Claude Élisabeth DE NAU DE CHAMPLOUIS

[ Paris (75), 24/09/1788 – Paris (75), 24/02/1850 ]

préfet

Député des Vosges (1830). Chevalier de la Légion d’Honneur.

Biographie vosgienne

1836 — Biographie des hommes du jour / Germain Sarrut et Edme Théodore Bourg

NAU DE CHAMPLOUIS.- M. Nau de Champlouis est né à Paris, d’une famille de robe, le 24septembre 1788, jour de la rentrée des parlements. En ce moment éclatait sur le Pont-Neuf le premier mouvement populaire, et la foule forçait les passants à s’arrêter et à descendre de voiture pour s’agenouiller devant la statue d’Henri IV.

Elève du lycée Napoléon, des succès répétés pendant quatre années consécutives au concours général, fixèrent sur M. de Champlouis la bienveillance du ministre de l’Intérieur, des mains de qui il avait reçu en 1807 le prix impérial de belles-lettres, décerné alors, dans la distribution solennelle de l’Institut, à l’élève de rhétorique qui avait obtenu le plus de couronnes au concours général des lycées de Paris et de Versailles. M. le comte Crétu l’admit au secrétariat général de son ministère et l’envoya en mission auprès de la junte formée à Florence pour organiser la Toscane, réunie depuis peu à l’empire. M. de Champlouis y exerça les fonctions de chef de l’administration départementale et commerciale jusqu’au moment où la junte fut dissoute en 1809.

De retour à Paris, il fut attaché à une administration spéciale à la tête de laquelle était M. Anglès, et qui comprenait tous les départemens français au-delà des Alpes.

Plus tard, M. Anglès, ministre d’état et préfet de police, appela auprès de lui M. de Champlouis et lui confia successivement la division du secrétariat particulier et celle de l’administration économique de la ville de Paris. Il fut aussi nommé secrétaire de la commission des subsistances, organisée en 1817 au moment où la cherté des grains opposait tant de difficultés à l’approvisionnement de la capitale. Il en a exercé les fonctions gratuites pendant six ans.

En 1823, M. de Champlouis, nommé maître des requêtes en service ordinaire au conseil d’état, fut attaché au comité de l’intérieur. Le comité était présidé par l’illustre Cuvier, qui portait dans la discussion des affaires cette perspicacité, cette étendue et cette élévation de vues, cette universalité de connaissances que l’avaient depuis longtemps placé à la tête des sciences naturelles. On peut assurer que jamais une meilleure école n’a été ouverte aux hommes qui se consacrent à l’étude si délicate et si compliquée de l’administration.

Au moment de la formation du ministère Martignac, qui sembla d’abord promettre à la France un retour sincère vers les principes de la charte, M. de Champlouis fut appelé à la préfecture des Vosges. Après l’avénement du ministère Labourdonnaye (au mois de septembre 1829), il donna sa démission et rentra dans la vie privée. Aux élections générales qui eurent lieu au mois de juin 1850, il fut nommé député par le département dont naguère il était préfet.

Le matin du 28 juillet 1830, il se rendit à Paris au premier avis des troubles qui venaient d’éclater, et se réunit au petit noyau de députés qui protestèrent contre les ordonnances liberticides : plus tard, il se rallia à la coterie parlementaire qui fit dévier la révolution populaire en faveur de la royauté du 7 août.

Une préfecture fut offerte à M. de Champlouis, il demanda de retourner dans les Vosges. Il y était installé depuis un an lorsque la loi qui soumettait les députés qui avaient accepté des fonctions, à partir de l’ouverture de la session, à se représenter devant les électeurs, vint le forcer à quitter l’administration du département qui l’avait élu. Le roi le nomma préfet du Bas-Rhin. Le collége électoral des Vosges, convoqué au mois d’octobre 1830, le nomma de nouveau député. Ces fonctions étant devenues incompatibles avec celles de préfet, il cessa à la fin de la session de faire partie de la chambre.

Le séjour de M. de Champlouis à Strasbourg fut marqué par une émeute des plus graves ; vers la fin de septembre 1831, une partie de la garde nationale se porta en armes vers la douane du Rhin, dans l’intention d’expulser les préposés et d’y installer un receveur de son choix, qui ne toucherait par tête de bestiaux destinés à la boucherie qu’un droit de onze francs, au lieu du droit de cinquante-cinq francs établi par la loi. Repoussés de la douane par un bataillon de la ligne, les gardes nationaux rentrant dans la ville en tumulte se grossirent d’un grand nombre des leurs, et se rendirent en force sur la place de Broglie. La partie aristocratique de la garde nationale, sur laquelle les autorités croyaient pouvoir compter pour comprimer la partie démocratique, ne répondit pas à l’appel qui lui fut fait ; on chargeait des armes ostensiblement à beaucoup de croisées ; le préfet épuisa tous ses efforts pour ramener ce qu’il appelait des hommes égarés à une soumission volontaire. Après trois heures passées au milieu d’eux, témoin de leur exaspération toujours croissante, les entendant s’exciter à retourner au Rhin, il était dans l’alternative d’engager une lutte sanglante entre la garde nationale et la garnison, ou de tenter quelque subterfuge dilatoire ; il se décida pour ce dernier parti : il annonça aux gardes nationaux que s’ils se retiraient immédiatement, il autoriserait l’entrée des bestiaux sous le paiement d’un demi-droit, avec garantie pour l’autre moitié, dans le cas où le gouvernement ne confirmerait pas cette mesure (ce dont d’avance il devait avoir la certitude morale). Les gardes nationaux furent dupes de cette promesse, mirent bas les armes, et l’ordre fut rétabli. La promesse faite par le préfet ne fut pas confirmée par le ministère. ll fut remplacé dans la préfecture du Bas-Rhin et appelé à d’autres fonctions.

Nommé quelque temps après conseiller d’état en service extraordinaire, et attaché au comité de l’intérieur, ce fut dans cette position que le roi confia à M. de Champlouis en 1833 la préfecture d’un des plus peuplés, des plus riches et des plus beaux départements de la France, du Pas-de-Calais, qu’il administre depuis trois ans comme administrent les préfets de notre époque, selon le bon plaisir de nos ministres, c’est à dire dans un but totalement politique.


[Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et Edme Théodore Bourg, en six volumes.- Paris : 1835-1843.- Volume 2, pp. 54-56.]

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

CHAMPLOUIS (Claude Élisabeth, baron de Nau de).- Préfet et député des Vosges, le baron de Champlouis est né à Paris le 24 septembre 1788, d’une ancienne famille de magistrature.

Employé au ministère de l’intérieur en 1808, il fut, l’année d’après, envoyé en Toscane, réunie à la France, comme chef de l’administration départementale et communale. Chef de bureau de la police générale, puis chef de division au ministère de l’intérieur, il devint, en 1823, maître des requêtes au Conseil d’État et fut nommé par le ministère Martignac préfet des Vosges, le 3 mars 1828 ; il donna sa démission le 26 octobre 1829 pour ne pas servir un ministère rétrograde.

Aussi, en juin 1830, fut-il élu député des Vosges par les électeurs libéraux du département. Il fut un des 221 députés qui signèrent la fameuse protestation du 28 juillet. La Révolution de Juillet le nomma de nouveau préfet des Vosges, le 10 août 1830, mais pour pouvoir être élu une seconde fois député des Vosges, il dût quitter le 30 août la préfecture de ce département, où il eût été inéligible, et devint préfet du Bas-Rhin, à Strasbourg.

Aussi fut-il, le 28 octobre 1830, réélu député des Vosges par 238 voix sur 264 votants. Il fut ensuite Conseiller d’État, redevint préfet dans le Pas-de-Calais en 1833, préfet de la Côte-d’Or en juin 1840. Il avait été nommé Pair de France en 1839.

Le baron de Nau de Champlouis est mort à Paris le 24 février 1850.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

NAU DE CHAMPLOUIS (Claude-Elisabeth, baron), député des Vosges, pair de France
Paris, 24 septembre 1786 – Paris, 24 février 1850


Employé au ministère de l’Intérieur en 1808, puis chef de l’administration départementale et communale à Florence jusqu’en 1809, il rentre en France et devient chef de bureau à la Police générale pour les départements de l’Empire au-delà des Alpes.

En 1815, il est chef de division et maître des requêtes au Conseil d’Etat, attaché au Comité de l’Intérieur en 1821.

Nommé préfet des Vosges par le ministère Martignac le 3 mars 1828, il démissionne le 26 octobre 1829 lors de la chute de ce ministère libéral.

Le 30 juin 1830, il est élu député des Vosges, manifeste son hostilité aux ordonnances et signe l’adresse des 221. Nommé à nouveau préfet des Vosges le 10 août 1830, après la révolution de juillet, il démissionne dès le 30 août, est nommé dans le Bas-Rhin et peut ainsi être réélu député des Vosges au scrutin du 28 octobre 1830.

Il ne se représente pas en 1831, retrouve son emploi de préfet du Bas-Rhin où il réussit à maintenir la paix sociale. Il est alors nommé conseiller d’Etat, puis redevient préfet du Pas-de-Calais en 1833, de la Côte d’Or en 1840, ayant été dès 1839 créé pair de France. Il est mis à la retraite le 3 juin 1848.


Bibl. : Bouvier.– Biographie générale des Vosges, p. 375-376.
Robert.– Dictionnaire des parlementaires français 1789-1889, tome IV, page 484.


[Albert Ronsin]

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