1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
HINGRAY (Charles-Joseph), libraire et homme politique
Remiremont, 24 octobre 1795 - Paris, 7 juin 1870

Il fait ses études de droit à Paris où il est reçu avocat en 1820. Il prend part à toutes les luttes du libéralisme sous la Restauration. En même temps, il fonde une importante maison de librairie et d’édition dans la capitale.
Sous la monarchie de Juillet, il s’associe à tous les efforts du parti radical et contribue par là, pour sa modeste part, au triomphe de la République en 1848. Élu colonel de la 10° Légion de la Garde Nationale, il est en effet cité, en tant que tel, pour sa conduite exemplaire lors des journées des 22, 23 et 24 février qui renversèrent Louis-Philippe.
Au même moment, il fonde à Paris le premier groupement spécifiquement vosgien, le
Club démocratique des Vosges, dont il est le président. Autour de lui se réunissent, deux fois par semaine, Boulay de la Meurthe fils, Albert Montémont, Victor Pégrou, Vadet, frère de l’imagier, Ballon, Guilgot, etc... En tant que libraire, il édite le
Catéchisme de l’homme libre de son compatriote Prosper Thomas.
Fort de sa réputation de démocrate, il se présente dans les Vosges aux élections pour l’Assemblée constituante et est élu représentant du peuple avec 66 977 voix. Dès lors, il siège parmi les modérés, vote en faveur de l’amendement Grévy, dénonçant l’institution d’un président de la République au suffrage universel, et généralement pour toutes les propositions démocratiques non socialistes. Il fait en 1849 une opposition vigoureuse à la politique de Louis-Napoléon, dont il signe la mise en accusation à propos de la campagne de Rome. Non réélu sous la Législative, il vit ensuite dans une retraite absolue, ne s’occupant plus que de ses affaires commerciales, ce qui lui vaut de ne pas être compris dans les proscriptions consécutives au coup d’état du 2 décembre 1851.
Cependant, fidèle à ses idées politiques et philosophiques, il sort de sa réserve en 1870 au moment du référendum sur l’Empire libéral. Alors qu’il était mortellement malade, il se fait porter au bureau de vote pour déposer un
non dans l’urne. Sur son lit de mort, il ordonne que ses funérailles soient purement civiles refusant ce qu’il appelait, aux dires de Pierre Larousse,
les hypocrisies de la dernière heure.
Bibl. : Larousse du XIX° siècle.
La Liberté de l’Est, juin 1950.