1856 —
Annuaire statistique et administratif des Vosges / Charton fils
VALENTIN Henri, dessinateur.- Henri Valentin est né à Celles, de parents peu aisés ; aussi ses commencements furent-ils difficiles, et, comme beaucoup de nos plus célèbres artistes, ne dut-il ses succès qu’à sa persévérance et qu’à son énergie. Pour arriver, il lui fallut se faire lui-même.
A vingt ans, il partit pour Paris, et sans guide, sans soutien, seul dans la grande ville, il sut, au bout de quelques années, se créer une position honorable dans le monde artistique. Mais ses succès, il ne les obtint qu’au prix d’amers déboires, d’obstacles sans nombre. Lorsque, sorti victorieux de la lutte, il osa regarder derrière lui, son coeur se serra au souvenir des difficultés vaincues, des amertumes passées, et il resta sous le poids d’une mélancolie qui ne le quitta plus. Peut-être est-ce là le germe de la maladie qui nous l’a ravi si tôt.
Un homme d’esprit, M. Philipon, le fondateur du Charivari, du Journal pour rire, etc., entendit parler du talent du jeune dessinateur ; il l’alla voir et lui demanda un spécimen de son savoir-faire. Séduit par la grâce et la finesse de son crayon, il n’hésita pas à lui confier un travail important pour un début. Il s’agissait de mettre en action, d’illustrer une série de proverbes populaires. Valentin s’acquitta si bien de sa tâche que la publicité s’empara de son nom pour l’inscrire parmi ceux de nos artistes les plus distingués. Depuis cette époque, sa réputation ne fit que grandir. Mais le succès ne diminua pas son infatigable ardeur. C’est alors, dit un de ses amis, qu’on le voyait assis à sa table de travail depuis sept heures du matin jusqu’à huit heures ou neuf heures du soir. Aussi ne faut-il pas songer à donner l’énumération des oeuvres qui sortirent de son crayon ou de sa plume.
Après un pareil début, suivi de travaux plus importants, il ne faut pas s’étonner de voir l’Illustration, cette oeuvre que tout le monde connaît, ouvrir ses portes à Valentin. Il en devint bientôt le principal et souvent l’unique dessinateur. Le Magasin pittoresque eut quelquefois recours à lui. Mais sa gloire s’étendit plus loin que la France. L’Angleterre sut apprécier son talent hors ligne, et ses nombreux travaux le rendirent populaire parmi nos voisins d’outre-Manche. Valentin aurait voulu se livrer tout entier à la peinture; son crayon ne suffisait pas à son imagination ardente ; mais il a dû, comme tant d’autres. courber la tête sous le joug de la nécessité . Que voulez-vous ? disait-il à ses amis. Je n’étais pas assez riche : il fallait d’abord vivre. L’église d’Allarmont possède une des rares toiles sorties du pinceau de cet artiste. Il passa les dernières années de sa vie à visiter l’Afrique et l’Espagne, glanant çà et là de précieux matériaux pour une oeuvre qu’il n’a pu commencer. Dans ses longues pérégrinations, il contracta un mal qui jeta de profondes racines dans son organisation. Ramené dans les Vosges, il goûta pendant quelques jours le bonheur d’y revoir son vieux père, puis il partit pour Strasbourg réclamer les secours de la science. Mais les soins furent impuissants et rien ne put ranimer cette existence trop compromise.
Le 11 août 1855, au couvent de Sainte-Barbe, il fut enlevé par une attaque d’apoplexie séreuse. Il est mort dans toute la force de l’âge et du talent ; il avait 35 ans à peine. Suivant un désir qu’il a plusieurs fois manifesté, comme s’il eût pressenti sa fin prochaine, ses restes mortels ont été déposés dans le cimetière d’Allarmont, auprès d’une soeur chérie qu’il adorait et dont la mort prématurée avait été sa première et sa plus cuisante douleur. [1856].
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
VALENTIN (Henri), né à Allarmont, dans les Vosges, le 13 janvier 1820, avait, après des études faites au séminaire de Saint-Dié et poussées même jusqu’en philosophie, été destiné, par son père, vieux soldat blessé à Waterloo, à entrer dans les ordres ; mais, entraîné vers l’art par une vocation qui s’était manifestée dès son enfance, le jeune séminariste résolut d’abandonner la carrière ecclésiastique, et entra dans l’atelier de M. de Mirbeck, peintre à Saint-Dié.
Cet artiste reconnut bientôt que son nouvel élève n’avait, pour ainsi dire rien à apprendre de lui, et, sans vouloir même recevoir le prix de leçons qu’il ne pensait pas avoir données, il l’engagea à produire à Paris un talent qu’il devait trouver facilement à utiliser.
Il n’en fut cependant pas ainsi à son début. Arrivé à Paris à l’âge de dix-neuf ans, sans recommandations et sans protecteurs, Valentin, forcé de négliger le crayon qu’il maniait déjà si bien pour recourir à la plume, dut se résigner à donner des leçons d’écriture qui l’aidèrent à vivre jusqu’au jour où il put faire enfin, sous le patronage de Philippon, ses premiers pas dans la carrière qu’il était destiné à parcourir pendant un temps, hélas! bien limité. Occupé à improviser incessamment des croquis pour les nombreuses publications de la maison Auber, Valentin acquit bientôt, dans cet exercice journalier, une facilité de composition et une sûreté de main qui ne tardèrent pas à le faire remarquer et rechercher par l’Illustration, journal qui présentait un cadre plus large et plus sérieux au développement de ses éminentes qualités.
Le talent de Valentin se recommandait surtout par une observation vraie, fine et caractéristique des physionomies et des habitudes contemporaines ; par un sentiment inné du mouvement de la foule et de la disposition des masses populaires, et toujours par une élégance de composition dont nous rappellerons seulement, pour exemples (car il faudrait tout citer) le Public des loges et de l’orchestre du théâtre des Folies-Nouvelles, la Cérémonie d’inauguration du palais de l’industrie, les Oeufs de Pâques, la Paix et la Guerre, derniers chefs-d’œuvre de Valentin publiés par l’Illustration, et qui devaient être le chant du cygne de son jeune collaborateur.
Arrivé, par un travail persévérant, au bien-être et à la réputation, Valentin n’en était pas moins resté l’enfant des Vosges, et chaque année l’amour du pays le ramenait à Allarmont, où, selon ses derniers désirs, son corps a été transporté pour être réuni à la tombe d’une famille dont le bonheur était le plus vif intérêt de sa vie.
Henri Valentin n’était âgé que de trente-cinq ans lorsqu’il a succombé, dans la ville de Strasbourg, à une courte et douloureuse maladie qui l’avait saisi au moment où il se disposait à se rendre, avec son ami Félix Haffner, artiste strasbourgeois, à certaines eaux d’Allemagne jugées nécessaires au rétablissement d’une santé que des travaux trop assidus avaient malheureusement altérée plus que ne le pensaient ses amis et sa famille.
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
VALENTIN.- C’est [à Allarmont] que naquit, en 1820, l’habile dessinateur Valentin, qu’une mort prématurée, en 1855, empêcha de révéler tout son talent : il était l’élève de nos petits séminaires.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
VALENTIN (Henri).- Né à Allarmont le 13 janvier 1820, on le destinait à l’état ecclésiastique, mais il préféra les arts et fut élève du peintre de Mirbeck à Saint-Dié.
A 19 ans, Valentin alla à Paris et bientôt ses dessins ornèrent les principaux journaux illustrés, le Charivari, L’Illustration, le Journal pour rire, le Magasin pittoresque.
Il exposa aux salons de peinture quelques tableaux dont un se trouve à l’église d’Allarmont, mais c’est surtout comme dessinateur qu’il s’est fait connaître.
Sans doute, il aurait pris rang plus tard parmi les artistes éminents, mais il mourut épuisé à 35 ans, le 11 août 1855, au couvent de Sainte-Barbe, à Strasbourg.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
VALENTIN (Henry) , dessinateur, peintre
Allarmont, 10 janvier 1820 – Strasbourg, 11 août 1855
Issu d’une famille installée à Celles-sur-Plaine, Henry Valentin est le fils du charron Jean-Baptiste Valentin, devenu instituteur à Allarmont après une blessure reçue à Waterloo, et de Marguerite Bertrand. Il est destiné à la prêtrise et fait ses études au séminaire de Senaide et de Châtel-sur-Moselle jusqu’en 1837. Il entre alors au grand séminaire de Saint-Dié, il fait sa philosophie, mais n’a d’autre vocation que de dessiner. Le peintre E. de Mirbeck, au lieu de lui donner des leçons, lui conseille d’aller à Paris.
Il y arrive en 1839, mais ne peut suivre l’enseignement des beaux-arts faute d’argent. Après avoir travaillé dans une imprimerie, il est remarqué pour ses dessins par Philippon, l’actif créateur de la maison Aubert, qui l’engage en 1840 afin de dessiner des albums lithographiés.
Rapidement, Valentin acquiert une célébrité, due à la qualité de son travail, et il fournit des dessins pour des physiologies, pour le Musée des enfants, pour les Petits livres de M. le curé. Il donne également des dessins aux éditeurs d’ouvrages illustrés de gravures sur bois, où ses œuvres voisinent avec celles de Nanteuil, Baron, Français, Granville, Johannot, Janet-Lange, Gavarni ou Bertall.
Il fournit également des dessins au Magasin pittoresque. Mais de 1844 à 1855, il est surtout le principal dessinateur de L’Illustration, où plus de 1000 dessins ont été recensés. Il y donne une chronique illustrée de l’actualité et des reportages sous forme de série de petites vignettes, au retour de ses déplacements en province ou à l’étranger (Espagne, Algérie). Il fournit également des moralités, tableaux de mœurs sur la vie à Paris et en province, qui sont devenues des documents historiques. Il collabore également à Illustrated London News.
Il revient dans les Vosges chaque année et il y retrouve ses parents et ses sœurs, ainsi que son cousin Nicolas Claude, futur chef d’entreprise et homme politique (voir à ce nom). Il exécute des aquarelles et se remet à la peinture à lui qu’il souffre de ne pouvoir pratiquer régulièrement, étant toujours prisonnier de l’actualité. Néanmoins, il peint un Saint Léonard à huile pour l’église d’Allarmont.
Atteint de syphilis, il meurt d’une apoplexie séreuse à l’âge de 35 ans, célibataire, à Strasbourg. Il est inhumé auprès de l’église d’Allarmont, dans la même tombe que sa plus jeune sœur, Élisabeth, décédé en 1838 à l’âge de 17 ans.
Bibl. : Baumont (G.).- Notes sur Henry Valentin.- in Bulletin de la société philomatique vosgienne, tome LX, 1956, p. 64-69.
Conilleau (R.), Ronsin (A.).- Henri Valentin, illustrateur de la vie quotidienne en France de 1845 à 1855.- Barembach, 1982, p. 5-34.
[Albert Ronsin]