1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
SABINE (Sainte) vivait au Xe siècle, à l’époque où les Huns pénétrèrent en Lorraine et ravagèrent le pays ; l’apparition de ces hordes sauvages dans la vallée de Remiremont y répandit l’épouvante, et les monastères surtout eurent à souffrir de leur vandalisme. Les religieuses du Saint-Mont abandonnèrent leur asile pour échapper à leur fureur, et Sabine, l’une d’elles, se retira sur la montagne du Gris-Mouton, une de celles qui cernent la ville de Remiremont, au lieu même où est bâtie la chapelle qui lui est consacrée, et y passa le reste de sa vie dans de saintes méditations.
Longtemps cette chapelle, visitée tous les ans par de nombreux pèlerins, et à laquelle un bref du pape Clément IX avait attaché des indulgences plénières, fut l’objet d’une vénération profonde ; mais les croyances superstitieuses ne tardèrent pas à se mêler aux pratiques religieuses. Il existe auprès de la croix de la chapelle une fontaine coulant au point même, où un écho sonore reproduit jusqu’aux plus faibles accents de la voix. C’est dans cet endroit qu’une sibylle consultée avec avidité par la foule, lui jetait autrefois ses oracles ambigus, et établissait sur les esprits un empire, dont elle abusait. Autrefois aussi, le 29 août de chaque année, des couples de jeunes garçons et de jeunes filles se rendaient à la chapelle de Sainte-Sabine, et, après les cérémonies sacrées, s’acheminaient vers la fontaine. La fidélité de chaque jeune fille était dans ce moment soumise à une éprouve solennelle ; leurs épingles, adroitement soustraites par les jeunes garçons, étaient jetées par eux dans l’eau. Si ces épingles surnageaient, la vertu des jeunes vierges était hautement proclamée ; sinon, un blâme public s’élevait contre elles.
On a renoncé à ces expériences absurdes et trompeuses depuis que les lumières se sont introduites dans les Vosges, et, si l’on consulte encore le devin de Sainte-Sabine, ce n’est plus que pour rire de ses réponses.
Cette épreuve des épingles avait gagné beaucoup de localités dans les Vosges, et on a remarqué que les fontaines dans lesquelles l’opération se faisait, étaient toutes situées dans des endroits solitaires.
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
Sainte SABINE.- Dès l’an 840, le rude climat de la montagne avait déterminé les religieuses du Saint-Mont à descendre dans le val, et à bâtir leur monastère sur la rive gauche de la rivière. Une invasion subite des Huns, en 910, dévasta le pays, et ces barbares incendièrent le couvent à peine construit, dont les religieuses se réfugièrent dans les montagnes.
L’une des pieuses vierges, nommée Sabine, s’égara dans les forêts, y fut surprise par ces ennemis féroces et odieusement massacrée : la piété du peuple éleva une chapelle au lieu de son martyre, sur les bords d’une fontaine, et le pape Clément IX accorda, au XVIIe siècle, une indulgence de sept ans aux pèlerins qui visiteraient cette chapelle.