Joseph CHARDIN

[ Fouchécourt (88), 07/05/1775 – Fouchécourt (88), 28/09/1839 ]

capitaine

Biographie vosgienne

1842 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1842 / Charles Charton

M. le capitaine CHARDIN.- M. Joseph Chardin, capitaine de voltigeurs à l’ancien 17e régiment d’infanterie de ligne, né à Fouchécourt , canton de Lamarche, le 7 mai 1775, y est mort le 28 septembre 1839.

Entré au service le 1er vendémiaire an 2, M. Chardin fut fait caporal le 1er messidor an 3, fourrier le 1er messidor an 12, sergent-major le 15 octobre 1806, adjudant sous-officier le 8 mars 1807, sous-lieutenant le 23 avril 1809, lieutenant le 21 septembre 1809, adjudant major le 27 mars 1812, capitaine sur le champ de bataille le 7 août 1812, chevalier de la légion d’honneur le 12 octobre 1812 et officier de cette légion le 17 octobre 1813, sur le champ de bataille.

M. Chardin prit part à 47 combats et à 37 grandes batailles, au nombre desquelles il faut remarquer celles de la campagne d’Italie eu 1799, d’Austerlitz en 1805, d’Iéna en 1806, d’Eylau en 1807, de Friedland en 1807, de Wagram en 1809, de Witepsk en 1812, de Smolensk en 1812, de la Moscowa en 1812, la prise de Moscou, la retraite de Russie, la bataille de Dresde en 1813. Dans cette longue période de combats ou batailles, il ne fut blessé que quatre fois, à Wagram, à Smolensk, à la Moscowa et à Wiesma.

Pour bien apprécier la rare intrépidité dont le capitaine Chardin était doué, nous citerons quelques-unes de ses actions. Dans la funeste campagne de 1812, le 17e de ligne, commandé par le général Thaler, avait été laissé de l’autre côté du Borysthène, à Orcha, dans la nuit du 25 au 26 novembre, pour protéger la retraite du brave des braves, le maréchal Ney, qui effectivement arriva à une heure du matin. Le 26, à 10 heures du matin, le régiment fut vivement attaqué. M. Chardin n’eut que le temps de réunir ses braves voltigeurs pour soutenir la brigade ; ils étaient au nombre de 90. A la faveur de quelques baraques couvertes de paille et d’un mamelon qui couvrait sa marche, il se porta avec sa compagnie au devant de l’ennemi. Pour lui imposer, il se mit à faire des commandements de général de division, tels que en avant tel ou tel régiment ; il fit sonner la charge par ses cornets ; on tira quelques coups de fusil, le tout ensemble fit un bon effet. Le capitaine s’empara de la hauteur dominant la tête du pont établi sur le fleuve. L’ennemi fut forcé de battre en retraite, quoiqu’il eût du canon monté sur des traîneaux et 15 ou 20 hommes au moins pour un. Les voltigeurs conservèrent leur position jusqu’au moment où l’ordre fut donné de se retirer. Alors ils quittèrent une petite chapelle qui leur servait de quartier général, et ils couvrirent leur retraite en brûlant les baraques de paille près desquelles ils repassaient. C’est ainsi que le capitaine Chardin sauva le 17e de ligne, mais il eut la douleur de perdre ses voltigeurs avant la fin de la campagne. Il ne ramena à Erfurt, où était le rendez-vous général de l’armée, que 1 sous-officier, 1 caporal, 1 cornet et 3 voltigeurs : tous les autres s’étaient fait tuer. A Erfurt, il recomposa sa compagnie avec 120 recrues.

C’est avec cette nouvelle compagnie que M. Chardin commença la campagne de 1813. La fermeté qu’elle montra la première fois qu’elle vit le feu est peut-être plus admirable encore que la bravoure des voltigeurs tués dans la retraite de Russie. En voici un exemple qui peut paraître incroyable.

Le 28 août 1813, l’ennemi était embusqué dans une forêt, à droite de la route venant de Bohème et allant à Paris. Pour empêcher son passage pour se rendre à Leipzig, on avait réuni 15 compagnies de voltigeurs du corps d’armée commandé par le général Vandamme. Le major Défalcont commandait ces 15 compagnies. Elles marchaient en silence et en colonnes serrées dans la forêt. La compagnie du capitaine Chardin était à l’extrême gauche : elle n’avait jamais vu le feu. Arrivés près de l’ennemi, les voltigeurs tombèrent dans une embuscade, le commandant ayant négligé de les faire éclairer. Ils furent accueillis par une si vive fusillade qu’ils furent mis en pleine déroute. Voyant la grandeur du danger et préférant être tué les armes à la main que dans le désordre d’une déroute, M. Chardin resta en place avec ses jeunes novices dans le métier des armes, et se retournant vers eux : Jour de Dieu ! s’écria-t-il, je couperai la tète au premier qui bougera. Il faut mourir glorieusement et sur place. Il avait deux braves officiers, MM. Hoffmann et Durand. Ces officiers tinrent ferme et pas un seul ne bougea. Les tirailleurs ennemis avaient déjà tué quelques hommes au troisième rang et notamment le plus bel homme de la compagnie, nommé Julien : Ce n’est pas encore mon tour, dit le capitaine , puisqu’on commence par les plus beaux. Alors il fit sonner la charge ; sa compagnie se battit avec un rare courage et donna le temps aux 14 autres compagnies de se rallier. L’ennemi, repoussé par cette volte-face, fut reçu par les voltigeurs du capitaine Chardin avec une intrépidité étonnante ; ils le poursuivirent avec une telle ardeur que, dans la fuite, ils lui prirent 2 pièces de canon.

Le lendemain 29, ce succès décida le général Vandamme à poursuivre l’ennemi jusqu’à Coulm. La compagnie de M. Chardin étant toujours à l’avant-garde valait les plus vieux soldats. Son impétuosité l’emportait souvent dans les rangs ennemis. Le brouillard était si épais ce jour-là qu’elle se jeta dans une masse de cavalerie qui avait mis pied à terre à la sortie d’un défilé. Le capitaine ayant remarqué que ses hommes étaient adossés à un bois, commanda un feu de file et à volonté, et dans le désordre, ses voltigeurs tuèrent autant de cavaliers qu’ils voulurent.

Le 30 du même mois, le corps du général Vandamme opéra sa retraite. Le colonel Susbielle donna à M. Chardin l’ordre de soutenir celle du 17e de ligne qui se trouvait à la gauche de la colonne. Pendant que le capitaine était aux prises avec l’ennemi, en tirailleurs et à la baïonnette, le régiment put effectuer sa retraite. Mais il ne lui restait plus que 25 voltigeurs : il les rallia, leur ordonna de bien charger leurs armes, de bien les épingler, et il se dirigea sur Pirna où était le rendez-vous. A la sortie d’un bois, il rencontra 60 prussiens en désordre. Il s’avança et les somma de se rendre à l’instant. Ils obéirent. Le capitaine fit casser les crosses des fusils de ses prisonniers et plaça ceux-ci au centre de sa petite colonne pour faire nombre. Il marchait ainsi depuis quelque temps, lorsqu’il rencontra encore 50 lanciers prussiens qui emmenaient prisonnier un général français. Il ordonna un feu de file, tua quelques lanciers, mit en déroute les autres et rendit la liberté au général.

Dans la continuation de la campagne, le corps d’armée dont faisait partie le 17e de ligne, fut placé sous le commandement du général Saint-Cyr. La compagnie du capitaine Chardin bivouaquait un jour dans le parc du brave et loyal roi de Saxe, lorsqu’il reçut des généraux Fezensac et Cassagne l’ordre de se porter en avant pour s’emparer d’un village éloigné de plus d’une portée de canon et qu’ils lui montraient du doigt : Capitaine Moustache (c’est le nom que les généraux et ses camarades avaient donné à M. Chardin), il faut enlever ce village sans brûler une amorce ; ce qui veut dire à la baïonnette. Le capitaine marcha au pas de charge sur l’ennemi qui l’attendait de pied ferme. Il essuya leur premier feu ; la balle qui devait le tuer ne fit que traverser son schako et coupa ses cheveux de telle sorte que sa tête, disait-il en racontant ce fait, fut aussi bien rasée que par le perruquier du régiment ; sur ce coup, il fit sonner la charge par ses cornets, s’empara du camp à la baïonnette, et la déroute de l’ennemi fut si complète qu’il abandonna 6 pièces de canon qui furent aussitôt enclouées. Dans cette campagne de 1813, la compagnie de M. Chardin fut renouvelée quatre fois, et son effectif, élevé à 275 hommes, se trouva réduit à 65, lorsqu’il fut fait prisonnier après la violation de la capitulation du général Saint-Cyr.

Les généraux Fezensac, Cassagne et le colonel du 17e de ligne, sous les yeux desquels les voltigeurs du capitaine Chardin avaient enlevé le village et pris 6 pièces de canon, avant d’en faire rapport à l’Empereur, demandèrent à cet intrépide officier ce qu’il préférait, du grade de chef de bataillon ou de la croix d’officier de la légion d’honneur. Le capitaine, content d’avoir fait son devoir, ne voulut rien demander ; il fut néanmoins nommé de préférence officier de la légion ; mais, par l’effet des événements qui se succédèrent depuis 1813, il ne put en recevoir le brevet que le 17 mars 1815, sous le règne de Louis XVIII.

Rentré dans ses foyers, le capitaine Chardin fut soumis a une mesure qui s’appliquait à tous les officiers en demi-solde et qui le blessa singulièrement. Il reçut le 31 mai 1817, du général commandant la 4e division militaire, l’ordre de couper ses moustaches, vieux témoins de ses exploits. Le 1er juin suivant, le capitaine Chardin, tout en obéissant à cet ordre par trop rigoureux, après avoir coupé une seule moustache et avant de couper la seconde, écrivit au général la lettre ci-après :

Fouchécourt, le 1er juin 1817.
Mon général, j’ai l’honneur de vous adresser une moustache que la politique du jour fait tomber ; je vous prie de croire qu’elle est sans peur et sans reproche. Elle a marché plus de 23 ans dans le sentier de l’honneur et de la gloire, sans avoir jamais eu d’autre ambition que celle de combattre pour les intérêts de mon pays et la gloire de l’Empereur.


M. Chardin remplit, pendant plusieurs années, les fonctions de maire de Fouchécourt. Après la révolution de juillet, il les quitta pour prendre celles de commandant du bataillon cantonal de la garde nationale d’Isches, qu’il conserva jusqu’à sa mort. Dans l’un et l’autre poste, il fut encore utile à son pays.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

CHARDIN (Joseph), capitaine de voltigeurs à l’ancien 17e régiment d’infanterie de ligne, né à Fouchécourt, canton de Lamarche, le 7 mai 1775. Entré au service le 1er vendémiaire an II, Chardin fut fait caporal le 1er messidor an III, fourrier, le 1er messidor an XII, sergent-major le 15 octobre 1806, adjudant sous-officier le 8 mars 1807, sous-lieutenant le 23 avril 1809, lieutenant le 21 septembre 1809, adjudant-major le 27 mars 1812, capitaine sur le champ de bataille le 7 août 1812, chevalier de la Légion d’honneur le 12 octobre 1812 et officier de cette Légion le 17 octobre 1813, sur le champ de bataille.

Chardin prit part à 47 combats et à 37 grandes batailles, au nombre desquelles il faut remarquer celles de la campagne d’Italie en 1799, d’Austerlitz en 1805, d’Iéna en 1806, d’Eylau en 1807, de Friedland en 1807, de Wagram en 1809, de Witepsk en 1812, de Smolensk en 1812, de la Moskowa en 1812, la prise de Moscou, la retraite de Russie, la bataille de Dresde en 1813. Dans cette longue période de combats et de batailles, il ne fut blessé que quatre fois : à Wagram , à Smolensk, à la Moskowa et à Wiesma.

Rentré dans ses foyers, le capitaine Chardin fut soumis à une mesure qui s’appliquait à tous les officiers en demi-solde et qui le blessa singulièrement. Il reçut, le 31 mai 1817, du général commandant la division militaire, l’ordre de couper ses moustaches, vieux témoins de ses exploits. Le 1er juin suivant, le capitaine Chardin, tout en obéissant à cet ordre par trop rigoureux, après avoir coupé une seule moustache et avant de couper la seconde, écrivit au général la lettre ci-après :

Fouchécourt, le 1er juin 1817.
Mon général, j’ai l’honneur de vous adresser une moustache que la politique du jour fait tomber ; je vous prie de croire qu’elle est sans peur et sans reproche. Elle a marché plus de 23 ans dans le sentier de l’honneur et de la gloire, sans avoir jamais eu d’autre ambition que celle de combattre pour les intérêts de mon pays et la gloire de l’Empereur
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1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

CHARDIN (Joseph).- Né à Fouchécourt le 7 mai 1775, il fit toutes les campagnes de la République, depuis 1794, et de l’empire au 17e de ligne, où il devint sous-lieutenant le 23 avril 1809, lieutenant le 21 septembre 1809, capitaine le 7 août 1812.

Décoré et blessé à la bataille de la Moskowa, le 12 octobre 1812, il était promu officier de la Légion d’honneur à Leipzig, le 17 octobre 1813. Mis en demi-solde en 1814 et retiré dans ses foyers, il est resté célèbre par la lettre qu’il écrivit en 1817 en réponse à l’ordre de couper les moustaches qui avait été intimé à tous les anciens officiers. Il fut commandant du bataillon de garde nationale d’Isches.

Le capitaine Chardin est mort à Fouchécourt le 28 septembre 1839.

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