Carnet de deuil. M. André Argant, maire honoraire d’Epinal

Maire d’Epinal pendant dix-huit ans, André Argant est mort samedi soir, à la maison médicale de Remiremont, sa ville natale, à l’âge de 78 ans.
Né le 6 octobre 1911 à Remiremont, à peine connut-il son père, mort pour la France lors de la guerre 14-18, en combattant avec les Poilus d’Orient aux Dardanelles.
Après l’école primaire et le collège, André Argant fit ses études universitaires (histoire et géographie) à la Faculté des Lettres de Nancy.
En janvier 1935, son compatriote, l’abbé Georges Kopf, professur à l’Institution Saint-Joseph d’Epinal, devait subir une intervention chirurgicale et son poste était temporairement vacant : André Argant vint... à titre intérimaire le remplacer. En fait, il demeura à l’Institution jusqu’à sa retraite, assurant les cours de latin et français en classe de cinquième puis en sixième. Il fut le premier professeur laïc de latin-français et le premier professeur principal laïc à l’Institution Saint-Joseph.
Entretemps, il s’occupe de la JIC (Jeunesse Indépendante Chrétienne) et peu après son retour du service militaire qu’il effectua comme seconde classe au 158e à Mutzig, il devint président diocésain de l’ACJF (Association Catholique de la Jeunesse Française).
Mobilisé en 1939 au 158e, il sera fait prisonnier le 20 mai 1940 à la frontière franco-belge. Il passera la plus grande partie de sa captivité en Silésie, non dans un stalag, mais occupant tour à tour divers emplois.
Libéré par les Américains, André Argant revoit enfin le 17 mai 1945 ses Vosges natales et le clocher de l’Abbatiale de Remiremont.
Il reprend ses cours à l’Insitution Saint-Joseph et ne reste pas insensible à la politique : ne sera-t-il pas l’un des fondateurs du MRP dans les Vosges ? Il s’orientera bientôt vers l’action municipale.
Trois mandats de maire
Il fut élu pour la première fois au conseil municipal sur la liste Charles Guthmuller en 1953. D’emblée, il devint adjoint avec la responsabilité du logement et des finances.
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C’est le 20 mars 1959 qu’André Argant devint maire de la Cité des Images. Il fut brillamment réélu à ce poste le 20 mars 1965, entamant un troisième mandat le 27 mars 1971.
Il y eut bien quelques grincements de dents lorsqu’arriva la feuille d’impôts de 1960 : double de celle de l’année précédente. Mais que de choses allaient être accomplies !
Les efforts d’André Argant et de sa municipalité se portèrent d’abord vers le logement, problème des plus urgents pour recevoir une population sans cesse croissante. On construisit, en plus des initiatives privées, un certain nombre d’ensembles dans divers quartiers de la ville, puis vinrent les réalisations de la ZUP et de la ZAC, de Jacquart et du Champ-du-Pin.
Une des premières constructions sur la ZUP fut celle du centre hospitalier Saint-Maurice.
Après le logement et la santé : l’administration municipale s’oriente vers la qualité de la vie. Ainsi sortirent de terre les premiers équipements sportifs : piscine de la Louvière, stade omnisports de la Colombière, gymnase scolaire, halle des sports, patinoire, manège, piscine du plateau de la Justice.
Dans tous les quartiers de la ville se construisent les établissements scolaires : primaires, secondaires et supérieurs, tandis que se développent les centres aérés, les colonies de vacances, la crèche à domicile et que les écoles maternelles essaiment dans toute la ville.
Les personnes du troisième âge ne sont pas oubliées : maisons de personnes âgées de Sans-Souci et de Bon-Repos, Club jusqu’à Cent, repas à domicile, aide financière pour les transports collectifs.
Le problème de l’emploi préoccupe André Argant. A la suite de la fermeture de deux importants établissements textiles, de communs efforts aboutissent à la création des établissements Louis Bonbon et Playtex. S’implantent sur la zone industrielle de Golbey, les établissements Michelin et l’extension de la Trane. Un certain nombre d’emplois sont créés dans la zone de la Voivre.
Le départ d’Epinal
Le gouvernement exprima sa gratitude à André Argant en le nommant chevalier de la Légion d’Honneur. La croix lui fut remise le 24 novembre 1975 à la salle municipale des fêtes par M. Alain Poher, Président du Sénat, président de l’association des Maires de France, devant un parterre de personnalités.
Retraité de l’enseignement et n’ayant pas sollicité le renouvellement de son mandat aux élections municipales de 1977, André Argant se fixa à Paris où il s’occupa... de sa chienne, de la Fédération mondiale des Villes jumelées... et des dîners en ville.
Il revenait régulièrement à Epinal pour assister au festival international de l’Image, à l’assemblée des Poilus d’Orient, à la Saint-Nicolas, et en maintes autres occasions qu’il était le premier à susciter.
C’est à Epinal que, le 11 décembre 1983, au lendemain de l’assemblée générale extraordinaire de la Société d’Emulation à laquelle il était venu participer, André Argant fut victime du malaise dont il ne devait jamais se relever.
Longtemps, l’on se souviendra de ce célibataire endurci, qui, avant sa maladie, apparaissait, stature massive, peu soucieux d’une démarche légèrement bedonnante eu égard à sa
brioche, caustique et ironique sans jamais être méchant, bavard impénitent, amoureux de l’anecdote, du fait drôle ou cocasse, cicerone averti, ami à la compagnie recherchée et appréciée, et sensible même s’il s’en cachait, croyant convaincu mais sans sectarisme, respectant les convictions de chacun.
André Argant aima profondément sa ville et les siens. Et réciproquement...
Les obsèques du maire honoraire d’Epinal seront célébrées mardi, à 15 heures, en l’église abbatiale de Remiremont.
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Voyages et jumelages
Sans doute parce qu’il fut un admirateur et un ami de Georges La Pira, ancien maire de Florence, André Argant avait eu au plus haut point l’esprit européen.
Il s’y était préparé en parcourant chaque année, lors des vacances, avec une cinquantaine de jeunes, les routes de tous les pays : du soleil de minuit à la Jordanie et Israël, de Saint-Jacques-de-Compostelle à la Place Rouge de Moscou, indépendamment des pélerinages sur la tombe de son père en terre d’Orient.
Pour les étudiants qui l’accompagnaient, il était le grand frère, le copain, le
Jules qui chaque matin faisait les
pluches pour tout le monde.
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Voyage rime avec jumelage.
Le temps des frontières nationales est dépassé, déclarait alors André Argant.
Je suis de ceux qui pensent que les peuples ne pourront se comprendre et s’estimer qu’en se connaissant : les jumelages répondent à cet état d’esprit.
Secrétaire du comité de jumelage en 1956, président en 1959, dans l’intervalle en 1957 l’un des membres fondateurs de la Fédération mondiale des Villes jumelées ; voici Epinal jumelée en 1956 avec la ville anglaise de Loughborough, en 1964 avec la ville allemande de Schwäbisch Hall, en 1968 avec la ville italienne de Jesolo, en 1973 avec la ville belge de Gembloux.
[L’Est Républicain, 19 février 1990]