1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
FINANCE (Isidore Jean), militant syndicaliste et positiviste
Sainte-Croix-aux-Mines, 7 février 1848 - Paris, octobre 1918

Né à Sainte-Croix-aux-Mines le 7 février 1848, Isidore Finance est l’aîné de dix enfants de la modeste famille d’ouvriers catholiques fondée par Jean-Baptiste Finance et Anne-Marie Riotte. En 1852, la famille vient s’installer à Saint-Dié. Les succès scolaires d’Isidore incitent ses maîtres à l’engager dans un enseignement secondaire congréganiste à Saint-Hippolyte puis à Besançon. Mais il ne peut supporter d’être fils de pauvres dans une école de riches et en 1862, rentre chez ses parents déçus. Il est d’abord apprenti peintre en bâtiment à Saint-Dié chez Victor Franck (1862-1865), puis travaille à Rambervillers et enfin arrive à Paris en juillet 1867.
Bien que réformé militaire pour la vue, il s’engage au 82° de ligne pour la durée de la guerre de 1870. A son retour, il adhère au positivisme d’Auguste Comte qui postule une religion de l’humanité. C’est l’engagement philosophique de toute sa vie ; il est président du cercle des prolétaires positivistes de Paris puis il remplace, en 1880, Magnin à la tête de la Société positiviste de Paris.
Il est aussi un syndicaliste actif au sein de la chambre syndicale des ouvriers peintres en bâtiment de Paris, dont il est administrateur de 1869 à 1897. Il représente cette chambre syndicale à de nombreux congrès ouvriers à Paris en 1876, à Lyon en 1878, à Marseille en 1879. Conseiller prud’hommal de 1890 à 1894, membre puis secrétaire du Conseil Supérieur du Travail, membre (1890-1891) puis secrétaire (1892-1893) puis vice-président (1893-1895) de la commission des logements insalubres de Paris.
Connu pour ses positions en faveur du mouvement coopératif, il jouit d’une grande autorité dans les milieux syndicaux. En 1891, il est appelé à l’Office du travail, créée au sein du Ministère du Commerce, comme chef du bureau des syndicats et des études d’économie sociale. Il y déploie une activité considérable qui se traduit par de nombreuses publications officielles permettant de mesurer avec précision les mouvements sociaux en France. Il est délégué du ministre du commerce aux expositions internationales ou universelles de Chicago en 1893, Anvers et Lyon en 1894, Bordeaux en 1895.
Dans les congrès internationaux, à Anvers (1894), Zurich (1897), Bruxelles (1897), il intervient au nom du ministre sur les problèmes de la réglementation du travail et de la législation ouvrière. Il achève sa carrière administrative avec le grade de sous-directeur au Ministère du Travail. Il est invité à prononcer de nombreuses conférences dans la France entière. Ses principaux sujets sont :
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Auguste Comte et le socialisme positiviste
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Qu’est-ce que le prolétariat
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Esclavage, servage, salariat
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La question des loyers
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La question sociale et l’épargne ouvrière
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Du salariat
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La République et la question ouvrière
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Des vieillards et l’assistance sociale
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De l’arbitrage dans les conflits
- et diverses conférences sur la législation ouvrière à l’étranger.
A Saint-Dié, où il crée avec l’appui de Gaston Save un cercle d’études sociales des travailleurs, il prononce le 27 juin 1881 conférence sur Auguste Comte et le socialisme positiviste. En 1889, il revient à Saint-Dié pour apporter son appui à Jules Ferry lors de la campagne électorale pour les élections législatives.
Les distinctions honorifiques ne lui furent pas ménagées. Principales distinctions : officier d’Académie (1894), officier de l’Instruction publique (1901), chevalier du Mérite Agricole (1901), médaille d’honneur des Conseils de Prud’hommes (1905), médaille d’or des syndicats professionnels (1912), chevalier de la Légion d’honneur (1897), officier (1908).
Toute sa vie, ses loisirs sont consacrés à l’étude et il collabore à plusieurs revues comme la
Revue occidentale, la
Réforme sociale et la
Revue positiviste internationale.
Il rédige plusieurs ouvrages dont :
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Essai historique et critique sur les sociétés coopératives ouvrières (1877),
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Les syndicats aux États-Unis (Paris 1894),
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Les syndicats professionnels devant les tribunaux et le Parlement depuis 1884 (Paris 1911).
Il avait réuni une bibliothèque de plusieurs milliers de livres sur la technologie, la sociologie, que par testament il légua à la Ville de Saint-Dié afin qu’elle soit conservée à la bibliothèque municipale dont il souhaitait qu’elle restât ouverte jusqu’à 10 heures du soir pour en favoriser l’accès aux ouvriers.
Il était resté célibataire.
Bibl. : Regards, n° 149.
Dictionnaire de biographie française, publié sous la dir. de M. Prévot, Roman d’Amat, H. Tribout de Morambert, Paris, Letouzey (lettres A-H parues de 1928 à 1989), tome XIII, col. 1366.
Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, publié sous la direction de Jean Maitron, Paris, Les Éditions ouvrières, 1964-1989, tome XII, p. 194.
[Albert Ronsin].