1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
BOULOUMIÉ (Louis Jean Joseph Alphonse François), avocat, magistrat, fondateur de la station de Vittel
(Rodez, 1812 - Vittel, 17 octobre 1869)
Il est le fils de Dominique Joseph Bouloumié, ingénieur du cadastre et maire de Rodez et de Marie Marguerite Sophie Flaugergues. Au lycée de Rodez où il fait ses études, il est le condisciple de Louis Blanc dont il subira plus tard l’influence. Après avoir fait son droit à Paris, il s’inscrit au barreau de sa ville natale puis est nommé procureur du Roi à Béziers. Il démissionne peu de temps après, jugeant sa fonction d’agent de Louis Philippe incompatible avec ses idées républicaines. Il se retrouve avocat à Rodez.
Il accepte la Révolution de 1848 avec enthousiasme, au point d’être élu en mars, capitaine de la garde nationale et de fonder un journal, l’Aveyron républicain. Lors des élections présidentielles de décembre 1848, il fait campagne contre Louis-Napoléon Bonaparte et en faveur de Cavaignac. Après le coup d’état du 2 décembre 1851, il proteste publiquement au cri de Vive la Constitution devant la préfecture de Rodez, ce qui entraîne son arrestation trois jours plus tard, un séjour dans les prisons de Rodez, puis un exil à Barcelone où il se livre à des recherches de sciences naturelles. Atteint de coliques néphrétiques, il est autorisé, en juillet 1852, à venir en cure à Contrexéville. Il y revient les années suivantes avant d’être admis à une résidence définitive en France en 1859.
C’est au cours de ses séjours à Contrexéville que Louis Bouloumié expérimente sur lui-même les vertus de quelques sources émergeant sur le territoire de la commune voisine de Vittel. En 1854, il se rend acquéreur des terrains et des sources en question dont celle de la fontaine de Gérémoy aussitôt désignée sous l’appellation de Grande source.
Dès la première année, il commence les travaux de captage, la recherche de nouvelles sources dans le voisinage et l’assainissement du terrain. Toutes les eaux découvertes sont soumises à une analyse chimique et à la recherche de leurs propriétés à laquelle se soumettent volontiers les ouvriers employés, les membres de la famille Bouloumié et l’abbé Chapiat, curé de Vittel. Ainsi Louis Bouloumié découvre-t-il les vertus diurétiques et laxatives de la source Marie et celles de la source des Demoiselles.
Dès 1855, il fait construire un pavillon de bois pour accueillir les premiers buveurs près de la grande source. L’année suivante, il y ajoute une galerie promenoir et un établissement de bains et, en 1860, une maison d’habitation pour son usage personnel. De 1857 à 1860, le nombre des curistes passe de 23 à 136 ! En 1862, il ouvre l’hôtel de l’établissement thermal, vaste édifice, élevé primitivement sur 5 niveaux de 7 travées de part et d’autre du hall d’accueil, contenant 40 chambres avec salon, salle à manger, billard...
Un de ses premiers hôtes de marque est Émile Ollivier, ami personnel de Bouloumié, ce qui contribue fortement à lancer la vogue de la station. Au moment où disparaît son fondateur, la plus jeune des grandes stations thermales vosgiennes accueille déjà des centaines de malades et est promise à un grand avenir.
Bibl. : Bouloumié (Pierre).- Histoire de Vittel.
Contal (Marie-Hélène).- Vittel, création d’une vie thermale, 1982.
[Pierre Heili].