1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
EUCHAIRE.- Euchaire, né probablement à Grandesina, où son père Baccius, noble romain, exerçait des fonctions administratives, avant d’en aller exercer d’autres à Solimariaca, fut élevé, comme son frère Elophe, et ses soeurs, Libaire et Menne, dans les principes de la foi chrétienne.
Il se voua au ministère sacré, devint prêtre, et, selon la tradition, confirmée par les livres de l’ancienne liturgie touloise romaine, évêque de Grand. Avant d’être ruinée par les Barbares, pourquoi cette ville n’aurait-elle pas eu son évêque ? Il n’est pas nécessaire de supposer la translation de son siège épiscopal à Toul : chacune de ces deux cités pouvait avoir son prélat.
Comment, en ce cas, rendre compte de sa présence à Pompey, sur les bords de la Meurthe ? On a pensé qu’il pouvait être évêque régionnaire ou missionnaire : ce qui n’est pas probable, après le règne des Constantins. Ne peut-on supposer qu’il ait fui la persécution, comme sa soeur Menne, selon le précepte du Seigneur ? N’a-t-il pas été saisi par les sbires des persécuteurs, et mis à mort où il se trouvait ?
Quoi qu’il en soit, il fut martyrisé près des rives de la Meurthe, et son corps, recueilli par les chrétiens, fut enseveli à Liverdun, dont il devint le protecteur contre les fureurs des Vandales. Ce lieu, est-il dit dans un diplôme du roi Dagobert, assiégé par les Vandales, fut sauvé par les reliques de saint Euchaire.
Au XIIe siècle, l’évêque de Toul, Pierre de Brixey, fit élever une église sur son tombeau ; soixante ans plus tard, l’évêque Gilles de Sorcy leva de terre ses reliques, et les plaça dans une belle châsse, que brisèrent, au XVIe siècle, les Luthériens, en profanant et brûlant ses ossements sacrés.