Charles Joseph ADAM

[ Nancy (54), 23/11/1812 – Sébastopol (Ukraine), 08/09/1855 ]

colonel

Officier de la Légion d’Honneur (1855).

Biographie vosgienne

1856 — Annuaire statistique et administratif des Vosges / Charton fils

ADAM Charles Joseph.- Camarade d’études du brave colonel Adam, dont le département des Vosges s’enorgueillit à juste titre comme de l’une de ses gloires, je veux essayer de retracer rapidement sa vie, si tôt et si glorieusement terminée.

Né à Nancy, le 23 novembre 1812, d’une famille vosgienne, son enfance fut bercée aux récits émouvants d’une époque guerrière à laquelle on touchait encore. Une tournure sérieuse de caractère, une grande facilité de travail, un besoin constant d’obtenir l’estime des autres, imprimèrent à ses études une impulsion sévère et forte qui réagit plus tard sur toute sa carrière militaire.

Il avait dix-sept ans lorsque la révolution de 1830, en plaçant une nouvelle dynastie sur le trône de France, sembla, aux yeux de l’Europe étonnée, remettre en question les traités de 1815. Une guerre européenne paraissait devoir être la conséquence de la situation nouvelle où nous étions placés. Une foule d’hommes jeunes, instruits, pleins d’ardeur et patriotisme, se jetèrent alors comme volontaires dans l’armée, où ils devaient plus tard occuper des places si honorables. C.-J. Adam fut de ce nombre. Après trois mois de réflexion que lui imposa sa famille, il entra, le 16 mars 1831, comme engagé volontaire dans le 20e régiment d’infanterie légère, presque entièrement composé de Vosgiens, et alors en garnison à Nancy.

Dès son début dans la carrière militaire, il fit avec ce régiment les campagnes de Belgique de 1831 et 1832 ; de retour en France après le siége d’Anvers où il s’était trouvé, il demanda et obtint de passer en Algérie où l’attendaient de si beaux et si honorables succès.

Il entra au 3e bataillon léger d’Afrique qui prit une part très active à la première période des guerres d’Algérie. Ce fut à cette époque, et dans les courts loisirs qu’il savait trouver entre deux expéditions, que C.-J. Adam commença à s’occuper de l’étude de la langue arabe, qu’il posséda plus tard d’une manière remarquable.

Après avoir assez rapidement obtenu ses premiers grades, il se trouvait sous-lieutenant depuis un an lors du siége de Constantine en 1837. Des plumes plus exercées que la mienne ont fait le récit de ce siége, l’un des plus grands faits d’armes de l’armée africaine. Après de longues fatigues et d’admirables efforts, l’assaut fut donné ; la mort du général de Danrémont avait électrisé l’armée, et on se précipita sur la place avec un admirable élan. La colonne d’assaut était commandée par le général Bédeau, alors colonel. Adam en faisait partie, et emporté par cette noble ardeur, qui chez lui s’alliait à un grand sang-froid, il s’élança sur un point vivement disputé, où au milieu du sang, du feu ou de la fumée, un drapeau arabe était défendu avec toute l’énergie d’un patriotique désespoir. Après une lutte acharnée, Adam s’en empare, et dans sa joie de soldat, il oublie presque qu’il l’a conquis au prix d’une glorieuse blessure. Ce beau fait d’armes lui valut la décoration de la Légion d’honneur et la satisfaction de présenter, après l’action, son drapeau au duc de Nemours.

La prise de Constantine avait ouvert à l’Algérie une voie nouvelle ; la conquête était devenue réelle ; il fallait administrer, gouverner les populations indigènes qu’on avait soumises, qu’on soumettait tous les jours. Les bureaux arabes devenaient entre les mains du maréchal Bugeaud de puissants moyens d’action.

Il fallait pour les diriger des officiers qui joignissent à la possession difficile de la langue arabe, des connaissances et aptitudes administratives, beaucoup de prudence pour ne pas froisser inutilement les vaincus, et une grande énergie pour les dominer.

On sait que les choix furent généralement heureux. Adam, alors capitaine, fut chargé de la direction des affaires arabes du cercle de Philippeville. Là, pendant cinq ans, il s’acquitta de ses fonctions délicates et laborieuses, de manière à justifier pleinement la confiance de ses chefs et à mériter l’estime et les sympathies des populations indigènes. J’en appelle aux souvenirs de ceux qui l’ont connu alors.

Le travail absorbant d’un bureau arabe ne lui faisait pas oublier qu’avant d’être administrateur il était soldat : il aimait la guerre, aussi demanda-t-il tout d’abord la faveur qui lui fut accordée, de prendre part à toutes les expéditions faites par le 3e bataillon léger, aux cadres duquel il n’avait pas cessé d’appartenir. C’est pendant cette période de sa vie qu’il fut cité dans les rapports officiels des 2 mai et 1er septembre 1843, pour sa belle conduite devant l’ennemi.

Il quitta les affaires arabes en avril 1848, pour aller prendre le commandement du 1er bataillon léger d’Afrique. Devenu chef de corps de bonne heure, il trouva dans l’équité de ses appréciations, dans son profond respect des droits acquis, comme dans ses connaissances spéciales, de puissants moyens d’action, qui lui donnèrent la plus complète influence sur les natures braves, hardies, mais un peu rudes, qu’il était appelé à commander.

Ce fut à cette époque qu’il eut l’avantage de servir sous les ordres immédiats de M. le général Pélissier, qui lui témoigna dès lors le plus bienveillant intérêt.

Après dix-neuf années passées en Algérie, il revint en France avec le grade de lieutenant-colonel au 52e de ligne. Il essayait à peine la vie de garnison lorsque la guerre d’Orient éclata. Le profond dévouement du colonel Adam à la personne de l’Empereur ; ses antécédents administratifs et l’avantage d’appartenir à cette glorieuse phalange africaine qui a fourni tant d’illustrations à l’armée, le désignaient comme l’un des hommes qui pouvaient rendre d’utiles services.

Il dut à l’estime particulière que M. le général de Saint-Arnault voulait bien lui accorder les importantes fonctions de gouverneur de la presqu’île de Gallipoli, alors choisie pour le point de réunion de l’armée expéditionnaire. L’activité, le zèle qu’il déploya justifiaient pleinement le choix qu’on avait fait de lui, lorsque le choléra vint exercer ses ravages à Gallipoli. Je ne peindrai pas après tant d’autres, notamment après la Revue, publiée sous le titre de la Russie et l’Europe, je ne peindrai pas, dis-je, l’admirable dévouement et l’énergique courage que déploya le colonel Adam dans ces tristes circonstances. Calme imperturbable au milieu du danger ; sagesse dans les mesures prises ; fermeté dans leur exécution, tout, dans sa conduite, lui donnait des droits à la gratitude des populations. Français, Anglais, Indigènes furent également l’objet de ses soins vigilants. La croix d’officier de la Légion d’honneur et l’ordre turc du Medjidié, dont le sultan le nomma commandeur, furent la juste récompense des services qu’il avait rendus.

A la fin de 1854, par suite de la marche des événements, la position de Gallipoli avait perdu de son importance ; le colonel Adam s’y trouvait à l’étroit. Il écrivait alors à sa soeur, confidente habituelle de ses impressions et de ses projets : Il n’y a plus rien à faire ici ; il m’est pénible d’y rester, tandis qu’on fait de si grandes choses en Crimée, et que mes camarades y endurent tant de privations et de fatigues. Ces deux lignes peignent l’homme de guerre tout entier !

Pour obtenir de passer en Crimée, il fit appel à la haute bienveillance de l’illustre général en chef qui luttait alors avec une énergie héroïque contre les difficultés sans nombre que lui présentait le climat, un hiver rigoureux et la défense puissante de l’ennemi.

Au mois de février 1850, le colonel Adam alla prendre, devant Sébastopol, le commandement du 27e régiment de ligne. Là, comme tant d’autres , il affronta les dangers journaliers de la guerre de tranchée. Son étoile le protégea d’abord, mais dans l’affaire importante du 16 au 17 juin, il fut grièvement blessé à l’épaule gauche, et, malgré les soins aussi éclairés que dévoués qui lui furent prodigués, sa vie fut longtemps en danger. Pour aider à sa guérison, M. le général Canrobert voulut l’envoyer à Constantinople, et, avec cette paternelle sollicitude qui l’a rendu l’idole de l’armée, il insista même beaucoup ; le colonel Adam se refusa à quitter momentanément le siége. Il voulait se trouver à l’assaut !...

Le 7 septembre, tous les ordres furent donnés pour l’assaut. Le colonel Adam était encore souffrant de sa blessure, son général lui fit demander ce qu’il comptait faire le lendemain : Prendre le commandement de mon régiment, répondit-il simplement. Il en fut ainsi ; le 27e de ligne faisait partie de la colonne de gauche, commandée par le général Mac-Mahon, qui avait pour mission de se porter directement sur le fort Malakoff, de s’en emparer et de s’y maintenir à tout prix. La France sait comment cet ordre fut exécuté !

Le 27e s’était couvert de gloire dans cette lutte de géants ; le colonel Adam, l’épée à la main et le bras gauche en écharpe, avait franchi la brèche à la tête de son brave régiment, que sa présence et son héroïque courage avaient électrisé. Déjà la position était enlevée, et établi dans Malakoff, il recevait et distribuait des félicitations, lorsqu’une balle ennemie vint frapper ce noble coeur au milieu de la joie et du triomphe, et briser prématurément cette vie si belle, si pleine, si grande d’avenir, et qui peut se résumer ainsi : 43 ans, 25 années de service, 36 campagnes !

Voilà le guerrier ; maintenant que dirai-je de l’homme ? Parent affectueux et dévoué, ami sincère et à toute épreuve, camarade plein de cordialité et compatriote d’une obligeance qui ne se démentait jamais, il devait à sa position, à son noble caractère et à l’extrême aménité de ses manières une foule de bonnes et hautes relations, qu’il employait sans cesse à rendre service aux militaires vosgiens de tous grades qui réclamaient son appui. Il serait difficile d’énumérer le nombre des familles qui ont eu recours à lui, à qui il a été utile, et qui attachaient à sa fortune l’espoir d’avenir de leurs enfants. Aussi la saisissante nouvelle de sa glorieuse mort causa-t-elle la plus douloureuse sensation , non seulement à Épinal, qu’habite sa famille, et où il passait lui-même les trop courts instants dérobés à son service, mais encore dans tout le département où sa mémoire restera parmi celles dont les Vosges s’honorent le plus !

Ses restes mortels reposent au sein de l’ancienne et inhospitalière Tauride, où les derniers honneurs lui furent rendus au milieu des regrets profonds de tous ceux qui l’ont connu et apprécié. Le général Vinnoy et le docteur Liard prononcèrent sur son cercueil de touchantes paroles, et les soldats de son régiment placèrent sur sa pierre tumulaire cette courte et glorieuse épitaphe :
Le 27e de ligne
A SON COLONEL CHARLES-JOSEPH ADAM,
Tué à Malakoff le 8 septembre 1855.
ANVERS.
CONSTANTINE.
SÉBASTOPOL.

[Notice signée : "S."].

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

ADAM (Charles-Joseph), est né à Nancy le 23 novembre 1812, d’une famille vosgienne.

Il s’engagea le 16 mars 1831 dans le 20ème régiment d’infanterie légère, composé presque entièrement de Vosgiens. Il fit les campagnes de Belgique de 1831 et 1832 ; il entra ensuite au 3ème bataillon léger d’Afrique ; il était sous-lieutenant depuis un an lors du siège de Constantine en 1837. C’est à ce siège mémorable qu’Adam s’empara, après une lutte acharnée, d’un drapeau arabe au prix d’une blessure grave. Ce beau fait d’armes lui valut la croix d’honneur. Après l’action, le sous-lieutenant Adam eut la satisfaction de présenter son drapeau au duc de Nemours.

Devenu capitaine et possédant d’une manière intime la langue arabe, on lui confia un bureau. Dans ce nouvel emploi il rendit les plus grands services au gouvernement. Il ne put néanmoins résister au désir de prendre part à toutes les expéditions faites par le 3ème bataillon léger, duquel, quoique administrateur, il n’avait pas cessé de faire partie. Il aimait la guerre, et en 1848 il obtint la permission de quitter le bureau arabe et fut nommé commandant du 1er bataillon léger d’Afrique. C’est à cette époque qu’il servit sous les ordres immédiats du général Pélissier.

Il revint en France après dix-neuf années passées en Algérie avec le grade de lieutenant-colonel. A peine avait-il passé quelques mois de la vie de garnison, que la guerre d’Orient éclata. Le général de Saint-Arnauld, qui avait su apprécier toutes les qualités d’Adam, lui confia las importantes fonctions de gouverneur de la presqu’île de Gallipoli. Le choléra ayant envahi ce pays, Adam se dévoua aux populations, qui le considérèrent comme leur sauveur. C’est dans ce poste qu’il fut nommé officier de la Légion d’honneur.

Voici un fragment d’une lettre, qu’il écrivait de Gallipoli à sa sœur : Il n’y a plus rien à faire ici ; il m’est pénible d’y rester, tandis qu’on fait de si grandes choses en Crimée, et que mes camarades y endurent tant de privations et de fatigues.

Ses vœux furent exaucés, et au mois de février 1855, le colonel Adam alla prendre devant Sébastopol le commandement du 27ème régiment de ligne. Dans l’affaire importante du 16 au 17 juin, il fut grièvement blessé à l’épaule gauche. Le général Canrobert voulut l’envoyer à Constantinople, mais Adam refusa et voulut assister à l’assaut !...

C’est le bras en écharpe qu’on le voit, le 7 septembre, à la tête de son régiment faisant partie de la colonne de gauche, commandée par le général Mac-Mabon, qui devait se porter sur la tour de Malakoff et s’y maintenir à tout prix.

C’est dans cette lutte de géants, que le colonel Adam, l’épée à la main et le bras en écharpe, à la tête de son brave régiment, reçut une balle ennemie qui vint le frapper au cœur.

Adam avait 43 ans, 25 années de service et 36 campagnes.

Ses restes mortels reposent au sein de l’ancienne Tauride ; on lit sur sa pierre tumulaire :
Le 27e de ligne,
À SON COLONEL CHARLES-JOSEPH ADAM,
Tué à Malakoff le 8 septembre 1855.
ANVERS - CONSTANTINE - SÉBASTOPOL.

Quoique né à Nancy, le colonel Adam peut être considéré comme vosgien ; car il vint jeune à Épinal, et c’est dans les écoles communales de cette ville qu’il commença son instruction.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

ADAM (Charles Joseph).- Né à Nancy, d’une famille vosgienne, le 23 novembre 1812, le colonel Adam, tué sur la brèche de Malakoff, à 43 ans, aurait été une des illustrations militaires de notre département.

Après avoir fait ses études dans les écoles d’Épinal, il partit engagé volontaire le 16 mars 1831, à ce 20e léger qui comptait dans ses rangs tant d’officiers et de soldats vosgiens, entre autres, le futur général Colin (de Raon-l’Étape); le jeune Adam fit la campagne de Belgique et le siège d’Anvers en 1832, conquit ses galons de caporal et de sergent, puis passa aux zéphyrs que l’on organisait et fut placé au 3e bataillon d’infanterie légère d’Afrique, où il obtint l’épaulette de sous-lieutenant en 1836.

A la prise de Constantine, en 1837, il fut grièvement blessé en s’emparant d’un étendard arabe et fut, pour ce fait, décoré de la Légion d’honneur. Lieutenant au 3e zéphyrs, le 31 août 1840, capitaine le 20 avril 1842, il devint chef de bureau arabe et prit part néanmoins à toutes les expéditions faites par son où les Français firent des pertes cruelles, il resta quand même à la tête de son régiment. Le 8 septembre 1855, le bras encore en écharpe, il marcha à l’assaut de Malakoff, entraînant le 27e, l’épée à la main, pénétra le premier et fut tué d’une balle au cœur sur le théâtre de sa victoire.

Son fils, Charles-Félix Adam, né le 4 janvier 1854, sous-lieutenant de spahis, est mort à Médéah, le 29 mai 1885.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

ADAM (Charles-Joseph), colonel
(Nancy, 23 novembre 1812 - Sébastopol, 8 septembre 1855)

D’une famille vosgienne, il passe toute sa jeunesse à Épinal avant de s’engager le 16.03.1831 dans les rangs du 20e Régiment d’Infanterie légère. Après les campagnes de Belgique en 1831 et 1832, il entre au 3ème bataillon-léger d’Afrique. Sous-lieutenant, il est au siège de Constantine en 1837 ; il s’y empare d’un drapeau arabe au prix d’une grave blessure.

Il passe 19 années en Algérie et rend de grands services à la cause coloniale par sa parfaite connaissance de la langue arabe. Pendant la guerre de Crimée, il se voit confier par le général de Saint-Arnould, les importantes fonctions de gouverneur de la presqu’île de Gallipoli. Il s’attache la considération des populations locales en se dévouant auprès d’elles au moment de l’épidémie de choléra. En février 1855, il prend, devant Sébastopol, le commandement du 27e Régiment de Ligne. Blessé une première fois le 17 juin, il n’en prend pas moins part, avec le bras en écharpe et à la tête de ses troupes, à l’attaque de la Tour de Malakoff où il trouve la mort.


Bibl. : Le Vosgien.- Célébrités vosgiennes, 1866, p 279-281.


[Pierre Heili].

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