Anniversaire
Le Père Duval, jésuite lorrain, est décédé voici 30 ans. Ses chansons sont rééditées
La calotte chantante !

Le Père Aimé Duval a été enterré le 3 mai 1984 dans le
carré jésuite du cimetière de Préville à Nancy, après ses obsèques en la basilique Saint-Epvre à 14 h 15. Photos L’ER
Mais oui, ce couplet vous dit forcément quelque chose :
Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente
Avec le père Duval, la calotte chantante
Lui, le catéchumène et moi, l’énergumène
Il me laisse dire merde
, je lui laisse direAmen.
On l’aura compris : pour le père Duval, le Georges, avec ses
Trompettes de la Renommée, c’était d’abord un copain (1). Et l’enfant de Plombières-les-Bains, entre autres sobriquets, fut surnommé
le Brassens en soutane...
En mars 77, lors d’une rencontre surréaliste avec un journaliste de
L’Est Républicain, Aimé Duval,
fils de paysan vosgien s’est dépeint ainsi :
Humble, voilà, je suis humble et j’aime ce mot. Et personne n’a jamais ri quand je me suis vanté d’être un chrétien humble. Une fois, un spectateur m’a lancé les curés à l’église !
, j’ai dit : Et ta sœur au Panthéon....
Puisque le Père Duval aimait la compagnie de Jésus, il aimait à l’infini celle de ses semblables. Il y eut très vite les bistrots pluriels de Reims où notre jésuite singulier enseignait le français.
Je n’ai qu’un seul commandement : Chacun doit être heureux, s’est-il toujours plu à répéter avec une sincérité touchante. Un vrai gentil.
Qu’est-ce que j’ai dans ma p’tite tête à rêver comme ça le soir ?
En 1956 (seulement douze ans avant Mai 1968 !), tout bascule avec la parution du disque
Seigneur, mon Ami. L’auteur : Aimé Duval. En trois semaines, 45.000 exemplaires sont vendus. La carrière fulgurante de celui qui devient le
Père Duval est lancée. Pour les amateurs de statistiques : 3.000 concerts dans 45 pays. 30.000 spectateurs lors d’un récital à Berlin... 14 disques enregistrés. Il fut le premier prêtre autorisé à jouer derrière le Rideau de fer (Varsovie, 1965). Les sommes énormes gagnées pendant les années triomphantes partaient en totalité vers les missions africaines.
Une vie trépidante qui ne refusait rien à personne, des millions de kilomètres au volant sur les routes de France et de Navarre, une bouteille de vin rouge calée entre les deux sièges avant de sa voiture, ont eu raison de sa santé. Des récitals ont été annulés comme, ce n’est qu’un exemple, celui prévu à Fresse-sur-Moselle (Vosges) en juillet 67. Cette fois-là, il fallut même l’hospitaliser à Remiremont, miné, épuisé, sans voix. Tentative de suicide en 69.
De sa longue descente aux enfers, le Père Duval a tiré, sous le pseudonyme de
Lucien (en fait son second prénom), un livre beau à en pleurer,
L’enfant qui jouait avec la lune (2). Il y raconte sans fard son expérience d’alcoolique au quotidien et dessine son
chemin pour s’en sortir : quand une apparence de soupirail devient une grande baie de lumière... Et vinrent les
Alcooliques anonymes.
2014. Trente après son décès à Metz, que reste-t-il dans les mémoires du
jésuite-chansonnier, du
guitariste du Bon Dieu ? Des chansons qui prêtent parfois à sourire comme
Dominique, nique, nique de la Sœur du même nom ? Certes. Mais il est bien joli tout de même ce refrain des débuts :
Qu’est-ce que j’ai dans ma p’tite tête,
à rêver comme ça le soir,
d’un éternel jour de fête,
d’un grand ciel que j’voudrais voir.
Opportunément, le label Monthabor vient de rééditer, en version remastérisée, l’intégrale des enregistrements réalisés par le Père Duval entre 1956 et 1961 (3). 3 CDs qui permettent de comprendre pourquoi le père fut tant aimé. Un coup de chapeau à la calotte chantante, en quelque sorte.
[
Vosges Matin et
L’Est républicain, 15 octobre 2014. Frédéric MENU].
(1) Une émission qui réunit Brassens et le Père Duval peut être visionnée sur ina.fr.
(2) Éditions Salvator, 15 €.
(3) 21 €.
Bio express
30 juin 1918 : naissance au Val d’Ajol (88). Il passe son enfance à Plombières.
1936 : entre au noviciat des jésuites à Florennes (Belgique).
1949 : ordonné prêtre.
1956 : parution du premier disque, vendu à 45.000 ex. en trois semaines.
1983 : sortie du livre sur l’alcoolisme,
L’enfant qui jouait avec la lune.
30 avril 1984 : décès à Metz.