André Henri Charles ARGANT

[ Remiremont (88), 06/10/1911 – Remiremont (88), 17/02/1990 ]

professeur

Maire d’Épinal (1959-1977). Conseiller régional de Lorraine (1974-1977).

Biographie vosgienne

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

ARGANT (André Henri Charles), enseignant, maire d’Épinal
(Remiremont, 6 octobre 1911 - Remiremont, 17 février 1990)

Petit neveu de Charles Argant qui fut maire de Remiremont de 1895 à 1913, il fait ses études primaires à l’école du Centre et secondaires au collège de la ville. Licencié d’histoire et de géographie de la Faculté des Lettres de Nancy, il entre en 1935 comme professeur à l’Institution Saint-Joseph d’Épinal. Il y enseigne le français, le latin et l’histoire. Il est le premier professeur laïc du collège privé spinalien où se déroule toute sa carrière professionnelle.

Avant guerre, il milite dans les mouvements d’action catholique et devient en 1938, président diocésain de l’Association Catholique de la Jeunesse française. Fait prisonnier en mai 1940 sur la frontière franco-allemande, il est détenu en Sibérie où il est affecté à différents Kommandos de travail avant de se voir confier la responsabilité des travailleurs français de tout son secteur. Libéré par les Américains en 1945, il reprend son service à l’Institution Saint-Joseph d’Épinal.

Pour la IVème république, il est un des fondateurs du M.R.P. dans les Vosges. Mais son engagement public véritable commence en 1953 avec son élection aux municipales d’Épinal sur la liste Guthmuller. D’emblée, on lui confie la responsabilité d’adjoint aux finances et au logement. Dans ce dernier poste, il déploie une activité remarquable dans une époque difficile ; membre du conseil d’administration de l’office d’H.L.M., il en devient président en 1956. Sa carrière de militant politique se poursuit au sein du M.R.P. dont il est le secrétaire départemental et membre du conseil national.

Aux législatives de 1958, on le trouve suppléant du député-maire de Rambervillers Lucien Nicolas. Vainqueur de haute lutte en mars 1959 aux municipales spinaliennes face à 5 autres listes dont celle de son ancien colistier Guthmuller, il est élu maire, consolidant sa fragile majorité en choisissant comme premier adjoint le socialiste Pierre Blanck. Il reste maire pendant 18 années consécutives au cours desquelles on vit Épinal grandir sous son administration dynamique et joviale, car ses capacités d’administrateur n’ont d’égale que sa réputation de bon vivant qui augmente sa popularité.

Parmi ses principales réalisations citons la Z.U.P. du plateau de la Justice, la Z.A.C. du Champ-du-Pin, le centre hospitalier Saint-Maurice, la piscine de la Louvière, le stade omnisport de la Colombière, la patinoire et différentes autres installations sportives, tandis que divers établissements scolaires, tant primaires que secondaires, sortent de terre dans tous les quartiers de la ville. Dans le domaine de l’emploi, il fait face à la crise du textile en contribuant à attirer dans l’agglomération des unités industrielles telles que Playtex, Michelin et Trane, tandis qu’est créée la Z.I. de la Voivre.

D’un esprit très européen, il ouvre Épinal sur le monde en mettant en place différents jumelages qui resteront très actifs : Loughborough (R.U., 1956), Schwabisch-Hall (R.F.A, 1964), Jesolo (Italie, 1968) et Gembloux (Belgique, 1973). Il est un des fondateurs de la Fédération mondiale des villes jumelées à laquelle il consacrera une grande partie de son temps, l’heure de sa retraite venue. Ses vacances annuelles, il les passe à accompagner sur les routes d’Europe d’abord en vélo puis en autocar, des troupes de jeunes de la J.E.C., n’hésitant pas a faire lui-même une cuisine aussi appréciée des campeurs le soir venu que ne l’avaient été au cours de la journée ses explications averties sur les villes et les régions traversées.

Chevalier de la Légion d’honneur depuis 1975, il décide de ne pas se représenter aux municipales de 1977 et se retire quelque temps à Paris tout en revenant régulièrement à Épinal pour des manifestations traditionnelles auxquelles il restait très attaché : la fête patronale, le Festival des images, la Saint-Nicolas...

André Argant fut également membre du 1er Conseil régional (1974), président de l’association des maires du département et vice-président de l’Institut mondial des études des structures communales.


Bibl. : La Liberté de l’Est, 18 février 1990 ; L’Est républicain, 19 février 1990.


[Pierre Heili].

1990 — La Liberté de l’Est - Vosges

Ancien maire d’Epinal, André Argant est mort

André Argant.

EPINAL.- C’est avec tristesse que nous avons appris le décès survenu, hier soir, à la maison médicale de Remiremont , de l’ancien maire d’Epinal, André Argant, né à Remiremont le 6 octobre 1911. Premier magistrat de la Cité des Images pendant 18 ans, André Argant a marqué de son image le chef-lieu du département.


André-Henri-Charles Argant est né au N° 35 de la Grand-Rue à Remiremont le 6 octobre 1911 d’une longue et illustre lignée de Romarimontains dont un grand oncle Charles fut premier magistrat de la cité des Chanoinesses de 1895 à 1913 (c’est lui qui a fait construire la première piscine du département), dont un oncle fut adjoint au maire de 1919 à 1927. Toute une tradition familiale qui remonte même beaucoup plus loin puisque parmi ses ancêtres on trouve des édiles spinaliens au XVIIème siècle.

Sa première école fut celle du Centre à Remiremont, puis celle de Maxonrupt avant de revenir au Centre lorsque ses parents s’installèrent rue de la Courtine. Le temps de la communale écoulé, André Argant fit de brillantes études secondaires au lycée de Remiremont avant d’entrer à la faculté des lettres de Nancy d’où il sortira licencié.

Toute sa carrière à Saint-Jo

Le tout jeune professeur d’histoire et de géographie se voit alors offrir un poste à Epinal à l’institution Saint-Joseph : Pressenti en janvier 1935 pour remplacer temporairement l’abbé Kopf, professeur de lettres de 5e, je ne savais pas que j’allais y passer ma vie, précisera-t-il en octobre 1976 au moment de quitter la vie active.

C’est ainsi qu’il devint le premier professeur laïc à Saint-Jo et il demeurera longtemps le seul laïc enseignant en classe de lettres. Mais le jeune professeur était déjà engagé philosophiquement et politiquement. Il fut à Epinal responsable de la J.I.C. avec André Cunin (libraire à Remiremont), et en 1938, il fut élu président diocésain de l’A.C.J.F.

Quant à ses états de service militaire, voilà ce qu’il déclarait à notre confrère Pierre Jeandidier le jour de ses 60 ans avec cet humour qui resta la constante de son caractère : D’octobre 36 à septembre 37 au 158e R.I. à Mutzig. Du service militaire, je devais en faire six ans neuf mois, en comptant mes années de captivité ! Je suis toujours 2ème classe, je n’ai jamais été promu ; c’est aussi honorable que mon futur supérieur de collège qui avait commencé comme sergent-chef et qui a terminé sergent, ayant été jugé inapte au commandement par ses chefs ! Ce que les militaires peuvent parfois se tromper !

La dernière guerre, il la fit en étant mobilisé dans le même régiment à Mutzig et il fut fait prisonnier le 20 mai 40 à la frontière franco-allemande. De juin 40 à octobre 44, il dépendit du camp de Sagan en Silésie. Il travailla chez un entrepreneur en construction pendant trois semaines, à la réfection des berges d’un canal pendant deux mois, à l’arrachage des patates et des betteraves, avant d’atterrir dans une pisciculture à la frontière polonaise en mai 41. Il y resta peu, le patron l’accusant d’empêcher les autres de travailler par ses bavardages continuels et le surnommant le gramophone. Il se retrouva dans l’agriculture pour une expérience qui tourna à l’aigre lorsqu’il piqua le ventre du patron avec une fourche. Résultat : une incarcération en cellule disciplinaire du 11 novembre 41 à la fin mars 42. Le voici ensuite envoyé dans une fonderie-aciérie à Neusalz-sur-Oder.

Gruppenkreisverbindungsmann

Mais laissons-le narrer lui-même les péripéties de cette nouvelle étape de sa captivité ainsi qu’il le fit dans l’interview citée plus haut :

Là, je me suis débrouillé pour ne plus travailler et pour me rendre indispensable. Nous étions mêlés à des travailleurs français du S.T.O. C’est moi qui remplissais leurs papiers. Bientôt, je fus nommé responsable de tous les Français de la ville puis de tous ceux du Kreifreistadt. Enfin, je fus élu Gruppenkreisverbindungsmann. J’avais la responsabilité d’un grand territoire de 230 kilomètres de long sur les deux rives de l’Oder et sur 130 kilomètres de large, soit deux départements français et demi.

Arrêté pour participation à une évasion, je fus renvoyé en stalag pendant deux mois puis refoulé sur Muhlberg-sur-Elbe au IV B. Là, j’ai retrouvé 23 Français, 23
têtes fortes qui rentraient du bagne disciplinaire ; on nous a envoyés à Torgau au stalag IV D. Tous les 24, nous avons travaillé à partir du 1er novembre dans une menuiserie à Wittenberg-Lutherstadt.

Nous avons été libérés en avril 1945 par les Américains sur la Mulde, affluent de la rive gauche de l’Elbe. Après un bref passage au camp de triage de Leipzig, j’arrivai à Remiremont le 17 mai 45. J’avais tiré cinq ans moins trois jours.


Sa vie publique, André Argant la commence en mars 1953. Dernier inscrit sur la liste de Charles Guthmuller, ce dernier n’imaginait certes pas à l’époque que le prof de Saint-Jo l’affronterait six ans plus tard et lui succèderait pour un triple mandat soit 18 ans à la tête de la cité des Images.

Mais en 1953, on n’en est pas là. Pourtant, le nouvel élu devient dernier adjoint et recueille deux tâches empoisonnées dans une ville où sévissaient l’émigration, la pénurie de logement et le manque d’emplois : les finances et le logement. Il est désigné membre du conseil d’administration de l’office d’H.L.M. par la préfecture, nommé ensuite administrateur délégué de l’office avant d’en devenir le président en 1956.

Membre de l’équipe municipale, il n’en poursuit pas moins une carrière de militant en tant que secrétaire de la fédération départementale du M.R.P. et membre du conseil national. Lors des législatives de 1958, il fut suppléant du député-maire de Rambervillers, Lucien Nicolas.

C’est alors que se profilent les municipales de mars 59 qui constituèrent une grande bataille avec six listes en présence. Quand on sait qu’on avait à l’époque le droit de panacher, on comprend mieux que les scrutateurs aient terminé leur tâche à... 8 heures le lundi matin !

André Argant avait donc, nous l’avons dit, quitté l’équipe Guthmuller (lequel se représentait aux côtés du conseiller général, le docteur Thinesse) pour, avec un autre adjoint Amand Colle, proposer aux suffrages une liste d’entente pour l’action municipale et sociale. Un ballotage intégral ayant sanctionné le premier tour, la liste du maire sortant trouva face à elle une redoutable coalition formée de 11 M.R.P., 10 socialistes et 6 techniciens. Une liste qui fut plébiscitée puisque les 11 M.R.P. dont MM. Colle et Argant furent élus ainsi que 6 socialistes (dont MM. Savouret et Blanck) et 6 techniciens (le Dr Rothan en tête). La liste Guthmuller ne conservait que 4 sièges mais perdait son leader.

Les Spinaliens ont donc choisi la représentation proportionnelle et les élus en tiennent compte en désignant le 20 mars André Argant comme maire, Pierre Blanck comme premier adjoint, Amand Colle 2ème adjoint et Paul Saunier 3e adjoint (soit 2 M.R.P., 1 S.F.I.O. et 1 technicien).

18 ans à la tête de la cité

Premier magistrat spinalien, André Argant allait le demeurer 18 ans. Seul Augustin Beaudoin avait fait mieux. Trois mandats donc au cours desquels André Argant vit Epinal grandir sous son administration dynamique et joviale. Chevalier de la Légion d’Honneur, il reçut cette haute distinction des mains d’Alain Poher, le président du Sénat en novembre 1975. Reçu par son équipe municipale à l’hôtel de ville pour fêter l’événement, il reçut l’hommage de celui qui allait devenir son successeur en 1977, Pierre Blanck, l’ami de toujours qui eut ces mots :

Il n’était pas facile en 1959 de prendre en main les destinées d’une ville de 23 000 habitants en proie à la crise de l’habitat, au manque cruel d’équipements et d’emplois. Vous êtes à présent le maire d’une cité de 43 000 habitants. La politique sociale conduite en faveur de l’enfance par l’école, les oeuvres annexes, l’équipement sportif, et tant d’activités complémentaires ; l’action permanente en faveur des personnes âgées, des pauvres, de tous les défavorisés, de tous ceux qui ont besoin de la collectivité ; l’animation culturelle ; la politique du logement par la naissance des nouveaux quartiers et la rénovation des rues anciennes ; la recherche et la création d’emplois... tout cela, cet Epinal nouveau par les réalités et par l’esprit porte la marque d’André Argant, un grand maire.

Bien sûr, il fut aussi membre de bien d’autres associations, groupements, et élu au sein de maintes assemblées. Retenons notamment qu’il fut membre du 1er Conseil régional (1974), président de l’association des maires du département, vice-président de l’Institut mondial d’études des structures communales et d’information sur l’administration des collectivités locales.

Après sa retraite de la vie publique en 1977, il devint public relation avec les ministères et le parlement au sein de la Fédération mondiale des Villes jumelées, un domaine dans lequel il avait oeuvré avec foi lors de ses mandats, rapprochant la cité des Images des villes-soeurs de Schwäbisch Hall et Loughborough notamment et étant ainsi le 3 juillet 1976 le premier maire de France récompensé par une université étrangère, en l’occurence celle de technologie de Loughborough qui le désigna par le truchement du lord chancelier Pilkington docteur honoris causa des sciences humaines au titre de master of arts.


[La Liberté de l’Est, 18 février 1990]

1990 — L’Est républicain - Vosges

Carnet de deuil. M. André Argant, maire honoraire d’Epinal

André Argant.

Maire d’Epinal pendant dix-huit ans, André Argant est mort samedi soir, à la maison médicale de Remiremont, sa ville natale, à l’âge de 78 ans.


Né le 6 octobre 1911 à Remiremont, à peine connut-il son père, mort pour la France lors de la guerre 14-18, en combattant avec les Poilus d’Orient aux Dardanelles.

Après l’école primaire et le collège, André Argant fit ses études universitaires (histoire et géographie) à la Faculté des Lettres de Nancy.

En janvier 1935, son compatriote, l’abbé Georges Kopf, professur à l’Institution Saint-Joseph d’Epinal, devait subir une intervention chirurgicale et son poste était temporairement vacant : André Argant vint... à titre intérimaire le remplacer. En fait, il demeura à l’Institution jusqu’à sa retraite, assurant les cours de latin et français en classe de cinquième puis en sixième. Il fut le premier professeur laïc de latin-français et le premier professeur principal laïc à l’Institution Saint-Joseph.

Entretemps, il s’occupe de la JIC (Jeunesse Indépendante Chrétienne) et peu après son retour du service militaire qu’il effectua comme seconde classe au 158e à Mutzig, il devint président diocésain de l’ACJF (Association Catholique de la Jeunesse Française).

Mobilisé en 1939 au 158e, il sera fait prisonnier le 20 mai 1940 à la frontière franco-belge. Il passera la plus grande partie de sa captivité en Silésie, non dans un stalag, mais occupant tour à tour divers emplois.

Libéré par les Américains, André Argant revoit enfin le 17 mai 1945 ses Vosges natales et le clocher de l’Abbatiale de Remiremont.

Il reprend ses cours à l’Insitution Saint-Joseph et ne reste pas insensible à la politique : ne sera-t-il pas l’un des fondateurs du MRP dans les Vosges ? Il s’orientera bientôt vers l’action municipale.

Trois mandats de maire

Il fut élu pour la première fois au conseil municipal sur la liste Charles Guthmuller en 1953. D’emblée, il devint adjoint avec la responsabilité du logement et des finances.br> C’est le 20 mars 1959 qu’André Argant devint maire de la Cité des Images. Il fut brillamment réélu à ce poste le 20 mars 1965, entamant un troisième mandat le 27 mars 1971.

Il y eut bien quelques grincements de dents lorsqu’arriva la feuille d’impôts de 1960 : double de celle de l’année précédente. Mais que de choses allaient être accomplies !

Les efforts d’André Argant et de sa municipalité se portèrent d’abord vers le logement, problème des plus urgents pour recevoir une population sans cesse croissante. On construisit, en plus des initiatives privées, un certain nombre d’ensembles dans divers quartiers de la ville, puis vinrent les réalisations de la ZUP et de la ZAC, de Jacquart et du Champ-du-Pin.

Une des premières constructions sur la ZUP fut celle du centre hospitalier Saint-Maurice.

Après le logement et la santé : l’administration municipale s’oriente vers la qualité de la vie. Ainsi sortirent de terre les premiers équipements sportifs : piscine de la Louvière, stade omnisports de la Colombière, gymnase scolaire, halle des sports, patinoire, manège, piscine du plateau de la Justice.

Dans tous les quartiers de la ville se construisent les établissements scolaires : primaires, secondaires et supérieurs, tandis que se développent les centres aérés, les colonies de vacances, la crèche à domicile et que les écoles maternelles essaiment dans toute la ville.

Les personnes du troisième âge ne sont pas oubliées : maisons de personnes âgées de Sans-Souci et de Bon-Repos, Club jusqu’à Cent, repas à domicile, aide financière pour les transports collectifs.

Le problème de l’emploi préoccupe André Argant. A la suite de la fermeture de deux importants établissements textiles, de communs efforts aboutissent à la création des établissements Louis Bonbon et Playtex. S’implantent sur la zone industrielle de Golbey, les établissements Michelin et l’extension de la Trane. Un certain nombre d’emplois sont créés dans la zone de la Voivre.

Le départ d’Epinal

Le gouvernement exprima sa gratitude à André Argant en le nommant chevalier de la Légion d’Honneur. La croix lui fut remise le 24 novembre 1975 à la salle municipale des fêtes par M. Alain Poher, Président du Sénat, président de l’association des Maires de France, devant un parterre de personnalités.

Retraité de l’enseignement et n’ayant pas sollicité le renouvellement de son mandat aux élections municipales de 1977, André Argant se fixa à Paris où il s’occupa... de sa chienne, de la Fédération mondiale des Villes jumelées... et des dîners en ville.

Il revenait régulièrement à Epinal pour assister au festival international de l’Image, à l’assemblée des Poilus d’Orient, à la Saint-Nicolas, et en maintes autres occasions qu’il était le premier à susciter.

C’est à Epinal que, le 11 décembre 1983, au lendemain de l’assemblée générale extraordinaire de la Société d’Emulation à laquelle il était venu participer, André Argant fut victime du malaise dont il ne devait jamais se relever.

Longtemps, l’on se souviendra de ce célibataire endurci, qui, avant sa maladie, apparaissait, stature massive, peu soucieux d’une démarche légèrement bedonnante eu égard à sa brioche, caustique et ironique sans jamais être méchant, bavard impénitent, amoureux de l’anecdote, du fait drôle ou cocasse, cicerone averti, ami à la compagnie recherchée et appréciée, et sensible même s’il s’en cachait, croyant convaincu mais sans sectarisme, respectant les convictions de chacun.

André Argant aima profondément sa ville et les siens. Et réciproquement...

Les obsèques du maire honoraire d’Epinal seront célébrées mardi, à 15 heures, en l’église abbatiale de Remiremont.



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Voyages et jumelages

Sans doute parce qu’il fut un admirateur et un ami de Georges La Pira, ancien maire de Florence, André Argant avait eu au plus haut point l’esprit européen.

Il s’y était préparé en parcourant chaque année, lors des vacances, avec une cinquantaine de jeunes, les routes de tous les pays : du soleil de minuit à la Jordanie et Israël, de Saint-Jacques-de-Compostelle à la Place Rouge de Moscou, indépendamment des pélerinages sur la tombe de son père en terre d’Orient.

Pour les étudiants qui l’accompagnaient, il était le grand frère, le copain, le Jules qui chaque matin faisait les pluches pour tout le monde.
>br> Voyage rime avec jumelage. Le temps des frontières nationales est dépassé, déclarait alors André Argant. Je suis de ceux qui pensent que les peuples ne pourront se comprendre et s’estimer qu’en se connaissant : les jumelages répondent à cet état d’esprit.

Secrétaire du comité de jumelage en 1956, président en 1959, dans l’intervalle en 1957 l’un des membres fondateurs de la Fédération mondiale des Villes jumelées ; voici Epinal jumelée en 1956 avec la ville anglaise de Loughborough, en 1964 avec la ville allemande de Schwäbisch Hall, en 1968 avec la ville italienne de Jesolo, en 1973 avec la ville belge de Gembloux.


[L’Est Républicain, 19 février 1990]

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