1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
ARBURGER (René), ingénieur général
(Lamarche, 26 mai 1892 - Moelan-sur-Mer (Morbihan), août 1959)
La vocation de René Arburger naît sur les bancs de l’école primaire, lorsqu’il est témoin de la visite d’un ancien élève de l’école de Lamarche, M. Viry, devenu premier-maître mécanicien de la marine. A l’issue de ses études à l’école professionnelle de Gérardmer, il devient marin en 1910. Matelot élève mécanicien, il est embarqué comme quartier-maître sur le Suffren. Il entame ensuite sa campagne coloniale sur le croiseur Jeanne d’Arc où il reste cinq ans. Il visite la plupart des mers et océans du globe jusqu’en 1914. Durant la Grande guerre, il participe aux combats qui se déroulent dans la Manche, la Méditerranée, les Antilles et l’Amérique centrale.
En 1917, il met pied à terre pour effectuer un long stage au centre d’essai des dirigeables de la marine, où il retrouve le souvenir des frères Renard, pionniers lamarchois du dirigeable. Il retourne ensuite à la vie civile et construit des moteurs Diesel. L’attrait de la mer le reprend bientôt. En 1922 et 1923, il suit à nouveau les cours des élèves ingénieurs-mécaniciens de l’École Navale. Il fait ensuite campagne en Chine, sur le Waldeck-Rousseau, puis il se rend au Japon.
Le déclenchement de la Seconde guerre mondiale lui donne l’occasion de se donner tout entier à la cause de la patrie envahie. Il rejoint les Français libres au Caire, puis à Londres, après avoir fait le tour de l’ Afrique sur un cargo. L’amiral Muselier lui confie la direction des services techniques de la Marine Française Libre. Il soutient ce dernier lorsqu’il entre en conflit avec le général de Gaulle. Il y gagne six mois d’arrêts de rigueur, qu’il accomplit à l’hôpital anglais de Camberley. Plus tard, il reprend son travail sous le commandement de l’amiral Auboyneau. Il entre en contact avec les Français arrivés de Londres après le débarquement des troupes fidèles au général de Gaulle en A. F.N. Parmi eux, il y a notamment un Spinalien, Marcel Lélu.
En 1943, il est nommé inspecteur technique des Forces Navales Françaises. Avec l’amiral Auboyneau, il inspecte les bases navales de Syrie et d’Afrique. Il participe à toutes les manifestations de la France Libre a Londres, en Écosse, à Marrakech, à Alger, au Caire, à Alexandrie, au Liban, à Madagascar et à Djibouti. Lorsqu’il peut enfin revenir dans les Vosges, en décembre 1944, il apprend que son fils Maurice, maquisard, a été arrêté au retour d’une mission à Lamarche. Les Allemands l’ont fusillé sur le bord d’une route. Son neveu Marcel Arburger a également été fusillé à la Vierge, à Épinal, le 18 janvier précédent (*). A sa demande, René Arburger est dégagé des cadres en 1946. Il se retire à cette époque dans sa villa de Ker Arbur à Moëlan-sur-Mer, où il passe le reste de son existence. A la suite de sa disparition, il est inhumé dans le cimetière de Port-Louis (Morbihan).
Bibl. : Bossu (Jean).- L’Amiral Arburger, qui vient de disparaître avait une belle carrière de marin, in La Liberté de L’Est du 21 août 1959.
[Georges Poull].
(*) Marcel Arburger a été fusillé à La Vierge, en même temps que Mamadou Addi Bâ, le 18 décembre 1943. (Note EcriVosges).