1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
SAVIGNY (Les seigneurs de), hauts et puissants barons, descendaient des comtes de Metz et de Lunéville, et les trois lions couronnés, lampassés de gueules qui brillaient, dorés sur leur bannière, disaient assez quel rang ils occupaient dans l’illustre chevalerie de Lorraine. Aimant à guerroyer, ils accouraient sur les champs de bataille au premier appel de leurs ducs, leur prêtaient le secours de leurs armes, et se distinguaient toujours par quelques actions héroïques. Gérard et Antoine de Savigny accompagnèrent le duc Antoine en Italie, et se trouvaient à la bataille d’Aguadel avec le roi François 1er ; Jean Gérard de Savigny était général des troupes du duc Charles III. En 1568, Georges de Savigny fut décoré par le roi Henri III, de l’ordre du Saint-Esprit ; le maréchal de Rosne, qui vivait au temps de la ligue, était de la maison de Savigny.
Les seigneurs de Savigny couvraient de leur protection la contrée qu’ils habitaient, et, dans les jours de danger, leurs vassaux se retiraient dans leur château, où ils étaient certains d’échapper au péril qui les menaçait. Le 8 octobre 1475, un détachement de maraudeurs bourguignons de l’armée de Charles-le-Téméraire, fut taillé en pièces par Haignard de Savigny, au village de Rugney, où il était venu fourrager.
Pour prix de l’abri qu’ils offraient, les seigneurs de Savigny se contentaient de recevoir tous les ans un chapon gras de chaque chef de famille.
Les barons de Savigny enveloppaient dans leur suzeraineté les villages de Savigny, Florémont, Vomécourt, Gircourt et même la ville de Charmes, où, comme grands baillis de cette ville, ils percevaient un impôt annuel.
Lorsqu’ils sortaient de leur manoir pour se rendre au tribunal des assises à Nancy, ou pour accompagner les ducs de Lorraine dans leurs expéditions, leur marche avait quelque chose de pompeux et de triomphal. Revêtus d’une armure étincelante et précédés de leur bannière portée par un écuyer, ils étaient montés sur des chevaux richement harnachés ; une troupe de cavaliers armés les suivait. Le beffroi du château annonçait leur départ, et à sa voix sonore, répondaient bientôt les sons argentins des cloches voisines. Les habitants s’assemblaient à la hâte sur les lieux que les barons devaient traverser, tant pour leur offrir leurs hommages, que pour admirer leur noble personne et leur fastueux entourage. Si les barons s’avisaient de passer par Charmes, l’airain du clocher signalait leur arrivée, et les échevins s’empressaient de leur présenter les respectueuses félicitations de la ville.
Dans d’autres occasions, les Seigneurs de Savigny cessaient de s’environner de cette pompe guerrière ; c’était lorsque les jours de fête venaient suspendre les travaux habituels de leurs vassaux, et permettre à ceux-ci de se livrer à d’innocentes récréations. Le château avait, il est vrai, un aspect formidable, mais ses environs étaient ravissants. On y rencontrait de majestueuses avenues d’ormes, de tilleuls et de marronniers ; de magnifiques jardins, des parterres embaumés, un parc immense, où le gibier n’avait à espérer qu’une trompeuse sécurité.
Or, les jours fériés, ces lieux délicieux étaient ouverts aux manants de Savigny et des alentours ; parés de leurs plus beaux habits, ils parcouraient ce merveilleux séjour dans tous les sens et se plaisaient à respirer le parfum des fleurs, à contempler la savante distribution des jardins, à mesurer de leurs regards la taille élancée des arbres ; ensuite ils venaient se grouper sous les fenêtres du château, à l’ombre des marronniers, et les jeunes garçons et les jeunes filles exécutaient en chantant les danses naïves du pays. Souvent les barons de Savigny, descendant de leur haute région, s’approchaient des danseurs et souriaient à leurs joyeux ébats. Souvent aussi ils daignaient s’entretenir avec leurs vassaux, écouter leurs plaintes, y faire droit sur le champ, et prononcer des sentences plus justes que celles de leurs baillis.
En dernier lieu, le château de Savigny appartenait au marquis de Choiseul, ministre de Louis XV ; il était encore entouré de toute son ancienne splendeur, mais aujourd’hui il n’en reste aucun vestige. Plus de riches appartements, plus de belles avenues, plus de jardins parfumés, plus de parcs giboyeux.
M. Thouvenin, de Mirecourt, est devenu, dans ces derniers temps, propriétaire de ces colossales ruines.
Le fossé a été converti en pré ; les moellons de la forteresse ont servi à la construction des maisons du voisinage et à l’entretien de la route, et la charrue passe sur le domaine des parterres et des promenades.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
SAVIGNY (Famille de)
L’importante famille de Savigny est une branche de la lignée des sires de Parroye. André de Parroye, son fondateur, sire de Hadonviller, est l’un des fils d’Aubert Ier de Parroye, chevalier, sire de Taintrux, et de Jeanne de Riste. Vassal de Ferry de Lorraine, sire de Plombières, dès mars 1289, ce personnage épouse Pollie de Fontenoy-Pulligny, héritière de la terre de Savigny. Tous deux sont mentionnés dans de nombreux documents ultérieurs et notamment dans les actes relatifs à leur désaccord avec l’abbaye de Remiremont à propos de la possession des dîmes de Oelleville et Juvaincourt. Ils sont excommuniés en 1304, puis absous en août 1305. André de Parroye meurt après mai 1318.
Warry de Parroye, chevalier, son fils, est cité à partir de mai 1339. Il s’intitule sire de Savigny en janvier 1341. Vassal du duc de Lorraine, puis du comte de Bar en raison des biens de son épouse Isabelle de Belrain, il est également excommunié quelques années plus tard. Quand il décède le jour des Rameaux 1353, il est inhumé dans l’église de l’abbaye de Beaupré, près de sa femme.
Leurs enfants sont les suivants :
- André de Parroye, chevalier (1344 – décédé avant 1359), époux de Catherine de Joinville qui ne lui donne pas d’enfant,
- Guillaume de Parroye, chevalier, auteur de la branche des seigneurs de Rosne et Belrain éteinte au XVIIIe siècle,
- Pollie de Parroye, épouse de Ferry de Clefmont, chevalier, seigneur de Thillombois,
- et Burnequin de Parroye qui suit.
Burnequin de Parroye, écuyer, est mentionné à partir de 1344. Quelques années plus tard, il abandonne définitivement le patronyme de ses ancêtres. De 1372 à son décès survenu avant mars 1382, il est appelé dans les actes Burnequin de Savigny. Jeanne de Ville-sur-Illon, sa veuve, figure parmi les fondateurs et fondatrices de la confrérie Notre-Dame de Sion en décembre 1396.
Leurs enfants sont : André de Savigny, écuyer, mort après 1392 et Warry de Savigny, qui suit.
Warry de Savigny, chevalier, devient très jeune conseiller du duc de Lorraine et sénéchal du duché. Il est aussi comme ses prédécesseurs sous-avoué de l’abbaye de Remiremont quant à ses possessions des bans de Longchamp et Ramonchamp. Il joue un rôle considérable au point de vue politique au cours des dernières années du règne du duc Charles II. Il trouve la mort le 2 juillet 1431 au cours de la célèbre bataille de Bulgnéville.
Jeanne de Chambley, son épouse, disparaît avant octobre 1426, après lui avoir donné deux enfants : Jacques de Savigny, qui suit, et Ferry de Savigny, chevalier, auteur des rameaux de Tonnoy, Dombasle et Valfroicourt.
Jacques de Savigny, écuyer, figure parmi les membres de la noblesse lorraine dès le 13 décembre 1425. Il est fait prisonnier au cours d’un combat en juin 1426. Il est ensuite nommé conseiller du duc René d’Anjou avant septembre 1435, puis maréchal de Lorraine avant mars 1438 et bailli de Vosge avant 1446. À ce titre, il contribue au maintien de la paix dans la région, durant l’absence du souverain lorrain. À la suite de sa disparition, survenue le 15 avril 1462, il est inhumé dans la chapelle Saint-Christophe de l’église de Charmes, qui devient à partir de cette époque le Saint-Denis de la famille de Savigny.
Marguerite d’Haussonville, sa femme, morte en janvier 1454, est inhumée dans l’église de l’abbaye de Belchamps.
Jacob de Savigny, fils des précédents, hérite de leurs possessions et notamment de l’importante forteresse de Savigny située à l’ouest de Charmes. Comme son père, il joue un rôle de premier plan en Lorraine et notamment au sein du Conseil de régence institué par le souverain de cet État. Quand celui-ci est envahi par les troupes de Charles le Téméraire, il figure parmi les seigneurs qui commandent l’armée levée pour les repousser. Il vient mettre le siège devant Lunéville en août 1476. Il se distingue ensuite lors du déroulement de la bataille de Nancy le 5 janvier 1477. Il est inhumé près de son père à Charmes quand il meurt en décembre 1483.
Il a épousé Jeanne de Haraucourt qui lui a donné les enfants suivants :
- Georges de Savigny, écuyer (1486–1503), époux d’Élisabeth de Saulx, qui ne lui donne pas d’enfant,
- Gérard de Savigny, seigneur de Sailly, célibataire (1486–1529),
- Jacquot de Savigny qui suit, Warry de Savigny, protonotaire apostolique, grand prévôt de Saint-Dié, doyen de Toul, conseiller du duc de Lorraine (1494–février 1528),
- Marguerite de Savigny, marié avec Jean de Sampigny, écuyer, puis avec Jean d’Anneville, chevalier,
- et Jeanne de Savigny, femme de Warry de Lucy, seigneur de Dombasle.
Jacquot de Savigny, chevalier, est mentionné à partir de 1486. Il entre en possession du château et de la terre de Monthureux-le-Sec, puis de la forteresse et de la seigneurie de Saint-Germain, héritage de Barbe de Bouzey son épouse. Quand ils décèdent avant 1523, ils sont inhumés à Herpont, en Champagne.
Plusieurs enfants sont nés de leur union :
- Guillaume de Savigny qui suit,
- Ferry de Savigny, écuyer,
- Jacob de Savigny, écuyer (1527–1535)
- et Jean de Savigny, écuyer.
Guillaume de Savigny est tout d’abord destiné à l’Eglise. Il devient chanoine, puis en 1522 chantre de Saint-Dié. Il abandonne ses bénéfices à la suite du décès rapide de ses frères. En juillet 1527, il s’intitule seigneur de Sailly et de Monthureux-le-Sec. À partir de cette époque, il siège très souvent parmi les nobles du bailliage de Vosge, aux Assises de Mirecourt. Il est armé chevalier avant le mois d’avril 1540. Trois ans plus tard, il rend hommage au roi de France pour sa forteresse de Thuillières. Il est nommé capitaine de Nancy en septembre 1547, puis bailli de Nancy en février 1549, chef du Conseil et chef des finances du duc de Lorraine. Quand il décède le 15 mars 1552, il est inhumé dans la chapelle Saint-Hubert de l’église de Charmes qu’il a sans doute fait reconstruire. On pouvait voir autrefois sa statue funéraire dans cet édifice.
Nicole de Maretz, son épouse, lui donne trois enfants :
- Georges de Savigny, qui suit,
- Jeanne de Savigny, épouse de Charles des Armoises, écuyer, seigneur de Richardménil,
- et Nicole de Savigny, maîtresse durant quelques années de Henri II, roi de France. Henri Monsieur, né de cette liaison, est à l’origine de la famille de Valois Saint-Rémy, à laquelle se rattache Jeanne de Valois Saint-Rémy, triste héroïne de l’affaire du collier de la reine à la fin du XVIIIe siècle.
Georges de Savigny, chevalier, est né vers 1530. Attaché à la Cour du roi de France, il est nommé pannetier ordinaire avant mai 1558, puis chevalier de l’ordre de Saint-Michel en 1563. À partir de cette époque, il sert dans l’armée royale en qualité de lieutenant de la compagnie de 40 lances des ordonnances placées sous la charge du comte Rhingrave. À ce titre, sa solde lui est versée de 1563 à 1566. En mai 1569, il est lieutenant de la compagnie d’ordonnances du marquis de Pont-à-Mousson. Il exerce encore cette fonction en octobre 1575. Quelques années plus tard, il revient en Lorraine. Le duc Charles II le nomme maréchal de camp est conseiller de guerre de son armée. Il décède entre la fin de 1602 et le début de 1603.
Nicole d’Haussonville, sa première femme, meurt en donnant le jour à son second enfant. Il se remarie avec Marguerite de Heu avant 1566.
Jean-Philippe de Savigny, fils aîné de Georges, est mentionné à partir de 1580. Six ans plus tard, il tue François de Choiseul, seigneur de Meuvy au cours d’une dispute. Ce meurtre ne l’empêche pas d’être nommé grand gruyer de Lorraine en avril 1588, puis bailli de Vosge en janvier 1589. Le duc de Lorraine lui fait don d’une des tours de Mirecourt en juillet de la même année. Il devient encore conseiller au Conseil privé de ce souverain et maréchal de camp de l’armée ducale avant avril 1591. Il meurt à Verdun, empoisonné par son cuisinier le 23 décembre 1591. Son corps, ramené à Mirecourt, est inhumé dans l’église des Cordeliers.
Marguerite de Beauvau, son épouse, lui donne les enfants suivants :
- N. de Savigny, tué en duel à l’âge de 18 ans au cours de 1605,
- Albert de Savigny, qui suit,
- et Marthe de Savigny, religieuse clarisse à Pont-à-Mousson.
Albert de Savigny est tout d’abord placé sous la tutelle de Georges de Savigny son grand-père. Il s’y trouve encore en novembre 1600. Sept ans plus tard, il s’intitule comme ses prédécesseurs baron de Monthureux-le-Sec et de Thuillières, seigneur de Savigny, Sailly, Haussonville, St-Germain et Esley. Le duc Henri II le nomme maître de sa garde-robe. Il le destitue ensuite sans raison pour donner cette charge au comte de Brionne. Cette disgrâce lui fait sans doute perdre la raison. À partir de 1624, c’est son épouse qui agit généralement en son nom. Elle obtient notamment du duc de Lorraine une rente annuelle de 1400 frs et une somme de 40 000 frs destiné à éteindre ses dettes de 1618 à 1619. Elle administre les biens de son mari jusqu’à sa mort. Celui-ci disparaît tragiquement. En 1636, il est jeté dans le puits de son château de Sailly par des soldats.
Claude de Choiseul, son épouse, ne lui a donné qu’une fille, Anne Chrétienne de Savigny, marié avec Edmond de Ravenel, marquis de Sablonnières, qui hérite de tous les biens de la famille de Savigny.
Bibl. : Poull (G.).- Catalogue manuscrit des actes de la famille de Savigny.
Poull (G.).- La chapelle Saint-Hubert de l’église de Charmes. 1970.
Poull (G.).- Le château et les seigneurs de Bourlémont.- Tome II, 1964, p. 265-269.
[Georges Poull]