Léonor PEUDEFER

[ Épinal (88), 07/11/1812 – Strasbourg (67), 22/09/1870 ]

commandant

Biographie vosgienne

1872 — Annuaire administratif des Vosges 1872 / Léon Louis

PEUDEFER Léonor.- Né à Épinal le 7 novembre 1812, il fit, au collège de cette ville, de brillantes études qu’il compléta au collège royal de Nancy, et fut admis à Saint-Cyr en 1833. Sorti de récole avec un des premiers numéros de sa promotion, il entra comme sous-lieutenant au 5e léger. Beau militaire, intelligent, travailleur, aimant son métier avec passion, Peudefer devait fournir une brillante carrière et parvenir aux grades les plus élevés, mais les circonstances, qui laissent souvent dans l’ombre ou mettent capricieusement en lumière, lui furent peu favorables.

Le 5e léger fut un des rares régiments de l’armée française qui ne prirent aucune part aux guerres d’Afrique : grand désappointement pour un officier jeune, désireux de faire campagne et d’obtenir, comme tant d’autres, un juste et rapide avancement. Il dut, à son grand regret, se contenter d’être nommé au choix, lieutenant, capitaine, capitaine-adjudant-major et chevalier de la Légion d’honneur. En 1854 seulement, Peudefer put sortir de cette inaction qui lui pesait tant. Capitaine au 2e régiment des grenadiers de la garde, il fit avec ce régiment la campagne de Crimée, à laquelle il prit une part honorable et remarquée. A l’assaut de Malakoff, sa compagnie perdit les trois quarts de ses hommes, et lui-même fut blessé. Mes nerfs, disait-il au retour, ne se sont point trop émus ; il est facile à un soldat d’affronter la mort pour accomplir son devoir.

En récompense de sa belle conduite dans cette affaire, il reçut la Croix de l’ordre du Medjidé, et bientôt après le grade de chef de bataillon au 10e de ligne.

Bon officier, bon camarade, Peudefer fut bien vite apprécié dans son nouveau régiment. Ses supérieurs cherchèrent à le faire avancer ; mais lui, trop fier pour descendre au rôle de solliciteur, se laissa oublier. Ce ne fut qu’en 1867 qu’il reçut, comme dédommagement la croix d’officier de la Légion d’honneur, et, en 1868, il fut nommé major de la place à Strasbourg.

En 1870, l’état de sa santé lui fit demander sa retraite. Il était déjà revenu dans sa bonne ville d’Épinal, qu’il espérait bien ne plus quitter, quand la guerre éclata. Rappelé précipitamment à Strasbourg, Peudefer, quoique souffrant, part le jour même pour reprendre ses fonctions de major de la place. Pour toute garnison, la ville n’a que des recrues du département, des soldats échappés aux massacres de Wissembourg et de Woerth, et un régiment d’infanterie que le hasard seul avait amené à Strasbourg. C’est avec celle poignée d’hommes qu’il faut organiser la défense.

Le bombardement commencé, Peudefer est partout, le jour, la nuit ; ne connaissant plus le repos, bravant tous les dangers, tout entier à une tâche au-dessus de ses forces. La volonté de vaincre le soutenait. Mais le 15 septembre, quand la délégation Suisse, autorisée à pénétrer dans les murs de Strasbourg, eut fait connaître l’étendue de nos désastres, Peudefer, frappé au coeur comme soldat et comme Français, ne put résister à ce coup. Le 22 septembre, il succombait aux atteintes de la variole, après quelques jours de maladie.

Il eut les funérailles d’un héros. C’est au bruit de cent canons couvrant la ville de fer et de feu, qu’un nombreux cortége, dédaignant le péril, conduisit à sa sépulture provisoire le brave major dont toute la population de Strasbourg avait admiré le courage et le dévouement. Ses restes, rapportés de Strasbourg à Épinal par les soins pieux et jaloux de sa veuve, reposent près de ceux de ses parents. La population entière d’Épinal se pressait à son convoi ou sur son passage, avec une sympathie qui témoignait bien de ses vifs regrets pour une telle mort dans de telles circonstances.

L’homme valait le soldat. Noble coeur, nature droite et sympathique, aimant rendre service, Peudefer comptait de nombreux amis. Son souvenir sera pieusement conservé par eux, par sa famille et surtout par sa veuve, désolée de n’avoir pu recevoir son dernier adieu.

[Signé : J. C. (J. Conus ?)].

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

PEUDEFER.- Commandant. [Né à Épinal], 1812-1870.

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