Nicolas CLAUDE

[ Celles-sur-Plaine (88), 11/11/1821 – Paris (75), 27/02/1888 ]

industriel

Député des Vosges (1871-1876). Président du Conseil général des Vosges (1872-1874, 1876-1879). Sénateur inamovible (1876-1888).

Biographie vosgienne

1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

CLAUDE Nicolas.- Sénateur, né en 1823 à Celles-sur-Plaine (Vosges).

Manufacturier, député en 1871, il fut élu sénateur par le département des Vosges en 1876. Il professe des opinions républicaines avancées. Il est un des fondateurs du Temps, auquel il a fourni de nombreux articles ; c’est un industriel s’occupant des questions économiques et commerciales. Il a fait partie du comité consultatif des arts et manufactures.

C’est un républicain modéré.

1882 — Annuaire des Vosges / Léon Louis

CLAUDE (DES VOSGES) Nicolas.- Né à Celles-sur-Plaine, le 11 novembre 1821, manufacturier à Saulxures-sur-Moselotte, ancien député, ancien président du Conseil général des Vosges, membre du Conseil supérieur des voies de communication, du commerce, de l’agriculture et de l’industrie, des caisses de retraite pour la vieillesse ; élu sénateur par 428 voix [le 8 janvier 1882, pour 9 ans].

Paris, boulevard Malesherbes, 11.

M. Claude des Vosges est inscrit à la gauche républicaine.

[Annuaire 1882, p. 143].

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

CLAUDE (Nicolas).- Né à Celles-sur-Plaine le 11 novembre 1821, N. Claude entra jeune dans les établissements Géhin, à Saulxures-sur-Moselotte et s’éleva par son mérite ; il devint directeur, puis associé, puis propriétaire de cette importante manufacture.

Un des fondateurs du Temps avec Nefftzer et Seinguerlet, en 1861, il donna de nombreux articles industriels et économiques à ce journal, ainsi qu’à d’autres publications.

Ce n’est qu’au lendemain de la guerre contre l’Allemagne qu’il entra dans la vie politique. Maire de Saulxures, il fut élu, le 8 février 1871, député des Vosges à l’Assemblée nationale, le 3e sur 8, par 20 505 voix ; à Bordeaux, il vota contre la paix et donna sa démission avec les autres députés des Vosges ; il la reprît sur les instances de ses collègues. Il conquit bien vite une place à part dans l’Assemblée. Son jugement droit, son ferme bon sens, sa parole claire, chaleureuse, et son inaltérable bonne humeur lui concilièrent beaucoup de sympathies. Siégeant au centre-gauche, il fut, à l’Assemblée de Versailles, un des plus solides appuis des idées républicaines et soutint la politique de M. Thiers.

Conseiller général des Vosges pour le canton de Saulxures, le 8 octobre 1871, il fut constamment réélu, le 4 octobre 1874, le 1er août 1880, et le 1er août 1886. Il fut président du Conseil général en 1877 et en 1881.

Aux élections générales, il fut élu, le 30 janvier 1876, sénateur des Vosges le 1er sur 3, par 329 voix contre 294 à M. Buffet. Au Sénat, il suivit la même ligne politique ferme et modérée et joua un rôle important dans les discussions de la haute Assemblée. Réélu sénateur des Vosges, le 1er sur 3, par 428 voix contre 173 à M. Charles de Ravinel, le 8 janvier 1882, il consacra son activité à combattre le fléau de l’alcoolisme par une propagande incessante et éclairée, par des brochures, des conférences ; c’est une oeuvre qui restera.

Elle fut malheureusement interrompue par sa maladie. N. Claude est mort à Paris, dans la nuit du 27 au 28 février 1888. L’école de laiterie et de fromagerie de Saulxures, dite École Claude (des Vosges) est due à sa générosité.

Son frère, M. Joseph Claude, a écrit un livre estimé sur les finances de l’Égypte, où il a longtemps résidé ; il a été quelque temps directeur du journal Le Télégraphe.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

CLAUDE (Nicolas), industriel et homme politique
Celles-sur-Plaine, 11 novembre 1821 - Paris, 27 février 1888

Nicolas Claude. Nicolas Claude est issu d’une famille modeste. Son père est boulanger à Celles-sur-Plaine. Devenue veuve, sa mère ouvre une auberge. Il est l’aîné de quatre frères. Ses études ont pour cadre le petit séminaire de Senaide, situe près de Lamarche. Il n’obtient pas de diplôme, mais il acquiert une aisance de plume remarquable.

Cette qualité lui permet de devenir clerc d’avoué puis, après avoir été exempté du service militaire, d entrer à vingt-deux ans dans la manufacture Géhin, de Saulxures-sur-Moselotte. Recruté comme comptable, il est bientôt chargé de l’instruction d’Auguste et d’Ernest, fils de Jean Thiébaut Géhin, patron de cette entreprise, disparu au début de 1843. Il les accompagne ensuite à Strasbourg où ils terminent leurs études.

Quand ses élèves sont suffisamment âgés, il revient au bureau de la manufacture. Il travaille également dans les ateliers à titre de contremaître. Il accueille avec enthousiasme l’avènement de la Seconde République et il sympathise avec les membres du Club des Travailleurs qui est fondé à Saulxures par des mécaniciens, des agents de maîtrise et des ouvriers. Le coup d’État du 2 décembre 1851 brise ses espérances.

Au fil des années Nicolas Claude gravit les différents échelons de la hiérarchie. Il devient finalement directeur des usines du groupe textile de Saulxures, qui appartient à Elisa Mathieu, veuve de Jean Thiebaut Géhin.

Il se lance ensuite dans le journalisme. En 1861, il ressuscite le journal Le Temps qui avait cessé de paraître en 1842. Dans ses colonnes, il critique le gouvernement impérial et il publie de nombreux articles économiques et industriels fort remarqués. Il lutte contre les importations temporaires de tissus étrangers avec Aimé Seillière et Nicolas Géliot, puis il devient l’un des fondateurs du Syndicat des industries cotonnières de l’Est en mars 1869. Il refuse ensuite toutes les compromissions avec le régime impérial.

Il entre officiellement dans la vie politique en 1870, quand il devient maire de Saulxures. Le 8 février 1871, il est élu député des Vosges à l’Assemblée nationale. A Bordeaux, il vote contre la paix et il dirige ensuite toutes les campagnes républicaines de cette époque. Il occupe une place à part au sein de l’Assemblée. Ses amis disent que son jugement droit, son ferme bon sens, sa parole claire chaleureuse et son inaltérable bonne humeur lui concilient toutes les sympathies.

Siégeant au centre-gauche, il est un des plus solides appuis des idées républicaines et il soutient vigoureusement la politique de Thiers. Élu conseiller général du canton de Saulxures, il est constamment réélu jusqu’en 1886. Il préside le Conseil général des Vosges de 1872 à 1874 et de 1876 à 1879. Lors des élections du 30 janvier 1876, il bat Louis Buffet.

Il entre ainsi au Sénat où il acquiert d’emblée une autorité incontestable. Il y préside à plusieurs reprises l’un des groupes de gauche. Réélu sénateur le 8 janvier 1882, il consacre une partie de son activité à combattre l’alcoolisme par des conférences et la publication de brochures. Son Enquête sur la consommation de l’alcool est appréciée tant en France qu’à l’étranger.

Maire de Saulxures durant l’occupation allemande, Nicolas Claude garde son sang-froid. Il risque chaque jour sa liberté et sa vie en assurant la protection de la population dont il s’est constitué le défenseur. Il multiplie les démarches auprès des officiers prussiens pour avoir raison de leurs réclamations exagérées.

Pendant ce temps, il est devenu l’associé de madame Géhin, qui a perdu ses fils et qui le choisit comme légataire universel quand elle rédige son testament. A la suite de sa disparition survenue le 26 novembre 1876, il hérite de la plus grande partie de sa fortune estimée à 15.000.000 de francs et de ses usines de Saulxures. Marie-Anne Géhin, nièce de la défunte et veuve de M. Galtier, obtient son château et des revenus insuffisants pour assurer l’avenir de ses deux filles. Son mariage avec Nicolas Claude permet la reconstitution du patrimoine de la famille Géhin.

Grâce à son énergie et à son esprit constructif, ce dernier place sa société, un moment menacée, à la hauteur des firmes similaires de la région vosgienne. Il entreprend de rassembler les membres épars de l’industrie textile régionale décimée par le traité de Francfort pour créer le Syndicat cotonnier de l’Est dont le siège est fixé à Épinal en 1872. Il préside jusqu’à sa mort cet organisme patronal, qui existe toujours. Georges Juillard son successeur dira de lui qu’il a été un économiste distingué et pratique, également éloigné des outranciers de la protection et des pontifes du libre-échange. Ses adversaires se plaisent à reconnaître sa courtoisie et sa modération, qui n’exclut pas la fermeté. Il se trouve au premier rang chaque fois qu’il est question de sauvegarder notre patrimoine industriel.

Par sa haute situation et sa compétence particulière, il devient l’un des plus hauts représentants du monde des affaires. Président de la Commission des Chambres de commerce à l’étranger, il est consulté comme un maître en ce qui concerne toutes les questions d’économie politique et sociale. Ses collègues font le plus grand cas de ses appréciations et de ses conseils.

Nicolas Claude est également le fondateur de la première école d’agriculture pratique de France. Établie à Saulxures, elle est spécialisée dans l’enseignement de la laiterie et de la fromagerie. Jules Méline s’associe comme ministre à sa création.

Nicolas Claude repose dans la chapelle funéraire de la famille Géhin édifiée dans le cimetière de Saulxures, auprès de Jean Thiébaut Géhin, fondateur en 1825 de la première filature à moteur hydraulique de l’arrondissement de Remiremont, de son épouse et de leurs parents et successeurs.


Bibl. : Poull (G.).- L’Industrie textile vosgienne (1769-1987), 1982, p. 256 à 260 et 381 à 383 (Biographie de Nicolas Claude).
Barral (P.) et Henry (J.).- Le Parrain de Ferry et de Méline, Nicolas Claude, in Annales de l’Est, N° 1, 1987, p. 3 à 22.


[Georges Poull].

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