1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
CABASSE (Charles Jules), médecin militaire
Mirecourt, 24 mars 1820 – Bourbonne-les-Bains, 22 février 1891
Charles Jules Cabasse est le fils de Charles Emmanuel Cabasse, marchand à Mirecourt et d’Anne Thouvenin. Il se dirige de bonne heure vers la médecine. A l’issue de ses études à Strasbourg et à Paris, il devient chirurgien-élève le 12 septembre 1840, chirurgien sous-aide à l’hôpital militaire de Nancy en 1843, médecin aide-majorde 2e classe le 23 mars 1852, médecin-major de 2e classe le 24 juin 1857 et médecin major de 1e classe le 10 août 1861.
Il est admis à la retraite le 31 octobre 1871.
Il se trouve à l’hôpital militaire de Nancy quand il est envoyé en Algérie le 29 mars 1844. Nommé aux ambulances, il rejoint la garnison de Tlemcen qui reçoit l’ordre d’accompagner un convoi de cartouches à Aïn-Témouchen le 28 mars 1845, peu de temps après la défaite de Sidi-Brahim. Il est fait prisonnier avec tous ses compagnons par la cavalerie de l’émir Abd-el-Kader. Devant la carence de l’officier qui commandait cette troupe, il a vainement tenté d’entraîner ces militaires à se battre jusqu’à la mort. Il en a été empêché par la défection de ce gradé, qui pensait qu’en se rendant personnellement à l’émir, il épargnerait la captivité à ses hommes. Plus tard la colonne à laquelle viennent se joindre six survivants de Sidi-Brahim est en partie massacrée par des partisans avant d’atteindre Aïn-Zohra, dans le Rift marocain. Le docteur Cabasse échappe à la tuerie et reste prisonnier durant quatorze mois.
Durant cette période, il devient la providence des Arabes d’Aïn-Zohra qu’il soigne à plusieurs kilomètres à la ronde. Il est rapidement l’idole de ces populations montagnardes qui le vénèrent comme un dieu. Le général Cavaignac, qui commande la division de Tlemcen, n’oublie pas les prisonniers. Il leur fait parvenir des vivres et des vêtements et il obtient que l’on attribue la Légion d’honneur au docteur Cabasse. Il les fait finalement racheter et libérer par le gouverneur espagnol de Mélilla.
Quand le prince-président Louis Napoléon Bonaparte se présente à la présidence de la République contre le général Cavaignac, Charles Jules Cabasse vote naturellement pour ce dernier. Cette prise de position le rend suspect et dans son dossier une note indique : A voté pour le général Cavaignac. Opinions politiques très avancées. A surveiller.
Promu médecin-major à Châlons, il revoit Abd-el-Kader en 1863. L’émir intervient personnellement auprès de Napoléon III pour qu’il soit nommé officier de la Légion d’honneur. A plusieurs reprises, Charles Jules Cabasse est détaché à Bourbonne-les-Bains. Quand la guerre éclate en 1870, il est nommé médecin divisionnaire du XIIe Corps et il participe aux batailles de Bazeilles et de Sedan. Il est enfin promu médecin-chef de l’hôpital militaire de Bourbonne-les-Bains le 10 septembre 1870. Marié depuis 1851 avec Marguerite Clémence Verney, fille du directeur de l’établissement thermal de cette ville, il devient père de plusieurs enfants et notamment de Emmanuel-Georges et François Cabasse.
En raison de sa glorieuse carrière, le Service de Santé militaire a tenu à perpétuer son souvenir en faisant ériger en 1906 dans les couloirs du cloître de l’hôpital militaire du Val de Grâce à Paris un bas-relief dû à Grandet. Ce monument représente notre médecin militaire sous une tente occupé à soigner des blessés. La ville de Mirecourt a donné son nom à une de ses rues en 1960.
Bibl. : Bénitte (Dr A.-C.).- Un médecin militaire vosgien, le docteur Cabasse, prisonnier d’Abd-El-Kader, in La Liberté de l’Est du 10 avril 1958.
[Georges Poull].