Jean-Louis DE BOURCIER DE MONTHUREUX

[ Luxembourg (Grand Duché de Luxembourg), 12/05/1687 – Nancy (54), 14/03/1751 ]

juriste, diplomate, écrivain

Ou BOURCIER D’AUTREY.

Biographie vosgienne

1973 — La Liberté de l’Est

Monthureux-sur-Saône
Un gentilhomme lorrain de jadis


Il y avait au début du XVIIIe siècle un procureur général, du nom de Jean-Louis de Bourcier. Né à Luxembourg en 1687, il était qualifié de baron de Monthureux et de Mervaux et possédait effectivement une maison de campagne au Mervaux, où du reste il n’habita guère. Sa vie nous est connue, indirectement, par une biographie de son père, qu’il publia, et aussi par une intéressante monographie du comte de Ludre.

Le père de notre héros fut premier président de la cour souveraine et ministre plénipotentiaire du duc Léopold à La Haye et au congrès d’Utrecht. Il avait eu toutes sortes d’aventures que nous vous conterons une fois. C’était un homme austère.

Pour initier son fils aux négociations et aux belles manières, le comte avait emmené le jeune Jean-Louis avec lui au congrès d’Utrecht dont les palabres durèrent quinze mois. Les diplomates se désennuyaient en soupant longtemps, en dansant et en jouant. On jouait tout l’après-midi jusqu’au souper, et après le souper jusqu’au matin. Mais de Bourcier père ayant joué une fois, perdit, et jura qu’on ne l’y reprendrait plus.

À Utrecht, Jean-Louis remarqua trois vieilles filles de riche fortune et estima que l’une d’elles ferait bien son affaire. Son père demanda à voir cette future bru, et l’ayant vu si laide refusa son consentement.

En fils soumis, Jean-Louis s’inclina et décida d’aller se consoler en Angleterre. Mais son père avait horreur de la mer. Le jeune homme a beau s’embarquer subrepticement, le vieux plénipotentiaire lui envoie une exprès pour le retenir. L’envoyé arrive comme Jean-Louis montait sur le bateau. Les camarades de Jean-Louis font semblant de l’embarquer de force, et le compte-rendu du messager sur cet "enlèvement" calma le cours paternel.

D’Angleterre, Jean-Louis revient à Paris et trouve le séjour agréable. Comme le vieux magistrat exige son retour sur leurs, il répond qu’il est malade. Le père exige un bulletin de santé quotidien. Rien n’était plus facile…

Patatras ! Un matin, comme son laquais lui mettait sa perruque, une serveuse vient l’avertir que Monsieur son père est à Paris. Oh la la ! Jean-Louis se met au lit et envoie quérir ainsi un ami, religieux assez dévergondé, qui se charge moyennant finance d’amener un médecin et un apothicaire, le rebut et la lie des disciples d’Hippocrate. Le père entre et trouve son fils buvant un bouillon, et le médecin de lui faire un long détail du mal : ce fut une kyrielle de saignées, de purgations, d’anodins, de quinquina, de julieps et de cordiaux….

En vérité, ne croirait-on pas lire une comédie du temps avec Scapin et Géronte ?

L’art de tirer des carottes est vieux comme le monde.

Mais nous aurions scrupule de continuer le récit des fredaines de Jean-Louis. Disons donc que, s’étant assagi, il fut procureur général en la cour souveraine de Lorraine et Barrois, qu’il accomplit de délicates négociations pour le compte du duc Léopold et qu’il fut, à Nancy, un des derniers champions de la patrie lorraine expirante. Le traité de cession de la Lorraine à la France provoqua de vives doléances. Un violent pamphlet parut à Nancy, qui fut déféré au Parlement est condamné à être brûlé de la main du bourreau, à défaut de l’auteur anonyme : le procureur général, écrit M. de Ludre, du requérir cette peine infâmante, et les médisants ajoutaient que lui, au moins, savait qui avait composé le libellé, puisqu’il sortait de sa plume.

Le 21 mars 1737, le Parlement de Lorraine et la Cour des Comptes furent astreints à prêter serment de fidélité au roi de France, et ce fut pour Bourcier de Monthureux l’occasion d’un magnifique discours qu’il terminait en ces termes dignes : Nous avons lieu de croire que les nouveaux monarques que le ciel nous destine ont trop de justice et d’humanité pour blâmer des sentiments si convenables, et même pour ne pas agréer des pleurs que nous font répandre l’éloignement et la dispersion de la maison régnante, dont nous avions le bonheur de suivre ces lois depuis sept cents ans.

[La Liberté de l’Est, date imprécise... Sans doute un article de Jean Bossu].

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

BOURCIER DE MONTHUREUX (Jean-Louis de) ou BOURCIER d’AUTREY, juriste, diplomate et écrivain
(Luxembourg, 12 mai 1687 - Nancy, 14 mars 1751)

Fils de Jean-Léonard Bourcier et d’Anne Boulet, il devient avocat général de la Cour Souveraine de Nancy en 1710. En 1720, il acquiert de son père la baronnie de Monthureux-sur-Saône et il fait immédiatement construire un logis sur ses terres du Mervaux, logis qui lui sert de pied à terre pour ses quelques déplacements effectués à Monthureux de 1720 à 1725 ; après 1725, il gère son bien par l’intermédiaire de maître Bron de Darney.

Devenu conseiller d’Etat en 1716, maître des requêtes en 1721, enfin procureur général en 1724, conseiller au Conseil des Finances, il est envoyé extraordinaire en Cour de Rome de 1723 à 1725, il est appelé par François III de Lorraine à Vienne en 1736 et honoré du titre de comte ; il ne reste toutefois auprès du duc devenu empereur, et revient en Lorraine pour finir ses jours. Il publie plusieurs recueils d’édits et ordonnances, quelques poésies et une Vie de messire Jean Léonard baron de Bourcier, son père.

Il avait épousé Marguerite-Françoise de Barrois, dont il eut 4 enfants : alors que les 2 aînés entrèrent dans les ordres, Alexis-Augustin et François-Léonard embrassèrent la carrière des armes au service du roi de France, et la tradition militaire se maintint longtemps dans la famille. Les liens entre la seigneurie de Monthureux et les Bourcier se distendirent, suite au nombre élevé de co-partageants et à l’émigration des petits-fils de Jean-Louis de Bourcier de Monthureux.

Au XIXème siècle, ils n’avaient plus que les terres de Mervaux, qui furent vendues au début du XXème siècle.


Bibl. : Michel (M.-F. et J.-F.).- Monthureux-sur-Saône, 1605-1789, seigneurs et habitants, vie spirituelle, 1980.
Mahuet (A. de).- Biographie de la Cour Souveraine de Lorraine et Barrois, p. 31-32.


[Jean-François Michel].

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