1856 —
Annuaire statistique et administratif des Vosges / Charton fils
HUMBERT Nicolas.- M. Humbert (Nicolas), né à Deyvillers, près Épinal, le 7 juin 1818, était le fils d’un honnête ouvrier qui, pendant plus de vingt ans, a travaillé comme cantonnier à la réparation de nos grandes routes. Destiné lui-même à la carrière de l’industrie, il avait appris le métier de serrurier, et il l’exerçait avec habileté, lorsqu’il fut atteint, en 1839, par la loi de recrutement. Le N° 1, qui lui échut au tirage, l’affecta de droit à l’armée de mer ; il fut incorporé dans le 1er régiment d’infanterie de marine, où il fit son congé et qu’il quitta, le 29 septembre 1845, avec le grade de sergent de voltigeurs, pour rentrer dans ses foyers.
M. Humbert ne resta que quelques mois au sein de sa famille. La vie militaire lui parut préférable à la vie civile. Ses moyens personnels, les témoignages flatteurs de sa conduite passée lui permettaient, d’ailleurs, d’espérer une position honorable dans les rangs de l’armée française. Le 5e régiment d’infanterie légère, devenu plus tard le 80e régiment d’infanterie de ligne, comptait alors au nombre de ses officiers les plus distingués M. Peudefer, originaire d’Épinal, actuellement capitaine adjudant major aux grenadiers de la garde impériale. Connaissant la bravoure et l’excellent esprit de ses compatriotes, cet officier aimait à voir son régiment se recruter de jeunes Vosgiens ; il leur témoignait le plus affectueux intérêt et se plaisait à les guider dans l’accomplissement de leurs devoirs militaires, et à aider autant qu’il le pouvait à l’avancement des plus méritants d’entre eux.
Des dispositions aussi bienveillantes déterminèrent M. Humbert à s’engager dans le 5e régiment d’infanterie légère : il y entra le 21 février 1846. Il y gagna rapidement ses grades : caporal le 23 avril 1846, sergent fourrier le 4 juillet suivant, sergent fourrier de voltigeurs le 16 mars 1847, sergent-major le 12 avril 1848 ; il passa adjudant sous-officier le 6 mars 1851, sous-lieutenant le 10 mai 1852 et lieutenant le 28 avril 1855.
Le 5e léger fut un des premiers régiments désignés pour faire partie de l’armée d’Orient ; il partit pour la Crimée vers le mois de septembre 1854.
M. Humbert se proposa de faire cette campagne avec la ferme résolution de se distinguer par quelque action d’éclat et de contribuer pour sa part au succès de nos armes.
Il s’embarqua à Marseille, le 1er juillet 1854, sur le vaisseau l’Egyptus, et prit la route de Gallipoli. Le choléra éclata à bord de ce bâtiment. M. Humbert fut assez heureux pour ne pas en être atteint, mais il eut la douleur de voir un assez grand nombre de ses frères d’armes succomber à cette cruelle épidémie, qui n’épargnait pas plus les officiers que les soldats. Les passagers furent soumis à la dure loi de la quarantaine. Après cinq semaines de séjour à Gallipoli, M. Humbert partit pour Varna, se rendit ensuite à Baycos et à Thérapia, et débarqua auprès de Sébastopol le 15 octobre.
Il retrouva devant cette place son régiment, qui faisait partie de l’armée de siége et qui prit part à toutes les attaques dirigées contre les Russes. M. Humbert concourut de tout son pouvoir à enlever les embuscades de l’ennemi, à repousser ses sorties, à neutraliser ses prodigieux efforts, si souvent et si vainement tentés pour empêcher la chute de Sébastopol, et partagea, en un mot, dans toutes les occasions, la gloire et les périls de son régiment. Dans sa correspondance avec sa famille, il se plut surtout à rappeler l’affaire du 20 décembre 1854, où les Russes firent à l’improviste irruption sur son bataillon, qui les reçut vaillamment et qui les obligea à se retirer, après avoir tué ou fait prisonniers un certain nombre des leurs. Son bataillon fut cité à l’ordre de l’armée pour ce brillant exploit.
Le 30 avril 1855, se trouvant toujours devant Sébastopol, M. Humbert écrivit à son frère pour lui annoncer son avancement. Je suis nommé, lui disait-il, lieutenant de la 5e compagnie du 1er bataillon, en remplacement de M. Godchaud, nommé capitaine. Je jouis d’une parfaite santé, mais je suis très exposé, attendu que nous avons à lutter contre une artillerie très considérable.... Adieu, bons parents. A bientôt, j’espère.
Deux jours après, 1e 2 mai, M. Humbert était de service à la tranchée : c’était la première garde qu’il montait comme lieutenant. Une balle ennemie vint le frapper à la tête, et il tomba mort dans la force de l’âge, lorsqu’il pouvait, pendant plus de vingt ans encore, servir honorablement sa patrie. Il n’était âgé que de trente-sept ans.