Joseph Thomas AUBRY

[ Mirecourt (88), 21/12/1780 – Mirecourt (88), 14/03/1865 ]

capitaine

Biographie vosgienne

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

AUBRY (Joseph-Thomas), né à Mirecourt, le 21 décembre 1780, s’engagea volontairement à 18 ans.

Dans sa laborieuse carrière militaire, le capitaine Aubry eut des moments où il lui fallut déployer toute l’énergie de son âme bien trempée ; car, de 1798 à 1816, il parcourut tous les champs de bataille, et prit part à tous les combats qui ont illustré cette magnifique épopée. C’est en Italie, puis en Prusse, en Pologne, qu’il fit ses premières armes, puis en Autriche encore, et enfin en Russie.

Montebello, Marengo, Ulm, Mariazell, Austerlitz, Iéna, Czarnowo, Golymin, Heilsberg, Eylau, Friedland, Tengen, Abensberg, Schierling, Eckmull, Ratisbonne, Wagram, Mohilew, Vitepsk, Ostrowno, Krasnde, Smolensk, la Moskowa, telles sont les principales batailles auxquelles assista le capitaine Aubry. Il fut décoré de l’ordre de la Légion d’honneur sur le champ de bataille d’Eylau. Il y avait donc cinquante-huit ans qu’il portait sur sa poitrine l’étoile des braves.

Blessé d’un coup de feu au cou à Iéna, d’un coup de sabre au bras droit à Golymin, il fut atteint à la Moskowa d’un éclat d’obus au pied gauche et transporté à l’hôpital de Moscou.

Atteint du typhus avant qu’il ne fût guéri de cette dernière blessure, il ne put suivre l’armée dans son mouvement de retraite, et fut abandonné à la loyauté de l’armée russe.

Fait prisonnier dans ces circonstances, il fut conduit en Sibérie, et de Moscou même, après avoir assisté à l’incendie du Kremlin, il fut envoyé à Viatka, au milieu des neiges éternelles. Il resta sous ce ciel de glace pendant seize mois, et après des souffrances inouïes, il eut le bonheur de revoir la France.

Il avait assisté aux grandes fêtes de la Victoire. Il avait en ses jours de gloire et ses jours de misère : la coupe n’était pas vide.

Le 18 juin 1815, jour de deuil pour la France, le capitaine Aubry fut renversé d’un éclat d’obus qui tua son cheval et le blessa gravement au pied droit.

Waterloo fut sa dernière bataille. En 1816, plein de douleur comme tous ses compagnons d’armes, notre brave capitaine regagna ses foyers. Il resta fidèle à ses principes ; il aurait donné sa vie pour son pays, mais il ne voulut point reconnaître d’autre drapeau que celui qui était le symbole de la gloire, de la victoire, et qui avait flotté sur les plus hautes tours de toutes les capitales de l’Europe.

La Providence avait veillé sur lui pour nous montrer un jour cette grande figure, témoin des luttes suprêmes que nos pères eurent à souffrir pour conserver notre indépendance et rendre si glorieux le nom Français.

Doyen d’une nombreuse famille qui l’adorait, ami de nombreux amis qui l’aimaient, le capitaine Aubry fit les délices de tous par sa franche gaîté, par son entrain, par ses manières douces et patriarcales.

La modestie, chez lui, était une seconde nature ; en d’autres temps, on lui eût décerné la couronne civique, cette marque antique de la plus grande estime, que les Romains plaçaient sur la tête des citoyens d’une vertu éprouvée. Le capitaine Aubry est mort le 14 mars 1865, à Mirecourt, sa ville natale.

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