiche des opinions avancées, en 1848, auprès de son ami l’imprimeur Mougin, mais semble rentrer dans le rang après 1851. Par achat de parcelles successives, il réussit à reconstituer derrière sa propriété, l’ancien grand jardin de l’abbaye qu’il aménage avec goût. Cet esthète meurt en léguant une prestigieuse collection (parmi laquelle un
Joueur de vielle attribué à Georges de la Tour) à son petit-fils le peintre Pierre Waidmann.
La fille de ce dernier, Mme
Colette Dussaux (1896-1972) transforma la demeure familiale, avec ses collections intactes, en musée public, aujourd’hui propriété de la ville de Remiremont.
Bibl. : Dussaux (Colette).-
Un érudit du XIX° siècle : Charles Friry, in
Le Pays Lorrain, 1961/1, p. 12-26.
[Pierre Heili].