Grand Officier de la Légion d’Honneur (1804).
1829 —
Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel
FRANÇOIS DE NEUFCHÂTEAU Nicolas comte.- Fils d’un instituteur, né en 1752, à Saffais, près de Rosières-aux-Salines (et non à Liffol-le-Grand ou à Vrécourt, suivant les biographes), mort à Paris en 1827.
Il fit de très bonnes études au séminaire de Toul, et fut autorisé à ajouter à son nom celui de Neufchâteau, par arrêt du parlement de Nancy de 1777. Son goût dominant était celui de la poésie, qu’il cultiva fort jeune, car à 13 ans, il publia des pièces fugitives, dont quelques-unes furent applaudies par Voltaire même.
François de Neufchâteau acheta la charge de lieutenant général au présidial de Mirecourt, qu’il remplit jusqu’en 1781, époque à laquelle il fut nommé subdélégué de l’intendant de Lorraine dans la même ville. Souvent il se rendait à l’académie de Nancy, et y lisait ses ouvrages, au nombre desquels était une traduction en vers du poème de l’Arioste, qu’il perdit en mer, en revenant de Saint-Domingue, où il avait été appelé en 1782, pour remplir les fonctions de procureur général.
De retour en France au moment ou la révolution éclatait, il en accueillit les principes, et la servit de tous ses moyens : Toul fut le théâtre d’un rassemblement qu’il provoqua, dit-on, en 1790. Nommé ensuite, et successivement, juge de paix, administrateur dans le département des Vosges, député à l’assemblée législative, dont il fut élu secrétaire et président en 1791, il se montra constamment le soutien de la cause populaire, et vota la vente, par petits lots, des biens nationaux, afin d’attacher les pauvres à la cause de la révolution. A l’approche de l’armée prussienne, quelques membres effrayés demandaient des passeports pour quitter la capitale ; François de Neufchâteau proposa d’arrêter cet esprit de désertion, et engagea l’assemblée à jurer de ne quitter son poste qu’après la réunion de la convention : il y fut nommé par le département des Vosges, mais il n’accepta pas ; il refusa également la charge de Ministre de la justice qui lui fut offerte en 1793.
Sa Pamela, qu’il fit jouer à cette époque, ne fut pas jugée assez civique. On arrêta l’auteur, on le jeta en prison, et il ne recouvra sa liberté qu’après le 9 thermidor.
Immédiatement il passa juge au tribunal de cassation, ensuite commissaire dans le département des Vosges, où l’on dit qu’il usa de beaucoup de sévérité contre les prêtres insermentés. Nommé ministre de l’intérieur en 1797, puis membre du Directoire, il ne participa au pouvoir que jusqu’à l’année suivante, et redevint ministre de l’intérieur : ce fut lui qui donna l’idée de faire exposer en public les produits de l’industrie française.
Membre du sénat au 18 brumaire, il en fut d’abord secrétaire puis président jusqu’en 1806. Il obtint alors le titre de grand officier de la légion d’honneur, la sénatorerie de Dijon, puis celle de Bruxelles ; et, deux ans après, le titre de comte : c’est lui qui salua, au nom du sénat, Napoléon monté sur le trône ; il eut encore à féliciter le Saint-Père à l’occasion du sacre ; ainsi que l’empereur à Berlin, il la tête d’une députation, sur ses nouvelles victoires : cette députation rapporta à Paris 340 drapeaux enlevés aux Prussiens, avec l’épée, le cordon, etc. du grand Frédéric, qui furent suspendus à la voûte de l’église des Invalides.
François de Neufchâteau s’est beaucoup occupé depuis d’agriculture, branche d’industrie qu’il a singulièrement perfectionnée. Il donna son adhésion aux actes du sénat du 3 avril, et eut l’honneur de faire hommage au roi, en 1814, des 16 volumes de mémoires publiés par la société d’agriculture, dans l’espace de 19 ans ; et en 1815, à la chambre des députés et au monarque, du recueil de ses oeuvres poétiques. M. François de Neufchâteau fut entièrement oublié pendant l’interrègne ; membre de l’institut depuis sa fondation, il a été compris dans la réorganisation de ce corps, comme membre de l’académie française en 1816, mais il ne fut point compris sur la liste des pairs.
Les écrits de ce savant sont :
- Les Quatre Dynasties, ou l’Histoire de France ;
- Hymne à la liberté ;
- Prière à l’Être suprême ;
- Poésies fugitives, in-12, 1765 ;
- Pièces fugitives, in-12, I766 ;
- Odes sur les parlements, in-8°, 1771 ;
- Le Mois d’Auguste, Épître à Voltaire, in-8°, 1774 ;
- Discours sur la manière de lire les vers, in-12, 1775 ;
- Anthologie morale, in-16, 1784 ;
- Recueil authentique des anciennes ordonnances de Lorraine, 2 vol. in-8°, 1754 ;
- les Études du magistrat au Cap-Français, 1786 ;
- Paméla ou la Vertu récompensée, comédie en 5 actes et en vers, in-8°, 1793 ;
- Des améliorations dont la paix doit être l’époque, in-8°, 1797 ;
- Les Vosges, poème, in-8°, 1796 et 1797 ;
- L’Institution des enfants, ou Conseil d’un père à son fils, in-8°, 1798 ;
- Le Conservateur, ou Recueil de morceaux choisis d’histoire, de politique, etc., 2 vol. in-8°, 1800 ;
- Tableau des vues que se propose la politique anglaise dans toutes les parties du monde, in-8°, 1804 ;
- Voyage agronomique dans la sénatorerie de Dijon, in-4°, 1806 ;
- Œuvres posthumes de Nivernois, 2 vol. in-12, 1807 ;
- Fables et contes en vers, etc., 2 vol. in-12, 1814 ;
- L’Art de multiplier les grains, in-8°, 1810 ;
- Lettre à M. Sicard, etc., 1817 ;
- Épître à M. Viennet ;
- Dissertation sur la question de savoir si Le Sage est l’auteur de Gil Blas, etc. ;
- Esprit de Corneille ;
- Recueil de ses circulaires et instructions, pendant son ministère.
Voy. Bexon, Thérin.
1833 —
Biographie universelle ou Dictionnaire historique
FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU (Nicolas), littérateur et homme d’état, né à Neufchâteau, en Lorraine, le 17 avril 1750, se distingua dans ses études et fut d’abord destiné au barreau. Dés ses plus jeunes années, il avait manifesté un goût très vif pour la poésie ; et, encore adolescent, il publia un recueil de vers qui lui valut les éloges de Voltaire.
En 1776, il acheta la charge de líeutenant général du bailliage de Mirecourt ; et, cinq ans après, il fut nommé subdélégué de l’intendant de Lorraine. En 1782, il partit pour St-Domingue revêtu de l’emploi de procureur-général, et revint en France quelques années après, vers l’époque de la Révolution. Il en adopta les principes avec ardeur, et fut nommé successivement juge de paix, administrateur du département des Vosges, député à l’assemblée législative, dont il devint président en 1792. Elu député à la convention, par son département (les Vosges), il n’accepta point cette mission.
Un drame intitulé Pamela, qu il fit représenter en 179З sur le Théâtre-Français à Paris, lui attira les persécutions du parti révolutionnaire, qui crut y voir des principes opposés aux siens. François de Neufchâteau, mis en prison comme suspect de royalisme, ne recouvra sa liberté qu’après le 9 thermidor.
A cette époque, il fut nommé juge au tribunal de cassation, puis commissaire du gouvernement dans le département des Vosges. En 1797, il occupa le poste éminent de ministre de l’intérieur, devint ensuite membre du directoire exécutif, puis de nouveau ministre de l’intérieur. Il quitta ce ministère en 1799, sans rentrer d’abord dans aucun emploi public ; mais, après la chute du Directoire, il fut appelé à faire partie du sénat conservateur.
Plus tard, il fut nommé grand-officier de la Légion-d’Honneur, et reçut, ainsi que d’autres membres du sénat, le titre de comte. Rentré dans la condition privée à l’époque de la Restauration, François de Neufchâteau se consacra tout entier à la culture des lettres, qu’il n’avait pas abandonnée dans le cours de sa carrière politique : et son nom ne fut plus dès-lors rappelé à l’attention publique que par quelques lectures faites au sein de l’académie française, dont il faisait partie depuis la création de l’Institut. Il mourut a Paris le 8 janvier 1828.
La Biographie des hommes vivans contient une liste de ses productions que compléteront les indications suivantes :
- Les Trois Nuits d’un Goutteux, poème en 3 chants (Paris, Lefevre, 1819, 30 p. in-8, spécimen d’un nouveau recueil des poésies de François de Neufchàteau) ;
- l’Esprit du grand Corneille, ou Extrait, etc., forme le tome 45 de la Collection des meilleurs ouvrages de la langue française, etc. (1819, in-8) ;
- Examen de la question de savoir si Lesage est l’auteur de Gilblas, ou s’il l’a pris de l’espagnol, etc., dissertation lue à l’Académie française et imprimée dans une nouvelle édition de l’Histoire de Gilbas de Santillane (ibid., 1820, 3 vol. in-8) ;
- Introduction aux Pensées de Blaise Pascal, en tête d’une édition de cet ouvrage (ibid., 1821, in-8) ;
- l’Institution des enfants, etc., nouvelle édition (1824, 1828, in-8, in-12) ;
- Mémoire sur la manière d’étudier et d’enseigner l’agriculture, etc., lu en 1801 à la société d’agriculture de la Seine (1828, br. in-8).
François de Neufchâteau coopéra en dernier lieu au Dictionnaire d’agriculture pratique, etc. (Blois, Eloy, 1828, 2 vol. in-8), dont il a écrit l’introduction : il a fourni quelques Poésies au Mercure du 19e siècle, à l’Album, etc.
[in Biographie universelle ou Dictionnaire historique contenant la nécrologie des hommes célèbres de tous les pays, etc.- Par une société de gens de Lettres, de professeurs et de bibliographes.- Paris : Furne libraire-éditeur, 1833.- Tome 6, page 96].
1848 —
Biographie vosgienne / François Vuillemin
FRANÇOIS DE NEUFCHÂTEAU Nicolas.- Naquit à Saffais, près de Rosières-aux-Salines, le 17 avril 1750. Il fit ses études au séminaire de Toul, d’où il fut renvoyé, ainsi que son condisciple Bexon, pour avoir adopté l’orthographe dite de Voltaire. Dominé de bonne heure par la passion des vers, il fit imprimer, n’étant pas encore âgé de quinze ans, un recueil où Voltaire remarqua quelques étincelles de génie. Pour se distinguer de ses nombreux homonymes, il ajouta à son nom de François celui de Neufchâteau, et un arrêt du parlement de Nancy l’autorisa à le garder.
En 1776, il acheta la charge de lieutenant général au présidial de Mirecourt, et quitta la France, six ans après, pour aller remplir, à Saint-Domingue, les fonctions de procureur général. Il ne revint en France qu’en 1789, fit naufrage pendant la traversée et perdit une traduction en vers de l’Arioste, à laquelle il avait consacré tous ses loisirs. A son arrivée la révolution était commencée, il prit rang parmi ses plus ardents défenseurs et se fit bientôt remarquer. Nommé d’abord juge de paix, puis administrateur du département des Vosges, il fut envoyé ensuite par ce département à l’assemblée législative, qu’il eut l’honneur de présider. Il y présenta et fit adopter un projet de décret contre les prêtres réfractaires, et vota la vente des biens du clergé par petits lots, afin d’attacher les prolétaires à la révolution. Lors des massacres de septembre, l’assemblée le désigna pour parler au peuple. Il accomplit cette mission au péril de sa vie, mais malheureusement sans succès. Plusieurs de ses collègues ayant demandé des passeports à l’approche des Prussiens, il fit jurer que l’assemblée ne se séparerait qu’à l’arrivée des membres de la convention nationale. Enfin, il fit connaître l’ardent patriotisme qui animait tous les habitants des Vosges et fit décréter que ce département avait bien mérité de la patrie.
Élu membre de la convention nationale, il ne crut pas devoir accepter et se consacra de nouveau aux lettres. Le 6 octobre 1792, la Convention lui confia le ministère de la justice, vacant par la démission de Danton, mais dans la prévision des orages qui allaient fondre sur la France, il refusa, et s’excusa sur le mauvais état de sa santé. En 1793, il fit représenter Paméla, comédie en vers, qui ne fut point jugée assez révolutionnaire, et qui le fit jeter en prison avec les modérés. Il ne recouvra la liberté qu’après le 9 thermidor, entra presque aussitôt au tribunal de cassation, et n’en sortit que pour accepter, en 1797, le portefeuille de l’intérieur.
Après le coup d’État du 18 fructidor, les conseils le nommèrent directeur, à une forte majorité, en remplacement de Carnot. Aux élections de l’an VI, le sort le désigna comme membre sortant ; il fut remplacé par Treilhard. Le ministère de l’intérieur lui fut de nouveau confié, et il fit verser, dans les caisses du trésor, une somme de quinze millions, laissée à sa disposition à titre de fonds secrets, et dont il ne devait compte qu’à sa conscience. Après le 18 brumaire, Napoléon le nomma membre du sénat, dont il fut secrétaire et président. C’est en cette dernière qualité qu’il salua le premier consul du titre d’empereur. La reconnaissance qu’il devait à l’homme éminent qui le récompensait si bien de ses services, ne l’empêcha pas de conserver, dans ses éloquents discours, toute la dignité du citoyen.
Sire, lui dit-il à cette occasion, le premier attribut du pouvoir souverain, c’est le droit de suffrage appliqué spécialement aux lois fondamentales ; c’est lui qui constitue les véritables citoyens. Jamais, chez aucun peuple, ce droit ne fut plus libre, plus indépendant, plus certain, plus légalement exercé, qu’il ne l’a été parmi nous, depuis l’heureux 18 brumaire. Un premier plébiscite mit, pour dix ans, entre vos mains les rênes de l’État ; un second plébiscite vous les confia pour la vie ; enfin, pour la troisième fois, la nation française vient d’exprimer sa volonté !... Sire, la voix du peuple est bien ici la voix de Dieu... Elle fait entrer au port le vaisseau de la république... Oui, sire, de la république ! Ce mot peut blesser les oreilles d’un monarque ordinaire ; ici, ce mot est à sa place, devant celui dont le génie nous a fait jouir de la chose, dans le sens où la chose peut exister chez un grand peuple… Depuis quarante siècles, on agite la question du meilleur des gouvernements ; depuis quarante siècles, le gouvernement monarchique était considéré comme étant le chef-d’oeuvre de la raison d’État, et le seul port du genre humain ; mais il avait besoin qu’à son unité de pouvoir et à la certitude de sa transmission, on pût incorporer sans risque des éléments de liberté. Cette amélioration dans l’art de gouverner est un pas que Napoléon fait faire à la science sociale. Il a posé les fondements du gouvernement représentatif.
- Sire, lui disait-il encore a la même époque, nous élevons, nous distinguons une famine, pour que toutes les autres demeurent dans l’égalité. On ne saurait trop le redire, c’est afin de racheter cette égalité primitive, que la France s’était armée en 1789 ; c’est afin de la conserver, qu’après trois lustres écoulés, la France vous nomme empereur et rend ce titre héréditaire. Nous faisons une seule et grande exception, parce qu’elle est indispensable pour conserver la règle. Soyez longtemps vous-même, vous n’aurez point de modèle et vous en servirez toujours!...
Il félicita de nouveau Napoléon à Berlin, à l’occasion de ses nombreuses victoires, et rapporta en France 340 drapeaux pris à l’ennemi, l’épée du grand Frédéric, son cordon, etc. A la restauration, il rentra dans la vie privée, et son nom ne fut plus guère rappelé à l’attention que par quelques lectures faites au sein de l’Académie française, dont il faisait partie depuis 1816. Il était membre de l’Institut depuis sa fondation.
François de Neufchâteau est mort à Paris, le 8 janvier 1828 : les lettres, l’instruction publique, l’agriculture, à qui il a fait faire de grands progrès, lui doivent beaucoup. Il conçut la première idée des expositions des produits de l’industrie française, qui ont, de nos jours, de si beaux résultats ; la première eut lieu, par ses ordres et sous ses auspices, le 22 septembre 1798.
François de Neufchâteau est auteur de plus de vingt-cinq ouvrages ; je me bornerai à citer les plus importants :
- Pièces fugitives de M. François de Neufchâteau en Lorraine, âgé de 14 ans. Neufchâteau, 1766, in-8°.
- Pièces diverses de deux amis, en société avec M. de Mailly. Paris, 1768, in-8°.
- Recueil des ordonnances de Lorraine, 2 volumes in-8°, 1784.
- Les Vosges, poème récité à Épinal, dans la fête de la fondation de la république, le 1er vendémiaire an V ; imprimé par ordre de l’administration centrale du département des Vosges ; 1796.
- Paméla, ou la Vertu récompensée, comédie en 5 actes et en vers ; représentée pour la première fois, avec succès, sur le théâtre de la république, le 1er août 1793.
- Le Conservateur, ou Recueil de morceaux ; 2 volumes in-18, 1800.
- L’Art de multiplier les grains ; in-8°, 1800.
- Fables et Contes en vers ; 2 vol. in-12, 1814.
Il a écrit, en outre, un grand nombre d’articles insérés dans les mémoires de la Société royale et centrale d’agriculture, dont il était l’un des membres les plus zélés.
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
FRANÇOIS DE NEUFCHÂTEAU. Nicolas-Louis-François de Neufchâteau, député à l’assemblée législative, ministre de l’intérieur, directeur, sénateur, membre de l’institut, etc., né à Saffay, près Neufchâteau, le 17 avril 1750. À l’âge de sept ans, il fut placé chez les jésuites de Neufchâteau, où ses progrès furent si rapides et ses études si brillantes, qu’il fit paraître, à peine adolescent, une production assez remarquable pour lui procurer, dès le commencement de l’année 1765, l’entrée le l’Académie de Dijon, ainsi que la protection du prince d’Henin-Liétard d’Alsace qui habitait Neufchâteau.
Deux ans après, il reçut le même honneur des académies de Lyon et de Marseille. Adopté vers cette époque par la ville de Neufchâteau, il obtint, en 1770, des dispenses d’âge pour être admis, sous ce nom, au barreau de Reims. Nommé avocat du roi au bailliage de Vézelise en 1771, il occupa ce poste jusqu’en 1775, et devint, en 1776, lieutenant-général civil et criminel au bailliage royal et présidial de Mirecourt.
Quatre ans après, on lui permit de cumuler cet emploi avec celui de subdélégué de l’intendance de Lorraine, et il les remplissait l’un et l’autre avec une égale aptitude, lorsqu’il fut distingué par le ministre de la marine, M. de Castries, et promu, en 1783, aux fonctions de procureur général du roi au conseil souverain du Cap-Français. La manière honorable dont il les exerça, le recommanda à la munificence du prince lors de la suppression de cette cour en 1787 ; et son nom fut inscrit au livre des pensions pour une somme de 3 000 fr.
En revenant en France, il fit naufrage et perdit sa fortune et de précieux manuscrits.
En 1788, le roi lui conféra le titre de conseiller honoraire au conseil supérieur de Saint-Domingue. L’année suivante, la révolution survint, François de Neufchâteau, élevé sous l’influence des idées philosophiques de son siècle, et plein du sentiment patriotique qui faisait explosion après une si longue contrainte, ne pouvait que saluer avec enthousiasme l’aurore de notre régénération. Il fut nommé député suppléant des communes du bailliage de Toul aux états-généraux, où il ne siégea point.
En 1790, le gouvernement le désigna pour commissaire du roi dans la formation du département des Vosges. Les électeurs de ce même département le choisirent, au mois de septembre 1791, pour un de leurs représentants à l’assemblée législative.
Dés la première séance, ses collègues jetèrent les yeux sur lui et l’honorèrent de leurs suffrages dans la nomination des secrétaires. Il partagea ce témoignage d’estime et de confiance avec des hommes déjà célèbres, tels que Condorcet, Lacepède, etc.
Le 3 octobre suivant, il ne quitta le secrétariat que pour monter à la présidence. Membre du comité de législation, il présenta, le 29 octobre, au nom de ce comité, un rapport fort remarquable sur la question des mesures à prendre à l’égard des prêtres réfractaires qui suscitaient des troubles dans un grand nombre de départements, et surtout dans ceux de l’ouest.
Considérant à la fois les droits de la tolérance et les intérêts du pays, il réclama, pour les catholiques insoumis à la loi nouvelle, le libre exercice de leur culte, et ne proposa que de leur enlever le privilège de conspirer impunément contre la constitution, sous le prétexte que la constitution portait atteinte à leurs dogmes.
Après avoir établi, avec autant de force que de raison, la différence que l’homme d’état devait mettre entre les prêtres catholiques et les ministres des autres cultes, sous le rapport des précautions à prendre dans l’intérêt des nouvelles institutions et de l’éducation constitutionnelle du peuple, François de Neufchâteau examina s’il était vrai, comme on le prétendait, que le serment civique portât atteinte à la liberté de conscience, et il se demanda si c’était par des opinions religieuses ou des opinions politiques que l’assemblée se trouvait séparée d’avec les dissidents ? Si ceux-ci réclamaient la liberté de faction ou la liberté de conscience ? S’ils soulevaient des questions de théologie ou des questions de droit public ? S’ils revendiquaient des articles de foi ou des prétextes de sédition ?
Les conclusions du rapporteur furent conformes à l’opinion générale de l’assemblée, dont les applaudissements nombreux ou réitérés avaient souvent interrompu la lecture de son rapport. Quand il eut cessé de parler, l’assemblée décréta, par acclamation, l’impression de son discours, et son envoi aux 83 départements.
François de Neufchâteau fut du nombre des députés prévoyants qui insistèrent pour la vente des biens nationaux par petits lots, afin d’attacher ainsi la masse des cultivateurs à la révolution. Il présida la dernière séance de l’assemblée législative, en remplacement de Cambron, et fit adopter le cérémonial à observer à l’égard de la convention.
Le même jour, 21 septembre 1792, il se rendit aux Tuileries à la tête de ses collègues, et fut chargé par eux d’exprimer en leur nom, aux nouveaux députés de la France, les vœux de ses derniers mandataires pour le triomphe de la cause commune. De funestes pressentiments étaient venus cependant troubler les douces espérances auxquelles François de Neufchâteau se livrait encore en public, et sa prévision l’avait empêché de se faire réélire à une assemblée dont la session lui semblait devoir être nécessairement orageuse.
Le même motif, la crainte d’être surpris sur la scène politique par de trop violentes tempêtes, le porta à refuser le ministère de la justice, auquel il avait été nommé le 6 octobre 1792 ; et le mauvais état de sa santé lui servit d’excuse en cette occasion. Élu président de l’administration du département des Vosges en 1793, il fit jouer quelque temps après une pièce intitulée : Paméla, ou la vertu récompensée ; le comité de salut public y exigea des changements ; l’auteur les fit, et malgré cela, la pièce n’ayant pas été jugée assez civique, il fut arrêté le 4 septembre de la même année, et jeté dans une prison d’où il ne sortit qu’après le 9 thermidor. En recouvrant la liberté, il apprit presque aussitôt sa nomination au tribunal de cassation.
Appelé en 1795 aux fonctions de commissaire du directoire, près de l’administration centrale du département des Vosges, il les exerça pendant une année, avec autant de sagesse que de fermeté, et succéda à Bennezech, comme ministre de l’intérieur, le 21 juillet 1797.
Deux mois après, il fut porté au directoire avec Merlin, de Douai, pour remplacer Barthélemy et Carnot, proscrits dans la fameuse journée du 18 fructidor. Devenu membre de l’Institut vers la même époque, il contribua au rétablissement de la société d’agriculture, et assista, en 1798, aux conférences de Seltz en qualité de plénipotentiaire de la république française. Remplacé au ministère de l’intérieur, à la fin de cette année, il le quitta de nouveau en 1799, et versa au trésor public une somme de quinze millions de francs, provenant de fonds secrets laissés à sa disposition et dont il ne devait compte qu’à sa conscience. Aucun ministre de l’intérieur ne montra autant de zèle en faveur des sciences et des arts.
On lui doit la première exposition publique des produits de l’industrie française. Le 22 septembre 1798, il fit acheter des exemplaires de tous les ouvrages importants, pour en envoyer à la bibliothèque de chaque département, et donna, en cette même année, la plus grande solennité à la réception des monuments conquis en Italie. Après le 18 brumaire, il obtint la confiance du premier consul, et fut revêtu de la dignité de membre du sénat, dont il fut secrétaire et président.
En 1804, il reçut la croix de grand officier de la Légion d’honneur, puis le grand cordon du même ordre en 1805. Plein de reconnaissance envers le monarque qui le récompensait de ses services et de son zèle avec tant de munificence, il célébra en plusieurs circonstances les merveilles de l’empire, et sut néanmoins concilier, dans ses éloquentes apologies, le caractère du citoyen avec celui du panégyriste. Lors du couronnement de Napoléon, il fut chargé, comme président du Sénat, de le haranguer au nom du corps et du tribunat réunis. La manière adroite dont il remplit cette mission put faire croire que ses collègues avaient compté sur l’habileté d’un orateur académicien, pour marquer et adoucir la transition du style démocratique, en usage dans les dernières assemblées, au langage monarchique qu’allait exiger le nouvel ordre de choses.
Voici ce discours remarquable :
Sire, lui dit-il à cette occasion, le premier attribut du pouvoir souverain, c’est le droit de suffrage appliqué spécialement aux lois fondamentales ; c’est lui qui constitue les véritables citoyens : jamais, chez aucun peuple, ce droit ne fut plus libre, plus indépendant, plus certain, plus légalement exercé qu’il ne l’a été parmi nous, depuis l’heureux 18 brumaire. Un premier plébiscite mit, pour dix ans, entre vos mains les rênes de l’État ; un second plébiscite vous les confia pour la vie ; enfin, pour la troisième fois, la nation française vient d’exprimer sa volonté !... Sire, la voix du peuple est bien ici la voix de Dieu... Elle fait entrer au port le vaisseau de la république... Oui, sire, de la république ! Ce mot peut blesser les oreilles d’un monarque ordinaire ; ici, ce mot est à sa place, devant celui dont le génie nous a fait jouir de la chose, dans le sens où la chose peut exister chez un grand peuple... Depuis quarante siècles, on agite la question du meilleur des gouvernements ; depuis quarante siècles, le gouvernement monarchique était considéré comme étant le chef-d’œuvre de la raison d’État, et le seul port du genre humain ; mais il avait besoin qu’à son unité de pouvoir et à la certitude de sa transmission, on pût incorporer sans risque des éléments de liberté. Cette amélioration dans l’art de gouverner est un pas que Napoléon fait faire à la science sociale. Il a posé les fondements du gouvernement représentatif". – "Sire, lui disait-il encore à la même époque, nous élevons, nous distinguons une famille, pour que toutes les autres demeurent dans l’égalité. On ne saurait trop le redire, c’est afin de racheter cette égalité primitive, que la France s’était armée en 1789 ; c’est afin de la conserver, qu’après trois lustres écoulés, la France vous nomme empereur et rend ce titre héréditaire. Nous faisons une seule et grande exception, parce qu’elle est indispensable pour conserver la règle. Soyez longtemps vous-même, vous n’aurez point de modèle et vous en servirez toujours !...
Déjà François de Neufchâteau avait exprimé ses espérances dans les vues libérales de l’empereur, à l’occasion du serment individuel prêté le 27 mai 1804 par chaque membre du sénat, et il n’avait pas craint de dire au fondateur de la nouvelle chevalerie, que l’égalité des droits était la véritable noblesse, reconquise par les Français au prix de tant de sang, de tant d’exploits, de tant d’efforts dans ces longues années de révolution, de tourmente et d’angoisses, dont Napoléon, comme premier consul, avait montré le terme, et dont comme empereur, il devait garantir le prix.
Le 7 février 1805, il fut chargé de faire un rapport sur la communication du ministre Talleyrand, au sujet des relations de la France avec l’Angleterre, et des propositions pacifiques de Napoléon au roi Georges, qui avait dédaigné de lui faire une réponse autographe. Il saisit cette occasion de flétrir la politique perfide du cabinet de Saint-James, et de rejeter sur lui toute la responsabilité des maux que la rupture du traité d’Amiens pouvait accumuler, non seulement sur les nations belligérantes, mais encore sur l’Europe entière, et sur tous les peuples du globe, unis par le commerce aux destinées de l’Empire français et de la Grande-Bretagne. A la suite de ce rapport, il fit décréter par le sénat que la copie de la lettre de Napoléon au roi d’Angleterre serait consignée dans ses registres, comme un monument glorieux pour le prince qui l’avait écrite, et pour la nation qu’il gouvernait ; il fit déclarer en outre que l’empereur devait compter dans cette guerre sur le zèle inébranlable du premier corps de l’État comme sur la fidélité du peuple et de l’armée.
Le 24 septembre de la même année, la commission spéciale chargée d’examiner les sénatus-consultes relatifs à la levée de 80 000 conscrits, et à la réorganisation des gardes nationales, choisit encore son président, François de Neufchâteau, pour rendre compte à l’assemblée du résultat de ses travaux et de ses investigations.
L’infatigable rapporteur s’attacha à fixer la compétence du sénat en matière de conscription, re nouvela ses plaintes amères contre le gouvernement anglais, qui venait d’entraîner l’Autriche dans une nouvelle coalition contre la France. Au retour de l’immortelle campagne qui suivit la rupture avec l’Autriche et la Russie, et qui se termina par la bataille d’Austerlitz, François de Neufchâteau, en sa qualité de président du sénat, fut encore l’organe de ce corps auprès de l’Empereur et lui adressa de solennelles félicitations, à l’audience que ce magnifique conquérant donna, le 28 janvier 1806, dans son palais des Tuileries. Ce fut en cette occasion qu’il lui décerna le surnom de Grand, qui accompagna depuis le nom de Napoléon dans toutes les adresses des autorités civiles et militaires.
Après la paix de Presbourg, il célébra de nouveau, et avec son talent ordinaire, les merveilles du règne de Napoléon, qu’il appela l’Ami du peuple, le Père du genre humain. François de Neufchâteau se disculpa plus tard d’avoir loué Napoléon, et même avec excès. Depuis 1807, il disparut de la scène politique, ne s’occupant que d’objets d’agriculture, parcourant les provinces, visitant les haras, recueillant toutes les observations qu’il croyait propres à perfectionner cette branche de l’industrie, et ne cessant d’implorer pour elle les secours du gouvernement.
Il s’exprime ainsi lui-même pour motiver sa disculpation, pour les éloges donnés à Napoléon : Je l’ai loué, tant que j’ai cru qu’il devait l’être, dans l’intérêt de la patrie, qu’il avait empêché de se déchirer elle-même, et d’être démembrée par les coalisés ; il s’agissait pour nous d’être ou de ne pas être ; enfin, nous étions, grâce à lui. Je ne rétracte point mes éloges, pourvu qu’on les confronte avec leurs dates et avec les devoirs qui m’étaient imposés ; le héros changea, je me tus.
Il a terminé sa longue et honorable carrière le 10 janvier 1828, n’ayant conservé de toutes ses dignités que la présidence à vie de la société d’agriculture. Des personnes qui ont vécu dans son intimité s’accordent toutes à reconnaître qu’il n’eut jamais une pensée qui ne tendit à la prospérité de son pays, et rendent un égal hommage à l’étendue de ses connaissances, à la force de son esprit et à la noblesse de son caractère.
François de Neufchâteau a publié :
1° Nécrologe des hommes célèbres de France, depuis 1764 jusqu’en 1782. (Avec Poinsinet de Syvry, Palissot, Castillon, etc.).
2° Poésies diverses.
3° Pièces fugitives.
4° Poésies diverses de deux amis.
5° Ode sur les parlements.
6° Le mois d’Auguste, épître à Voltaire.
7° Discours sur la Manière de lire les vers.
8° Nouveaux contes moraux en vers.
9° Anthologie morale.
10° Recueil authentique des anciennes Ordonnances de Lorraine.
11° Les Études du magistrat.
12° Discours sur la disette du numéraire à Saint-Domingue, et sur les moyens d’y remédier.
13° L’origine ancienne des principes modernes.
14° Les Lectures du citoyen.
15° Paméla, ou la Vertu récompensée.
16° Épître du citoyen F. de N. au citoyen C. sur son voyage de Paris à Neufchâteau.
17° Des améliorations dont la paix doit être l’époque.
18° Les Vosges.
19° Institution des enfants, ou Conseils d’un père à son fils.
20° Méthode pratique de lecture.
21° Le Conservateur, recueil de morceaux choisis d’histoire, etc.
22° Lettres sur le robinier.
23° Tableau des vues que se propose la politique anglaise dans toutes les parties du monde.
24° Histoire de l’occupation de la Bavière par les Autrichiens en 1778.
25° Voyage agronomique dans la sénatorerie de Dijon.
26° L’Art de multiplier les graines.
27° Fables et Contes en vers.
28° Lettre à M. Suard, sur la nouvelle édition de Charles-Quint.
29° Supplément au Mémoire de M. Parmentier, sur le maïs.
30° Les Tropes, ou les Figures de mots.
31° Le Jubilé académique.
32° Rapport fait à la Société royale et centrale d’agriculture sur l’agriculture et la civilisation du Ban-de-la-Roche.
33° Lettre de M. le Comte François de Neufchâteau à M. C. Joyant, collaborateur de M. Mangard.
34° Les Trois Nuits d’un goutteux.
35° Esprit du grand Corneille.
36° Histoire de Gil-Blas de Santillane.
37° Épître à M. le comte Amédée de Rochefort, d’Alby.
38° Lettres provinciales et Pensées de Pascal.
39° Le Corps de l’Âme.
40° Mémoire sur la manière d’étudier et d’enseigner 1’agriculture.
1879 —
Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim
FRANÇOIS DE NEUFCHÂTEAU Nicolas Louis.- Littérateur, homme d’État, né à Saffais (Meurthe), 1750-1828.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
FRANÇOIS DE NEUFCHÂTEAU (Nicolas Louis).- Son nom ferait croire qu’il est né dans les Vosges, et il est né dans la Meurthe ; mais il est vosgien par l’adoption, par la résidence, par le choix dont il fut honoré aux élections vosgiennes et par ses chants vosgiens.
François naquit à Saffais (Meurthe) le 17 avril 1750, fils d’un maître d’école, devenu plus tard fermier du magasin à sel et contrôleur à St-Martin-de Vrécourt. Élève des jésuites au collège de Neufchâteau, il s’y fit remarquer par de précoces productions poétiques.
Encouragé par Voltaire, il fut admis en 1765 membre de l’Académie de Dijon, puis de celles de Lyon et de Marseille. Avocat à Reims en 1770, avocat du roi au bailliage de Vézelise en 1771, il finit par aller s’établir avocat à Paris, où il épousa, en 1776, Henriette Dubas, nièce du fameux acteur Préville, qu’il perdit trois mois après.
Plus tard, François de Neufchâteau épousa Mlle Pommier, de Mirecourt. Lieutenant-général civil et criminel près le bailliage royal et présidial à Mirecourt, il devint, en 1780, subdélégué de l’intendance de Lorraine. Enfin, en 1783, il devenait procureur-général du roi au Cap-Français et y resta jusqu’en 1787.
Rentré en France, malgré un naufrage, il fut, en 1789, l’un des électeurs du tiers-état du bailliage de Toul et fut même enfermé par abus de pouvoir ; il avait cependant été élu député-suppléant. Retiré à Vicherey, dans les Vosges, il y fut élu maire, puis juge de paix en 1790 et contribua à la formation du nouveau département des Vosges. Élu administrateur du département, le 12 juin 1790, il obtint pour la présidence du directoire du département autant de voix que Dagobert Vosgien, mais celui-ci fut élu par le bénéfice de l’âge.
Le 3 septembre 1791, il fut élu député des Vosges à l’Assemblée Législative, le 8e sur 8, par 255 voix sur 425 votants, après trois tours de scrutin, contre Balland le jeune. A l’Assemblée, il joua un rôle marquant, membre et rapporteur du comité de législation, il provoqua l’adoption de mesures de rigueur contre les prêtres rebelles. Président de l’Assemblée Législative, du 26 décembre 1791 au 6 janvier 1792, puis de fin août au 3 septembre 1792, il s’efforça, lors des journées de septembre, d’arrêter les massacres dans les prisons.
Réélu député des Vosges, à la Convention, le 2e sur 3, par 413 voix, le 3 septembre 1792, il n’accepta pas et refusa aussi le poste de ministre de la justice qu’on lui offrait, le 6 octobre 1792, et, invoquant l’état de sa santé, il se tint à l’écart des affaires publiques. Réélu, en novembre 1792, administrateur des Vosges, il y devint peu après président du directoire, mais il quitta le département pour aller à Paris se livrer à ses goûts littéraires. Une de ses oeuvres, la comédie de Paméla, où les spectateurs hostiles à la Convention voulurent découvrir une foule d’allusions, lui attira les rigueurs du Comité de Salut public, qui le fit emprisonner le 3 septembre 1793, ainsi que toute la troupe de la Comédie-Française. Il ne fut délivré que par le 9 thermidor. Il fut alors juge au tribunal de cassation.
Mais la Convention a terminé sa tâche, une nouvelle organisation départementale existe, et François de Neufchâteau est nommé commissaire du Directoire près l’Administration centrale des Vosges (préfet ou procureur général syndic). Il y composa le poème Les Vosges. A cette époque aussi, on rétablissait l’Académie française, en créant l’Institut. François de Neufchâteau, d’abord, le 13 février 1796, associé ou correspondant de la section des lettres, fut élu le 25 novembre 1797, en remplacement de Louvet, membre de la classe de littérature française (section de grammaire), qui, reprit en 1803, le titre d’Académie française.
Ministre de l’intérieur, le 16 juillet 1797, il fut élu peu après, le 9 septembre 1797, membre du Directoire exécutif de la République, un des cinq gouvernants de la France. Il n’occupa qu’un an ces hautes fonctions, et le 17 juillet 1798, il redevenait simple ministre de l’intérieur, poste où il resta jusqu’au 22 juin 1799.
Pendant son passage au pouvoir, il créa les expositions industrielles, fonda les archives et les bibliothèques départementales et institua les concours généraux entre les lycées et collèges. Il eut à inaugurer, le 18 septembre 1798, la première exposition établie dans les galeries du Louvre, puis à recevoir des mains du vainqueur de Rivoli les tableaux, marbres, bronzes, conquis en Italie.
Rallié dès la première heure au 18 brumaire, il fut élu sénateur, le 25 décembre 1799, et fut à deux reprises président du Sénat impérial. Mais il se consacra surtout dès lors aux travaux agricoles ; il fut à plusieurs reprises président de la Société nationale d’agriculture et publia de nombreuses brochures. Napoléon, toutefois, le créa comte en 1808, après l’avoir fait, en 1804, grand-officier de la Légion d’honneur. Après la chute de l’Empire, il resta à l’écart des affaires, se vouant entièrement aux travaux de l’agriculture. Il contribua fortement à la création et au développement des comices agricoles.
Le comte François de Neufchâteau mourut à Paris, le 10 janvier 1828, et fut enterré au cimetière du Père-Lachaise.
François de Neufchâteau a été marié et veuf quatre fois : une première fois, comme nous l’avons dit, en 1777, avec Marguerite Madeleine Henriette Dubus ; une seconde, à Mirecourt, le 24 décembre 1782, avec Marie-Françoise Pommier, née en 1740, morte en 1804 ; une troisième avec Marie Déard, morte à Paris le 10 septembre 1812, et enfin une quatrième fois avec une veuve Bonnelier, née Jeanne Julienne Martzen, qui mourut à Paris le 12 novembre 1818.
Son fils, Aimé Marie François Déard, né à Paris le 22 avril 1799, qu’il avait reconnu et qui fut autorisé, le 31 décembre 1828, à porter son nom, mourut le 19 janvier 1858.
Il reste encore des descendants de François de Neufchâteau, entre autres un ancien inspecteur-général des mines.
1910 —
Dictionnaires départementaux Meurhe-et-Moselle
FRANÇOIS DE NEUFCHÂTEAU Nicolas, comte.- Né au village de Saffais, près Rozières (Lorraine), le 17 avril 1750, mort à Paris le 10 janvier 1828.
Homme d’État, agronome et poète.
Son père, homme honorable, mais sans fortune, dirigeait une école primaire. Nicolas François était pensionnaire au collège des jésuites, à Neufchâteau. Il fit de si rapides progrès dans ses études, qu’il devint, dans toute l’acceptation du mot, un enfant célèbre. Il n’avait que quatorze ans lorsqu’il fit imprimer à Neufchâteau (1765, in-12), sous le titre de Poésies diverses, des épîtres, des fables, des imitations d’Anacréon et d’Ovide, d’Horace et de Virgile. L’année suivante parut une nouvelle édition de ces poésies (Pièces fugitives ; Neufchâteau, 1766, in-12) ; elle était augmentée de plus de moitié. Le bailli d’Alsace, comte d’Hénin, se déclara le protecteur du poète adolescent. L’académie de Dijon, qui peu d’années auparavant avait couronné Jean-Jacques Rousseau, ouvrit ses portes à un poète de quinze ans (1765), et à la même époque il fut reçu membre des académies de Lyon, de Marseille et de Nancy.
Voltaire, alors âgé de soixante-douze ans, voulut voir l’académicien imberbe (1768). Le philosophe de Ferney ne l’eut pas plus tôt connu qu’il désira de se l’attacher comme secrétaire et comme élève. Ce désir du vieillard comblait les voeux du jeune auteur ; mais le charme ne dura pas longtemps. Le bailli d’Alsace avait pris sur un coeur reconnaissant l’autorité d’un père : il enleva le pupille obéissant, mais que le chagrin rendit malade, au cabinet d’un grand homme, pour le faire entrer dans la magistrature et dans l’administration, qui devaient plus tard le jeter sur la scène du monde. La ville de Neufchâteau s’était empressée de l’adopter et de lui donner son nom. Cette adoption, sanctionnée depuis par un arrêt du parlement de Lorraine, si honorable pour celui qui en fut l’objet, devint dans la suite une source de prospérités pour la ville elle-même. Encouragé par de nobles suffrages, le jeune poète poursuivait avec ardeur, dans une traduction de l’Arioste, l’immense travail de quarante mille vers, lorsqu’en 1783, le maréchal de Castries, ministre de la marine, le fit nommer procureur général au conseil supérieur de Saint-Domingue. Il quitta Nancy, pour aller s’embarquer a Bordeaux. Mais des épreuves de tous genres l’attendaient en chemin. Sa voiture se brisa dans la nuit, au-delà de Châtellerault : il resta seul, à pied, sur la grande route ; le premier gîte était éloigné et il se sentait malade. A Angoulême, il mangea des oronges : ces champignons l’empoisonnèrent, et il arriva mourant à Bordeaux. Sa santé se rétablissait à peine, il fallut partir. Le vaisseau qui le portait mit à la voile le 8 novembre ; la traversée fut courte et heureuse, et le 17 décembre il arriva au Cap Français.
Après cinq ans d’absence de la mère patrie, François de Neufchâteau eut besoin de la revoir. Il voulait faire imprimer en France sa traduction de l’Arioste, qu’il avait terminée, comme Camoëns acheva sa Lusiade, sous un autre hémisphère. Le congé obtenu, il s’embarqua, vers la fin de 1787, sur une frégate qui la seconde nuit du départ échoua et se perdit sur les récifs de Mogane. Il n’eut que le temps de quitter son hamac, de saisir un frêle débris et de se sauver presque nu à travers les rochers. Moins heureux alors que le poète lusitanien, qui put ravir à l’abîme des mers le poème qui l’a rendu immortel, François de Neufchâteau vit disparaître avec le navire son Roland, fruit de tant de veilles, et dont la perte irréparable l’affligea toute sa vie. Il se trouva jeté, avec quelques compagnons d’infortune, sur d’arides récifs où d’inexprimables misères les retinrent pendant sept jours entiers, sans sommeil, sans aliments, sans vêtements. Il vit ses compagnons abattus par la faim et la souffrance : l’un d’eux mourut ; lui-même fut atteint de tristes infirmités, qui pendant un demi-siècle lui firent de l’existence une douleur continuelle. La mort paraissait inévitable, lorsqu’un petit navire des Bermudes recueillit les naufragés, et les reporta à Saint-Domingue.
Revenu enfin dans sa patrie, François de Neufchâteau demanda et obtint sa retraite, avec une pension de trois mille livres et le titre de conseiller honoraire. Il avait acheté un petit domaine à Vicherey , où il cultivait en paix la terre et les lettres, quand la révolution française vint ouvrir une voie plus large à l’esprit humain. Les états généraux étaient convoqués : François de Neufchâteau rédigea les cahiers du bailliage de Toul, et fut nommé député suppléant à l’Assemblée nationale. Comme si tout devait être extraordinaire dans la vie de François de Neufchâteau, il fut arrêté dans cette circonstance. Les électeurs des campagnes du bailliage de Toul s’étaient réunis dans un banquet (août 1789) : le rédacteur de leurs cahiers s’y trouva naturellement invité. Cette réunion paisible effraya les hommes du privilège : ils accusèrent le légiste vosgien de s’être mis à la tête d’un rassemblement de brigands qui allaient couper les blés pour amener la famine. Une brigade de maréchaussée et cinquante hommes de cavalerie le conduisirent à Toul, et de Toul à Metz, où il aurait pu être pendu prévôtalement si le marquis de Bouillé, qui commandait dans cette ville, et qui avait connu le prisonnier aux Antilles, ne l’avait pris sous sa protection et n’avait confondu ses accusateurs en faisant asseoir à table à sa droite le prétendu chef de brigands. L’année suivante, il fut chargé par le roi de l’organisation du département des Vosges. Ses services loyaux le firent élire administrateur de ce département et juge de paix du canton de Châtenois, où était son petit domaine. Député à la première Assemblée législative, en 1791, François de Neufchâteau en fut nommé secrétaire, ensuite président. Membre et rapporteur du comité de législation, il développa ce principe que l’Église doit être dans l’État, et non l’État dans l’Église. Il fut deux fois l’organe des sociétés allemandes, empressées de saluer de leurs acclamations et de leurs voeux les destinées nouvelles auxquelles la France semblait initier alors les autres peuples civilisés. Élu membre de la Convention, il refusa d’y siéger. Nommé par la Convention ministre de la justice (6 octobre 1792), il n’accepta pas, préférant l’humble ministère d’une justice de paix dans les Vosges. Cependant, il se rendit à Paris dans le but de réclamer des subsistances pour son département. Avant de partir, il avait fait imprimer à Neufchâteau une Lettre aux Cultivateurs des Vosges pour leur proposer une manière plus facile et plus économique de semer et de recueillir les grains. La Convention, par ses décrets du 9 et du 20 août, avait ordonné l’impression de deux mémoires qu’il avait envoyés, l’un Sur les moyens de suppléer au défaut de bras pour les récoltes, l’autre Sur la nécessité d’assurer la subsistance du peuple par les greniers d’abondance. Tandis qu’au milieu des troubles anarchiques de ce temps, il ne montrait d’autre ambition que celle d’appeler les bienfaits de la nature et du travail sur sa malheureuse patrie, ses amis l’invitèrent à faire jouer sa comédie de Paméla, imitée de Goldoni (cinq actes, en vers, Paris, an V-1795) ; an V-l796); 1800, in-8°), et qui, composée en 1788, avait été reçue en 1791. Il céda à leurs instances, trouva les Comédiens Français parfaitement disposés à son égard, et fit même recevoir une seconde comédie en cinq actes, imitée de Goldoni, sous ce titre: Le Valet des deux Maîtres.
Paméla fut jouée le 1er août 1793. Huit représentations avaient eu un succès d’enthousiasme. Le 29 août, la salle se trouvait remplie ; les acteurs étaient habillés, la toile allait se lever, lorsqu’un ordre du comité du salut public arrive : la neuvième représentation est suspendue. Il n’y eut point de spectacle ce jour-là. L’auteur, emportant son manuscrit, suivi d’un officier de police, se rendit à minuit au comité. On exigea des corrections, des radiations. Dans l’espace de six heures, le quatrième et le cinquième acte furent bouleversés ; le dénouement fut changé. Le manuscrit, après ces corrections, fut approuvé, et le 30 août la suspension fut levée par un arrêté que signèrent Robespierre et tous les membres du comité. Cependant, le 2 septembre, à la neuvième représentation, quelques troubles éclatèrent dans la salle à l’occasion d’une tirade sur le fanatisme, terminée par ces deux vers :
Ah ! les persécuteurs sont les seuls condamnables ;
Et les plus tolérants sont les plus raisonnables.
Ailleurs on disait pourtant :
Le parti qui triomphe est le seul légitime.
Dans la soirée du même jour, sans considérer que la pièce avait été jouée telle qu’elle venait d’être approuvée par lui-même, le comité prit un arrêté portant : « 1° que le Théâtre-Français sera fermé ; 2° que les comédiens du Théâtre-Français et l’auteur de Paméla, François (de Neufchâteau), seront mis en état d’arrestation dans une maison de sûreté, et les scellés apposés sur leurs papiers ».
Le lendemain, 3 septembre, l’auteur fut incarcéré à La Force, d’où son ami, le courageux Mirbeck, réussit à le faire transférer au Luxembourg, dans ce même palais où bientôt il devait prendre les rênes du gouvernement. Quoiqu’il attendît la mort, il occupait son temps à composer des épîtres en vers, une Ode au Créateur, et même des chansons ; dans une de ces pièces, il disait :
Bien loin de quereller les dieux,
Je me résigne et sais me taire.
Ma devise est qu’il vaut mieux
Souffrir le mal que de le faire.
Il ne vit briser ses fers que huit jours après la révolution de thermidor, le 4 août 1794. A peine libre, François de Neufchâteau se disposait à retourner dans les Vosges, lorsqu’il fut nommé membre du tribunal de cassation. Le lendemain il se rendit à la barre de la Convention nationale et y lut un écrit dont l’impression dans le Bulletin fut décrétée : il avait pour titre Dix épis de blé au lieu d’un, ou la pierre philosophale de la République française ; 1795, in-8°.
Sous la constitution de l’an III, nommé commissaire du Directoire dans le département des Vosges, il faisait aimer les lois et s’occupait de ses cultures et de ses plantations, lorsqu’il reçut un courrier du Directoire qui l’appelait au ministère de l’Intérieur, où il remplaça Benezech. C’était le 16 juillet 1797.
Ici commence une nouvelle carrière pour François de Neufchâteau. Dans ce premier ministère, dont la durée fut de moins de deux mois, il se distingua par son zèle et imprima à l’administration une grande activité. A la suite du 18 fructidor, il fut choisi le 9 septembre par les deux conseils, des Cinq-Cents et des Anciens, pour remplacer Carnot au Directoire. Pendant sa courte élévation, le nouveau directeur, comme s’il était encore ministre, publia une lettre sur le perfectionnement des livres élémentaires. Il fut nommé membre de l’Institut national, et reçut à sa table, dans son palais, le héros qui, alors général de la république, allait bientôt subjuguer les nations par son génie et par ses conquêtes. Huit mois s’étaient à peine écoutés lorsque, le 9 mai 1798, le sort eut à désigner, aux termes de la constitution, celui des directeurs qui devait se retirer. Il sembla favoriser les voeux secrets du dernier élu, que Treilhard vint remplacer. Le directeur sortant fut envoyé comme ministre plénipotentiaire à Seltz, pour négocier avec le comte de Cobenzel sur divers points relatifs à l’exécution du traité de Campo-Formio ; il était surtout chargé de traiter de la réparation exigée pour l’insulte faite par la populace de Vienne au drapeau tricolore, que l’ambassadeur de la République, Bernadotte, avait fait arborer sur la porte de son hôtel. Tout en se donnant de nombreux témoignages de bonne intelligence et d’estime, les deux plénipotentiaires ne purent s’entendre, et le sujet compliqué des conférences de Seltz fut renvoyé au Congrès de Rastadt.
De retour à Paris, François de Neufchâteau refusa le portefeuille des Affaires étrangères, et accepta de remplacer Letourneux à l’Intérieur. Nommé le 17 juin 1798, il ne prit le portefeuille que le 19 juillet.
Le ministère de l’Intérieur, établi par la loi du 27 avril 1791, avait déjà vu passer dix ministres ; mais François de Neufchâteau peut à quelques égards en être regardé comme le créateur. Il entretint le mouvement et la vie dans toutes les parties de cette vaste administration, qui comprenait alors dans ses attributions l’instruction publique, les arts, l’agriculture, le commerce et l’industrie ; il régularisa les travaux d’ensemble et de détail ; on lui dut aussi de grandes créations, comme celle de l’exposition publique des produits de l’industrie. Son ministère doit être regardé comme l’époque où fut établi en France le système de navigation intérieure, qui est dans le corps de l’État ce que sont les veines dans le corps humain. Il fut aussi le créateur du musée au Louvre. Ce fut lui qui fit commencer le placement des tableaux dans la galerie et celui des statues dans les salles du Louvre ; et à cette époque, pour obtenir les fonds nécessaires, il lui fallut exposer ce qu’il appelait les avantages incalculables de ce superbe musée. Ce fut lui qui inaugura l’Apollon, le Mercure et l’Antinoüs du Belvédère, la Vénus du Capitole, le Laocoon, la Transfiguration de Raphaël, les Chevaux de Corinthe et tant d’autres monuments que les victoires de la République avaient conquis et que les derniers revers de l’Empire ont fait perdre. Nous ne pouvons qu’indiquer en passant quelques autres actes de ce ministère mémorable : l’établissement des pépinières départementales, les projets de défrichement des landes et de dessèchement des marais, la création du dépôt général des cartes de la France, la formation du premier Conseil d’instruction publique, un nombre considérable d’autres institutions ou de perfectionnements d’objets d’utilité nationale, etc. Il voulut aussi, avant de se retirer, laisser, pour l’instruction primaire, une Méthode pratique de Lecture (Paris, Didot, 1799, in-8°). On y trouve la première recommandation, avec l’exposé des procédés de l’enseignement mutuel et simultané. François de Neufchâteau ne jugea pas au-dessous de sa dignité de ministre de composer et de publier sous son nom ce livre, ainsi que l’excellente traduction libre du latin de Muret, intitulée : Institution des Enfants, ou conseils d’un père à son fils, en vers français (Paris, 1798, 1801, et 1827, in-12 ; Parme, 1801, in-8°). Le 23 juin 1799, il écrivit aux administrations centrales : « En quittant le ministère, ma dernière pensée est pour l’instruction publique ».
Éloigné du ministère en même temps que le pouvoir était enlevé aux Directeurs ses anciens collègues, dont il suivait la politique depuis une année, il fut remplacé par Quinette, le 4 messidor an VII. Sénateur après le 18 Brumaire, et pendant deux ans président du Sénat (de mai 1804 à 1806), il eut souvent l’occasion de porter la parole à Napoléon dans des circonstances solennelles. Ce fut lui qui, au nom du corps qu’il représentait, supplia le premier consul de revêtir la pourpre impériale. Le dévouement qu’il exprimait dans ces panégyriques avec les formes de l’adulation la plus recherchée, lui valut, en 1806, la sénatorerie de Dijon et plus tard celle de Bruxelles, et le brevet de grand-officier de la Légion d’honneur. En 1808, il obtint, comme tous les sénateurs, le titre de comte de l’Empire. On disait de lui et de M. de Fontanes que ces deux orateurs s’étaient partagé l’expédition des affaires laudatives. Mais à partir de 1807 il ne s’occupa plus guère jusqu’à la fin de ses jours que de ses travaux pour les progrès de la science agricole. Lors de la Restauration, il fut compris dans la réorganisation de l’Académie Française par l’ordonnance royale du 21 mars 1816 ; mais, malgré quelques avances au nouveau gouvernement, il ne put entrer dans la Chambre des pairs.
Les travaux académiques de François de Neufchâteau suffiraient pour signaler un des plus habiles grammairiens de notre époque. Les éditions qu’il a données des Provinciales (Paris, 1822, 2 vol. in-8°), et des Pensées de Pascal (Paris, Didot, 1826, in-8°) ; son examen de ces immortels ouvrages ainsi que du Gil Blas de Lesage (Paris, 1820, 3 vol. in-8° fig.) le rangent parmi les meilleurs critiques. Il fut l’un des fondateurs et le président ou le vice-président presque perpétuel dé la Société royale et centrale d’Agriculture ; et l’on ne peut citer aucun autre écrivain qui, chez les anciens et parmi les modernes, ait su allier à un si haut degré, pendant le cours d’un demi-siècle, la culture des champs et celle des lettres ; qui depuis sa quinzième année n’en ait laissé s’écouler aucune sans publication. Il avait été quatre fois marié ; mais un fils unique et une nièce composaient seuls sa famille. Pendant dix ans, perclus dans un fauteuil, heureux dans son intérieur, philosophe avec gaieté, savant modeste, homme aimable dont la conversation était un livre et la vie un exemple, il mourut regretté de tous ceux qui le connaissaient.
Outre les productions déjà citées, on a de François de Neufchâteau :
- Ode sur les Parlements (1771), in-8° ;
- Le Mois d’Auguste, épître à Voltaire, suivie de Ode sur le Prix de l’Académie de Marseille ; Paris, 1774, in-8° ;
- Discours sur la manière de lire les vers ; Paris, 1775 ; 4e édit., an VII (1799), in-8° ;
- Le Désintéressement de Phocton, dialogue en vers ; Nancy, 1778, in-8° ;
- Nouveaux Contes moraux, en vers (sous le pseudonyme de Vadé) ; Berlin, 1781, in-12 ;
- Recueil authentique des anciennes Ordonnances de Lorraine ; Nancy, 1784, 2 vol. in-8° ;
- Anthologie morale, ou choix de quatrains et de distiques pour exercer la mémoire, pour orner l’esprit et former le coeur des jeunes gens ; Paris, 1784, 1798, in- 12 ;
- Les Études du Magistrat, discours prononcé à la rentrée du Conseil supérieur du Cap Français, le 5 octobre 1786, suivi d’un morceau Sur l’Histoire critique de la Vie civile, trad. de l’italien ; le Cap Français, Nancy et Paris, 1787, in-8° ;
- Les Lectures du Citoyen, ou suite de mémoires sur des objets de bien public, adressés à MM. les administrateurs des départements ; Toul, 1790, in-8°;
- L’origine ancienne des Principes modernes, ou les décrets constitutionnels conférés avec les maximes des sages de l’antiquité ; 1791, in-8° ;
- Discours prononcé à la Convention nationale législative, le 21 septembre 1792 ; in-8° ;
- François de Neufchâteau, auteur de Paméla, à la Convention nationale ; Paris, 1793, in-8° ;
- Épître du citoyen François de Neufchâteau, au ci-devant député, sur son voyage de Paris à Neufchâtel ; Paris, nivôse an IV (1896), in-8° ;
- Les Vosges, poème ; 1796, 1797, in-8° ;
- Des Améliorations dont la paix doit être l’époque ; 1797, in-8° ;
- Le Conservateur, ou recueil de morceaux d’histoire, de politique, de littérature et de philosophie, la plupart inédits ; Paris, 1800, 2 vol. in-8° : des lettres remarquables de Buffon et de J.-J. Rousseau ; des écrits piquants de Voltaire et d’Helvétius ; des poésies de Gresset et de beaucoup d’autres poètes aimables ; un mémoire de Vauban sur les armements en course ; des traductions singulières de Virgile par Turgot ; des pièces authentiques tirées des archives de la Bastille ; des fragments d’histoire naturelle par Bexon ; des Mémoires curieux sur l’industrie des Pays-Bas, sur la chambre des blés à Genève, sur l’imprimerie à Mayence, sur la philosophie de Kant, etc., etc. ; des morceaux de Dupaty, de Thouret, de Bailly, de Roberjot et de beaucoup d’hommes célèbres en divers genres ; un poème, Les Repas, des morceaux peu connus de littérature étrangère, pièces originales pour servir à l’histoire, telle est la composition de ce recueil ;
- Recueil des lettres, circulaires, instructions, programmes, discours et autres actes publics émanés du citoyen François de Neufchâteau, pendant ses deux exercices du ministère de l’intérieur ; 1806, 7 vol. in-4° ;
- Rapport sur le perfectionnement des charrues, fait à la Société libre d’Agriculture de la Seine ; Paris, 1801, in-8° ;
- Essai sur la nécessité et les moyens de faire entrer dans l’instruction publique l’enseignement de l’Agriculture ; 1802, in-8° ;
- Lettre sur le Robinier ou Faux Acacia ; Paris, 1803, in-12, avec pl. ;
- Tableau des vues que se propose la politique anglaise dans toutes les parties du monde, suivi d’un Coup d’oeil historique sur les résultats des principaux traités entre la France et l’Angleterre avant le traité d’Amiens ; Paris, 1804, in-8° ;
- Discours (en vers) sur la Mort, dans les anciens Mémoires de l’Institut, t. V (1804) ;
- Traduction en vers du 1er livre de l’Expédition des Argonautes de Valerius Flaccus ; mêmes Mémoires, t. V (1804) ;
- Histoire de l’Occupation de la Bavière par les Autrichiens en 1778 et 1779, etc. ; Paris, 1805, in-8° ;
- Voyage agronomique dans la sénatorerie de Dijon ; Paris, 1806, in-8° ;
- L’Art de multiplier les grains, ou tableau des expériences qui ont eu pour objet d’améliorer la culture des céréales, d’en choisir les espèces et d’en augmenter le produit ; Épernay, Paris, 1809, 2 part., in-12 ;
- Fables et Contes en vers, suivis des poèmes de La Lupiade et de La Vulpéide, dédiés à Ésope ; Paris, Didot, 1814, 2 vol. in- 12, avec portrait ;
- Supplément au Mémoire de Parmentier sur le Maïs ; Paris, 1817, in-8° ;
- Les Tropes ou les figures des mots, poème en 4 chants, avec des Notes ; un Extrait de Denys d’Halicarnasse sur les tropes d’Homère, et des Recherches sur les sources et l’influence du langage métaphorique, etc. ; Paris, 1817, in-12 ;
- Le Jubilé académique, ou la cinquantième année d’une association littéraire, épître à M. Dumas, secrétaire de l’Académie royale des Sciences, Belles-lettres, et Arts de Lyon, séance du 3 février 1818, in-8° ;
- Lettre à M. G. Jorant (collaborateur de M. Maugard) ; Paris, 1818, in-8° ;
- Rapport fait à la Société royale et centrale d’Agriculture sur l’agriculture et la civilisation du banc de La Roche, suivi de Pièces Justificatives, séance de mars 1818 ; Paris, in-8° ;
- Esprit du grand Corneille, ou extrait raisonné de ceux des ouvrages de Corneille qui ne font pas partie du recueil de ses chefs-d’oeuvre, pour servir de supplément à ce Recueil et au Commentaire de Voltaire ; suivi des Chefs-d’oeuvre de Th. Corneille ; Paris, Didot, 1819, in-8°. Cet ouvrage fait partie de la Collection des meilleurs ouvrages de la langue française ;
- Lettre à M. Suard sur la nouvelle édition de sa traduction de l’Histoire de Charles-Quint et sur quelques oublis de Robertson ; dans les Annales encyclopédiques, Paris, 1819, in-8° ;
- Les trois Nuits d’un Goutteux, poème en trois chants, dédié au docteur Circaud, etc. ; Paris, 1819, in-8° ;
- Épître à M. Viennet, sur l’avenir de l’Agriculture en France ; Paris, 1821, in-8° ;
- Épître à M. le comte Amédée de Rochefort, sur le même sujet ; ibid. ;
- Le Corps et l’Âme ; etc., etc.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
FRANÇOIS (Nicolas-Louis), dit
FRANÇOIS de NEUFCHÂTEAU, écrivain et homme politique
Saffais (Meurthe-et-Moselle), 17 avril 1750 - Paris, 10 janvier 1828

Son père était un modeste régent d’école à Saffais, village proche de Bayon. A 9 ans, grâce à la protection de la comtesse d’Alsace, il était placé chez les jésuites de Neufchâteau et s’y révéla comme un enfant prodige (dès 15 ans, il publia un recueil de poésies, qui lui valut d’être reçu membre de l’Académie de Dijon, de recevoir les félicitations
versifiées de Voltaire, et de se voir autorisé par les représentants de la ville à s’appeler officiellement François de Neufchâteau).
A 20 ans, il fit son droit, fut avocat à Reims en 1770, à Vézelise en 1771 puis partit s’installer à Paris. Protégé par l’actrice Sophie Arnould, il connut plus de succès mondains, toujours dus à ses talents de versificateur, que de succès professionnels. Il fut un des rares avocats parisiens à approuver la réforme politico-judiciaire de Maupeou, ce qui lui valut d’être nommé par le pouvoir lieutenant-général puis subdélégué du bailliage de Mirecourt, où il resta jusque 1783. Il s’y distingua toujours par ses écrits littéraires et ses excessives flatteries à l’égard de la famille royale. Après quelques expériences sentimentales malheureuses, il épousa la Vosgienne Marie-Françoise Pommier, de qui il divorça dès que la loi le lui permit, et qui fut plus tard assassinée dans des circonstances obscures.
L’année de son mariage (1783), il fut nommé procureur général à Saint-Domingue, où il marqua son passage par d’intelligentes réformes ; en 1786, il demanda son rapatriement pour cause de santé, et faillit périr dans le naufrage de la frégate qui le ramenait en France.
En 1787, il s’installa dans son petit domaine rural de Vicherey, où il se fit désormais connaître comme un ardent défenseur des idées nouvelles. Rédacteur des cahiers de doléances du bailliage de Toul, député suppléant des Vosges aux États-Généraux, élu administrateur du département le 12 juin 1790, il fut battu à l’élection pour la présidence du Conseil Général. Élu à la Législative, le 3 septembre 1791, il y fit preuve d’un anticléricalisme ardent et d’un antimonarchisme militant ; il travailla aussi de façon opiniâtre dans sa fonction : c’est lui qui proposa la loi lotissant les Biens Nationaux en parcelles, c’est lui que ses collègues élirent à la présidence de la Législative. Élu triomphalement député à la Convention, le 3 septembre 1792, il déclina, à la surprise générale, ce mandat, de même que toutes les fonctions et dignités nationales qui lui furent proposées (le ministère de l’Intérieur par exemple), et préféra, prudence ou modestie ?, l’emploi de juge de paix à Vicherey.
Lors de l’été 1793, il changea d’optique et se rendit à Paris, à la fois pour être le porte-parole des Vosges dans la crise nationale que traversait la France (en fait, il ne put avoir aucun rôle) et pour faire jouer sa pièce Paméla au Théâtre de la Nation. Cette oeuvre, par ses allusions à la persécution et à la dictature, déplut au Comité de Salut Public qui fit interner l’auteur et les acteurs : François de Neufchâteau resta 336 jours à la prison du Luxembourg. Le Directoire réhabilita l’infortuné et le nomma commissaire du gouvernement pour les Vosges.
A ce titre, il resta deux ans à Épinal, qu’il quitta pour devenir ministre de l’Intérieur : du 6 juillet 1797 au 22 juin 1799, excepté la période de dix mois où il fut l’un des cinq directeurs exécutifs. Il créa alors les Archives départementales, le Concours général, organisa la première Exposition Nationale, lança l’idée de comices agricoles. S’étant rallié sans réserve à Bonaparte, il fut nommé sénateur le 25 décembre 1799, puis devint deux fois président du sénat. Multipliant les flatteries à l’égard de Napoléon, il en reçut tous les honneurs souhaités et possibles (créé comte en 1808, il eut des armoiries où figuraient le cygne et les épis).
En 1814, François de Neufchâteau se remaria pour la quatrième fois ; la même année, ses tentatives pour entrer en grâce auprès des Bourbons furent vaines car il ne put faire oublier son passé antimonarchiste et il n’eut jamais la pairie. Sa vieillesse se partagea entre ses travaux poétiques et ses projets agronomiques (diffusion de la pomme de terre). Membre de l’Académie Française, il laissa une foule d’écrits touchant les sujets les plus divers.
Il fut enterré au Père-Lachaise. Il était grand officier de la Légion d’honneur.
Bibl. : Lhomer (Jean).-
Un homme politique lorrain : François de Neufchâteau, Nancy.
Najean (Henri).-
François de Neufchâteau, Société d’Émulation des Vosges, 1922, p. 7.
Philippe (André).-
Une période critique de la vie de François de Neufchâteau, in
La Révolution dans les Vosges, avril 1910.
Bouvier.-
Biographie générale vosgienne, p. 414-416.
[Jean-François Michel].