1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
Sainte LIBAIRE.- La vieille gloire païenne de Grandesina est passée depuis longtemps ; sa gloire chrétienne restera éternellement, dans la mémoire de l’illustre vierge Libaire, et d’Euchaire, son évêque martyr, frère et soeur du prêtre martyr Elophe et de la vierge Menne. Libaire avait, dès son enfance, donné des gages de la destinée sublime que Dieu lui réservait : elle grandit en vertu, chaque jour, devant Dieu et devant les hommes. La main de l’Epoux céleste seule put prétendre à cueillir cette fleur, qui s’élevait si pure et si fraîche dans le parterre de son Église.
Libaire entra dans ]a voie sublime de la perfection, et fidèle aux inspirations de la grâce divine, elle voua son coeur à la virginité.
Julien venait de remplacer au trône de l’Empire son cousin Constance : l’apostasie le conduisit au fanatisme, et le fanatisme à la persécution. Le préfet des Gaules, Salluste, se trouvait à Grand, quand il apprit les édits fulminés par ce prince contre le christianisme. Il fut heureux, lui fanatique de ses dieux, d’exagérer la teneur de ces édits pour persécuter les chrétiens. Euchaire avait quitté la ville, on ne sait pour quelle cause, et son frère Élophe prêchait la sainte doctrine sur les rives du Vair. Libaire, demeurée à Grand, encourageait les fidèles à persévérer dans la foi.
Le préfet, irrité du zèle de cette noble vierge, donna l’ordre à ses satellites de lui amener la jeune fille : Libaire fut donc traînée au prétoire du pro- consul. Persuadé que son apostasie entraînerait un grand nombre de défections, Salluste employa tous les moyens pour lui faire abjurer sa foi : tout fut inutile.
- Quelle stupidité, s’écria-t-elle, d’abandonner le vrai Dieu pour adorer de vaines idoles ! Prends ma tête, déchire mon corps, fais-moi brûler vive, jette-moi sous la dent des bêtes féroces, tu le peux ; jamais tu ne me sépareras de l’amour de mon Dieu.
Quarante soldats, frappés de son héroïsme, se proclamèrent hautement adorateurs du Dieu que glorifiait la pieuse vierge ; ils furent jetés en prison et périrent par divers supplices, étant demeurés tous fidèles à Jésus-Christ.
Le 7 octobre, Libaire eut à subir un dernier interrogatoire : il lui fallait adorer Apollon ou mourir victime de sa foi. Comme elle montra un courage intrépide - le courage d’une Romaine chrétienne - à se rire des menaces et des promesses de son juge, elle fut rudement battue de verges, et son corps virginal noyé dans le sang. La jeune martyre jeta les yeux sur ses chairs meurtries, et s’écria : Merci, mon Dieu ! il est doux d’être, comme votre divin fils, flagellé pour votre amour. Libaire fut condamnée à périr par le glaive. Conduite hors de la cité, pour y subir son supplice, elle se recueillit un instant dans la prière, puis elle tendit le cou à son bourreau, qui lui abattit la tête. Pendant la nuit les fidèles recueillirent ses restes sacrés et les ensevelirent secrètement dans un lieu écarté.
Les précieuses reliques de la vierge martyre se conservèrent, dans la suite des siècles, entourées de la vénération des fidèles. Vers le Xe siècle, on éleva sur son tombeau une chapelle, qui subsiste encore, sans rien offrir de remarquable. En 1587, craignant la fureur des hérétiques, le cardinal de Vaudémont, évêque de Toul, fit transporter ce trésor dans sa ville, où il resta jusqu’à la grande révolution.
En 1792, la piété des Grandesins s’alarma au sujet des reliques de leur glorieuse patronne, et ils résolurent de les sauver de la profanation des impies. Le juge de paix, Claude Colin, homme de foi, alla courageusement les réclamer à Toul, au risque de sa place et de sa vie, et il eut le bonheur de les ramener à Grand, où elles furent, avec enthousiasme, reçues par les habitants, qui les gardèrent avec une héroïque fidélité, et dont les fils les vénèrent toujours avec une piété profonde.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
LIBAIRE (Sainte), vierge et martyre
IVe siècle
Selon le même récit hagiographique que celui qui concerne saint Elophe, lequel fut peut-être son frère, sainte Libaire vécut à Grand sous le règne de Julien l’Apostat.
C’est une jeune bergère, chrétienne de la première génération qui, sommée de renier sa foi, subit le martyre par décapitation. L’exécution pourrait avoir eu lieu près de Grand en 361, à l’emplacement d’une chapelle qui, encore aujourd’hui, demeure un lieu de pèlerinage fréquenté.
En 1090, l’évêque de Toul Pibon éleva ses reliques sur l’autel de l’abbaye Saint-Mansuy, et par-là, reconnaissait implicitement et son culte et sa sainteté. Sainte Libaire est, dans les Vosges, la patronne des églises de Bayecourt, Grand, Lépanges, Ménil-sur-Vair, Padoux, Rancourt et Rambervillers. On célèbre sa fête le 7 octobre.
Bibl. : L’Hôte (Abbé).- La vie des saints… du diocèse de Saint-Dié, tome I., p. 93-105.
Laurent (Chanoine André).- Saints de chez nous…, p. 209-213.
[Pierre Heili]