1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
ERNECOURT (Alberte Barbe d’), Dame de Neuville, Saint-Baslemont et Sandaucourt
Neuville-en-Verdunois, 14 mai 1607 - Neuville-en-Verdunois, 22 mai 1660
Alberte Barbe d’Ernecourt, dite plus tard Madame de Saint-Baslemont, est la fille de Simon d’Ernecourt, seigneur de Neuville-en-Verdunois, chambellan du duc de Lorraine (1574-1626) et de Marguerite de Housse. Nicolas d’Ernecourt, son frère, meurt au cours de sa jeunesse. En dehors de ces enfants, son père a encore d’une veuve, Marie Christine de Saint-Paul, un fils naturel Simon d’Ernecourt, qui est légitimé en janvier 1626.
Il décide de marier sa fille de bonne heure. Barbe d’Ernecourt est en effet âgée de 16 ans et demi quand elle épouse Jean-Jacques de Haraucourt le 29 février 1624. Ce personnage est le fils de Jacob de Haraucourt, seigneur de Bayon, grand gruyer de Lorraine et d’Elisabeth de Reinach, héritière des châteaux et terres de Saint-Baslemont et de Sandaucourt, situés dans le bailliage des Vosges. Il a été baptisé dans l’église de Bayon le 19 octobre 1607.
Dès les premiers mois de son mariage, il s’aperçoit que sa femme à des goûts assez différents de ceux des autres femmes de son époque. Il encourage son penchant pour les exercices équestres et il lui apprend le maniement des armes. Elle devient une cavalière accomplie qui s’habille volontiers en homme au grand scandale de ses contemporains. Elle effectue chaque jour de longues chevauchées à travers la campagne vosgienne quand elle séjourne à Saint-Baslemont ou à Sandaucourt. Au fil des années, Jean-Jacques de Haraucourt transforme ces châteaux dans lesquels il accumule les meubles et les tableaux.
La guerre qui éclate entre la France et la Lorraine en 1632 place les époux devant un cruel dilemme. Jean-Jacques de Haraucourt devient colonel du régiment de Saint-Baslemont qui se distingue au cours de nombreux combats. Barbe d’Ernecourt reste fidèle à Louis XIII. Elle fortifie son château de Neuville-en-Verdunois et lève une petite armée. Durant plusieurs années, elle inflige des défaites cuisantes aux troupes et aux bandes armées qui traversent la région comprise entre Bar-le-Duc et Verdun. Elle agit souvent en liaison avec les officiers français qui assiègent les places-fortes lorraines. Cette situation ne dure pas longtemps. La séparation de biens est prononcée entre les époux, qui se retrouvent au château de Saint-Baslemont en 1634. Ils ont alors l’intention d’effectuer le partage de leurs meubles, mais l’avance des troupes françaises qui se rendent au siège de La Mothe les oblige à s’enfuir chacun de leur côté vers deux heures du matin. Le colonel de Haraucourt a peur
d’estre faict prisonnier de guerre.
Quand les hostilités reprennent après la publication du traité de Saint-Germain, ce dernier et son régiment sont envoyés dans les duchés de Gueldre et Juliers, avec les régiments de Juvrecourt et de Mondragon, afin de combattre les Hessois passés au service de la France. Le 11 avril 1644, les Lorrains établissent leur camp près de Mérode, à deux heures de marche de Düren. Au début de l’après midi, une troupe de chevau-légers les surprend. Plusieurs d’entre eux sont tués ou blessés. Jean-Jacques de Haraucourt saute sur un cheval pour donner l’alarme, mais il reçoit un coup de pistolet ou de mousqueton qui lui traverse le corps. Il meurt aussitôt. Son corps est dépouillé de ses vêtements par les assaillants. Quand il est retrouvé par ses soldats un peu plus tard, il est embaumé, placé dans un cercueil de plomb et mis en dépôt chez les Cordeliers réformés de Düren. Un inventaire des biens est rédigé et remis à ses serviteurs qui sont ensuite chargés de les ramener à Neuvllle-en-Verdunois. Mais lorsqu’il parviennent à destination, Barbe d’Ernecourt donne ordre à son sergent de saisir tout ce qu’ils viennent de rapporter, le 9 mai 1644. Le 7 août suivant, elle fait vendre aux enchères publiques les chevaux et objets qui ont appartenus à son mari devant la porte de son château. Elle récupère ainsi plusieurs milliers de livres.
Le 26 juillet 1644 Barbe est nommée tutrice de Marie Claude de Haraucourt sa fille, chanoinesse de Bouxières. Le 15 septembre suivant, elle convoque des experts au château de Saint-Baslemont. Ces derniers dressent un état des réparations et transformations qu’il est indispensable d’exécuter. Une opération semblable à lieu au château de Sandaucourt le 23 novembre. Son mandat se termine le 11 octobre 1646 lors de la publication du contrat prévoyant le mariage de sa fille avec Louis des Armoises, fils de Jean des Armoises, chevalier, seigneur de Jaulny et de Commercy, et de Dorothée d’Urre de Thessières.
Quelques années plus tard, la santé de Barbe d’Ernecourt s’altère et elle doit bientôt renoncer à combattre. Ses infirmités l’empêchent même de monter à cheval et, pour cacher sa déchéance physique, elle songe à se retirer au couvent des clarisses de Bar-le-Duc. Elle se décide à y entrer le 19 mars 1659, mais la pratique religieuse la décourage. Elle reprend le chemin de Neuville le 23 décembre suivant.
Après avoir lutté vainement contre la maladie durant la plus grande partie de l’hiver, elle est vaincue par la mort. Une foule considérable assiste à ses obsèques qui sont célébrées dans l’église de Neuville à la fin du mois de mai 1660. Elle est ensuite inhumée dans cet édifice.
Bibl. : Poull (G.).- Inventaire manuscrit des archives du château de Saint-Baslemont conservées dans un fonds privé (janvier 1963).
Poull (G.).-
Jean-Jacques de Haraucourt, seigneur de Saint-Baslemont, in
Les Cahiers d’histoire, de biographie et de généalogie, N° IV.
Livre de raison de la famille d’Ernecourt, publié à Montbrisson en 1912.
[Georges Poull].