Jean-Baptiste Philippe Auguste Fortuné COLIN

[ Naples (Italie), 26/05/1813 – Paris (75), 08/06/1895 ]

général de division

Biographie vosgienne

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

COLIN (Jean-Baptiste Philippe Auguste Fortuné).- Le général de division Colin est un Vosgien, bien que les hasards de garnison l’aient fait naître sur la terre italienne. Fils d’Étienne Colin, officier aux grenadiers de la garde royale napolitaine, le général Colin naquit à Naples même, dans le quartier Saint-Ferdinand [Note], le 26 mai 1813. Son père était de Raon-l’Étape, et c’est là qu’il se retira peu après la naissance de son fils, lorsque le roi Murat fut dépossédé du trône des Deux-Siciles, et c’est là qu’il mourut en 1851. C’est à Raon-l’Étape que fut élevé le général Colin.

Le 30 mai 1831, à 18 ans, il partait comme engagé volontaire au 20e léger (aujourd’hui 95e de ligne). Le 20e léger était l’ancienne légion des Vosges et comptait dans ses rangs beaucoup d’officiers vosgiens ou lorrains. L’expédition de Belgique et le siège d’Anvers en 1832 furent les premiers actes militaires du général Colin. Nommé caporal le 20 octobre 1832 ; sergent-fourrier, le 8 mai 1833 ; sergent-major le 8 mai 1837, il conquit tous ses grades au 20e léger jusqu’à l’épaulette de sous-lieutenant, qu’il obtint le 25 avril 1840.

A ce moment, on organisait les bataillons de chasseurs à pied ; le jeune sous-lieutenant fut placé au 8e bataillon, le 24 octobre 1840, et partit presque aussitôt pour l’Algérie. Il était nommé lieutenant à ce même 8e bataillon, le 22 novembre 1842. Le 8e bataillon de chasseurs à pied compte dans ses annales le légendaire combat du marabout de Sidi-Brahim, en 1845, où, attaqué par des milliers d’Arabes, le bataillon fut massacré presque en entier. Le lieutenant Colin, alors détaché avec sa compagnie, échappa au désastre. Il passa capitaine au 9e bataillon le 21 juillet 1848 et devint adjudant-major le 9 août 1851.

C’est à peu près à ce moment qu’il rentra en France, après dix années de campagne presque ininterrompues en Afrique, du 10 juin 1841 au 1er janvier 1851. A peine rentré en France, le 18 novembre 1851, il fut décoré de la croix de la Légion d’honneur. Après cinq ans seulement de grade de capitaine, il devint, le 30 avril 1853, major du 5e de ligne. On était à la veille de la guerre de Crimée, et la création de dix nouveaux bataillons de chasseurs à pied venait d’être décidée. Le major Colin permuta chef de bataillon au 14e de ligne, le 24 décembre 1853, pour prendre, dès le lendemain, le commandement du 15e bataillon de chasseurs à pied, qu’il organisa à Grenoble.

Lieutenant-colonel du 27e de ligne, le 12 août 1857, il retourna en Algérie, le 24 décembre 1858, comme lieutenant-colonel du 3e tirailleurs algériens. Le 12 mai 1860, il était promu colonel du 96e de ligne. C’est à la tète de ce régiment qu’il reçut successivement la rosette d’officier de la Légion d’honneur, le 30 décembre 1862, après plus de onze ans de grade de chevalier, et le cordon de commandeur, le 14 août 1865. Enfin, il devenait colonel du 4e voltigeurs de la garde impériale, le 12 août 1866, et tenait garnison à Saint-Denis, Courbevoie, puis à Versailles.

Le 14 juillet 1870, il était nommé général de brigade, et aussitôt désigné pour aller prendre le commandement de la 2e brigade de la 3e division (Lafont de Villiers) du 6e corps d’armée (Canrobert), qui s’organisait à Soissons. Le 3 août, cette brigade, composée des 93e et 94e de ligne, partait par étapes pour le camp de Châlons qu’elle quittait le 9 août par le chemin de fer pour arriver à Metz le 10 août. A la bataille de Rezonville, le 16 août 1870, le général Colin eut son cheval tué sous lui, à côté du général Bisson et sous les yeux du maréchal Canrobert. Le 18 août, à la terrible bataille de Saint-Privat, la brigade Colin défendit le village de Sainte-Marie-aux-Chênes ; le général y eut encore un cheval tué sous lui, et vers la fin de la journée, une balle lui traversait la partie inférieure de la jambe gauche.

Grièvement blessé, il fut transporté le soir à l’ambulance de l’hôpital militaire de Metz et y resta jusqu’après la capitulation. Le 18 novembre 1870, il quittait Metz, encore très souffrant de sa blessure et se retirait à Raon-l’Étape.

Lors de la guerre civile de 1871, il fut placé, le 29 avril 1871, à la tête du camp de Candale (Gironde) qu’il commanda jusqu’au 20 septembre suivant, où il fut mis en disponibilité par suite de la suppression des camps. Le 29 novembre 1872 il était appelé au commandement des subdivisions de la Drôme et de l’Ardèche et peu après, le 11 janvier 1873, il reçut le commandement de la 1ère brigade de la 2e division (Garnier) du 5e corps (Clinchant) de l’armée de Versailles. La même année, 20 octobre 1873, lors de la création des corps d’armée, cette brigade devenait la 15e brigade d’infanterie, 8e division, 4e corps ; le général Colin continua à la commandé jusqu’au jour, 3 mai 1875, où il reçut les trois étoiles de général de division. Il fut mis en cette qualité à la tête de la 23e division d’infanterie (12e corps), à Limoges. Le 26 mai 1878, atteint par la limite d’âge, le général Colin était admis dans la section de réserve de l’état-major général et retraité le 24 février 1879.

Le général Colin est, en outre de ses autres décorations énumérées ci-dessus, commandeur de l’ordre de Sainte-Anne de Russie et de celui de la Couronne de fer d’Autriche, depuis 1868, et commandeur de l’ordre du Medjidié de Turquie depuis 1870.

Il a un frère curé à Vagney.

 

Note : C’est par suite d’une erreur de traduction qu’on fait naître parfois le général Colin à Saint-Ferdinand, près Naples. Il n’existe pas de commune de ce nom et la mention de Saint-Ferdinand désigne simplement un des quartiers de la ville de Naples.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

COLIN (Jean-Baptiste Philippe Auguste Fortuné), général de division
(Naples (Italie), 26 mai 1813 - Paris, 8 juin 1895)

Etienne Colin, officier français, sert aux grenadiers de la garde royale de Murat, roi des Deux Siciles, lorsque naît son fils Jean Baptiste. Quand Murat perd son trône, Etienne Colin se retire dans son pays d’origine, Raon-l’Étape, où il meurt en 1851.

C’est donc à Raon-l’Étape que Jean-Baptiste, le futur général, passe sa jeunesse. Le 6 juin 1831, il s’engage au 20e régiment d’infanterie légère (ancienne légion des Vosges). Il participe aussitôt à la campagne de Belgique et au siège d’Anvers en 1832. Il monte en grade rapidement : caporal le 20 octobre 1832, sergent-fourier le 8 mai 833, sergent-major le 8 mai 1837, enfin sous-lieutenant le 25 avril 1840.

Cette année là, il est affecté au 8e bataillon de chasseurs à pied qui vient d’être créé et part pour l’Algérie. Lieutenant le 22 novembre 1842, il est en détachement avec sa compagnie quand son bataillon est presque entièrement exterminé par les Arabes à Sidi-Brahim. Capitaine au 9e Bataillon le 21 juillet 1848, il rentre en France le 1er janvier 1851. Il compte alors dix années de campagne en Algérie. Adjudant-major le 9 août 1851 puis, le 30 avril 1853, major au 5e régiment de Ligne, il retourne dans les chasseurs a pied à la création de nouveaux bataillons et prend le commandement du 15e B.C.P. à Grenoble.

Lieutenant-colonel au 27e de Ligne le 12 août 1857, il est envoyé à nouveau en Algérie en décembre 1858 au 3e régiment de tirailleurs algériens. Le 12 mai 1860, il est promu colonel au 96e de Ligne, puis le 12 août 1866 colonel au 4e régiment de voltigeurs de la garde impériale.

Le 14 juillet 1870, il est général de brigade et prend le commandement de la 2e brigade de la 3e division du 6e corps d’armée à Soissons. La brigade est à Metz le 10 août et participe à la bataille de Rezonville le 16 août. Il a un cheval tué sous lui. Le 18 août, lors de la bataille de Saint-Privat, il est blessé grièvement. Le 28 novembre 1870, il quitte l’hôpital de Metz, encore souffrant, et se retire à Raon-l’Étape.

En 1871, il commande le camp de Candale (Gironde), puis est mis en disponibilité en septembre. Rappelé en 1872, il commande les subdivisions de la Drôme et de l’Ardèche, puis en 1873 la 1ère brigade de la 2e division du 5e corps à Versailles. Le 3 mai 1875, il est nommé général de division et prend la tête de la 23e division à Limoges. Admis en réserve le 26 mai 1878, il est retraité le 24 février 1879.

Outre de nombreuses décorations étrangères, il est chevalier de la Légion d’honneur en 1851, officier en 1862 et commandeur le 14 août 1865.


Bibl. : D.B.F., tome IX, col. 236-237.
Bouvier.- Biographie générale des Vosges, p. 385-386.


[Albert Ronsin].

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