Charles François RAOUL

[ Liffol-le-Grand (88), 05/04/1759 – Neufchâteau (88), 15/06/1824 ]

général de brigade

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

RAOUL Charles François [Note].- Général, chevalier de la Légion d’Honneur, naquit à Liffol-le-Grand, près de Neufchâteau, le 5 avril 1759 ; il prit du service dès 1776 dans le 34e régiment d’infanterie, dit de Bassigny, et le quitta avec le grade de sergent en 1784, pour se retirer à Neufchâteau, où il s’établit.

La révolution réveilla son ardeur militaire ; et dès 1791, il s’enrôla dans le premier bataillon de volontaires des Vosges, fut immédiatement élu capitaine, quelques jours plus tard commandant en second, et l’année suivante commandant en premier du bataillon. C’est en cette qualité qu’il fit les campagnes de 1792 et de 1793 ; il se distingua dans la première, en enfonçant les portes de Spire et en y entrant de vive force à la tête de son bataillon, et dans la seconde, en perçant à Hocheim une forte colonne Prussienne, et en repoussant à Oberfleisheim un corps de cavalerie et d’infanterie, qui était parvenu à couper les derrières de l’armée française. Ces traits de courage valurent au commandant Raoul le grade de général de brigade, qui lui fut conféré en avril 1794.

Il servit successivement avec ce grade dans les armées des Pyrénées-Orientales, de l’Ouest, de Rhin et Moselle, d’Italie, de Batavie, etc. Il se signala par un grand nombre d’actions d’éclat ; je me bornerai à en citer quelques-unes des plus remarquables :

Au blocus de Charleroi, l’infanterie française allait être coupée par la cavalerie autrichienne. Le général Raoul s’élance à la tète de 80 grenadiers seulement, charge l’avant-garde ennemie, dégage l’infanterie et facilite sa retraite.

A l’armée des Pyrénées, il force la redoute d’Espegny et y entre le premier, suivi d’un maréchal des logis du 11e régiment de hussards. Ce coup de main, exécuté sous les yeux du général Moncey, fut suivi de la prise d’une autre redoute, celle d’Altubisea.

Étant en reconnaissance à l’armée de l’Ouest, À la tête de cinq ordonnances et de 8 carabiniers, il rencontre une colonne ennemie, forte de 600 hommes. Il se précipite sur elle avec la rapidité de l’éclair, y porte la terreur et le désordre, l’éparpille, lui enlève ses drapeaux, une partie de ses armes, lui tue 30 hommes et ramène plusieurs prisonniers.

Le général Raoul prit sa retraite en 1813 ; néanmoins il reprit du service pendant les cent jours, et réorganisa avec le général Privet la garde nationale d’Épinal. Il est mort à Neufchâteau, le 15 juin 1824, emportant l’estime et les regrets de ses concitoyens.

Deux des fils du général Raoul ont suivi sa carrière avec succès ; ils sont parvenus au grade de colonel, l’un d’un régiment d’artillerie, et l’autre de cuirassiers.

 

Note : Je dois à l’obligeance de M. V. Panichot, maire de Neufchâteau, tous les renseignements contenus dans cette notice.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

RAOUL (Charles-François), général, chevalier de la Légion d’honneur, né à Liffol-le-Grand le 5 avril 1759, mort à Neufchâteau, le 15 juin 1824.

Il entra au service en 1776, dans le 34e régiment de Bassigny, et en sortit en 1784, avec le grade de sergent. Il était à Neufchâteau lorsque la révolution éclata ; il s’enrôla dans le 1er bataillon de volontaires des Vosges et fut nommé capitaine. Il fit les campagnes de 1792 et 1793. Plusieurs traits de courage lui valurent bientôt le grade de général de brigade.

Il fit partie des armées des Pyrénées-Orientales, de l’Ouest, de Rhin et Moselle, d’Italie, de Batavie, etc. Les faits d’armes les plus glorieux sont mentionnés dans ses états de service ; sa bravoure et son sang-froid ont contribué, dans bien des circonstances, à plusieurs victoires. Le général prit sa retraite en 1813, mais il s’empressa de reprendre du service dans les Cent-Jours.

Les deux fils de ce brave militaire, ayant suivi la carrière de leur père, sont parvenus tous deux au grade de colonel.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

RAOUL.- Liffol a vu naître, en 1759, un enfant destiné à s’illustrer à la guerre. Dès l’âge de dix-sept ans, il avait embrassé la carrière militaire ; mais n’ayant pu atteindre qu’au grade modeste de sergent, il quitta l’armée en 1784.

En 1791, son ardeur se réveilla : il s’enrôla dans les volontaires des Vosges, fut nommé capitaine, puis commandant, puis colonel et enfin général. Brave à l’excès, Raoul se signala par des coups d’éclat en grand nombre, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Il se retira du service en 1813, vécut dans une retraite paisible, et mourut à Neufchâteau, en 1824.

Deux de ses fils ont suivi la carrière de leur père, et sont devenus, l’un, colonel d’artillerie, l’autre, colonel de cavalerie.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

RAOUL (Charles François).- Le général Raoul, père du général d’artillerie [Nicolas Louis RAOUL] et du colonel [Pierre François RAOUL], est né à Liffol-le-Grand le 5 avril 1759. Soldat dans Bassigny-Infanterie (plus tard 34e de ligne) en 1776, il quitta le service militaire en 1784 avec les galons de sergent et se retira à Neufchâteau.

En 1791 il reprit du service et fut élu, le 27 août 1791, capitaine du bataillon de volontaires de Neufchâteau devenu ensuite 1er bataillon de volontaires des Vosges. Lieutenant-colonel en second de ce bataillon, le 28 août 1791, il en devint lieutenant-colonel en 1er en 1793, prit part à l’expédition de Custine en Allemagne, pénétra le premier dans Spire, combattit à Hocheim et dans tous les combats de l’armée du Rhin.

Promu général de brigade le 2 avril 1794, il servit à l’armée des Pyrénées, à celle de l’Ouest, à celle de la Moselle, en Italie et en Batavie. Il fut nommé officier de la Légion d’honneur et prit sa retraite en 1813. Toutefois, en 1815, il coopéra avec le général Privé à reconstituer la garde nationale d’Épinal.

Le général Raoul est mort à Neufchâteau le 15 juin 1824.

1970 — La Liberté de l’Est

Comment un contestataire de la valse,
âgé de 14 ans,
mena un glorieux général en justice de paix


Cette histoire s’est passée sous la Révolution, le 10 prairial an IV (4 juin 1796). C’était le jour de la Fête nationale des Victoires. Le matin, toute la ville de Neufchâteau avait célébré la fête et mis à l’honneur le brave général Charles François Raoul, de Liffol-le-Grand. Ancien soldat du régiment de Bassigny-Infanterie, il s’était retiré à Neufchâteau en 1784 avec ses galons de sergent. À l’appel de la Patrie en danger, il était devenu capitaine du premier bataillon de Volontaires des Vosges. En 1793, il était lieutenant-colonel. Et cette année-là, il était général de brigade.

Le soir, à la maison commune, en avait organisé un grand bal patriotique. Et le général, en uniforme, n’avait pas manqué de s’y rendre et de se mêler très démocratiquement à la foule des danseurs. A un moment donné, l’orchestre joua une valse. Le général se mit à valser.

Il eut alors des contestataires. La valse n’était pratiquée en France que depuis 1790. Elle n’avait pas rencontré le même succès que la contredanse. La demi-douzaine de couples s’adonnant à la valse - alors très populaire en Allemagne -, rencontra une nette hostilité. On commença à crier : A bas la valse ! Cela fit scandale.

L’orchestre ayant fait une pause, le général demanda qui avait crié : A bas la valse !

Personne ne pipa mot, mais un gamin de 12 à 14 ans, assis sur un banc, le jeune Claude, fils du citoyen François Lefebvre, marchand à Neufchâteau, cria d’une voix perçante : A bas la valse et le valseur !

Le général Raoul fonça sur le gosse, lui administra une calotte, qui le fit tomber de son banc, l’attrapa par le collet, le mena jusqu’à la porte et l’éjecta sans autre forme de procès.

Les choses en seraient restées là si le citoyen Lefebvre, père du gamin, mis au courant par les autres contestataires, n’avait porté plainte par devant le citoyen Nicolas Monnoyer, juge de paix et officier de police de Sûreté, réclamant des dommages-intérêts.

Monnoyer, homme sage, décréta que l’affaire ne valait pas des poursuites correctionnelles. C’est donc en simple police, par devant Jean-Claude Bogard, juge de paix, que l’affaire se déroula (voir le détail de l’affaire dans le carton L-1225 des les Archives départementales).

Dix contempteurs de la valse témoignèrent pour le gamin (représenté par son père) : Ch.-Antoine Guillemin, marchand, et Catherine Berliet, 20 ans, Claude Chrétien, 17 ans, Hubert Naudin, 16 ans, Nicolas Vallois, 19 ans (fils du menuisier François Vallois), Jean Catottot, cordonnier, 29 ans, Vincent Chapier, 14 ans (fils du citoyen Nicolas Chapier), et le commissaire des guerres Thomas-Alexandre Gueulette, 44 ans.

Et voici le jugement de Salomon du président du tribunal de police municipale de Neufchâteau, rendu à l’audience du 16 prairial an IV (4 juin 1796) :

Considérant que les actions militaires du citoyen Raoulx (sic), rappelées dans un discours prononcé près de l’autel de la Patrie, le jour de la Fête des Victoires, même son grade distingué, méritent des égards, car quoique les hommes fussent tous égaux devant la Loi, il est dans l’ordre des choses que par respect pour la Souveraineté du Peuple, l’on doit considérer les individus qui sont investis de sa confiance ;
Considérant que si l’administration municipale n’avait pas omis de désigner des personnes pour maintenir la police dans le bal, le citoyen Raoulx n’aurait pas été forcé de se rendre justice lui-même ; Et qu’il n’a fait que ce que le citoyen Lefebvre père aurait sans doute fait envers son enfant, s’il eût été présent… ;
Qu’enfin une correction envers un enfant n’est pas une insulte… ;
Le Tribunal, sans s’arrêter à la plainte non plus qu’à la demande de dommages-intérêts, met sur le tout les parties hors de procès, et ce par jugement en dernier ressort.


Ainsi l’on en resta là. Le général Raoul poursuivit une brillante carrière, tant en Italie qu’en Batavie, prit sa retraite en 1813 et mourut, respecté de tous, à Neufchâteau, le 15 juin 1824.

Quant à la valse, elle a connu par la suite, elle aussi, une carrière étincelante, grâce à Johann Strauss et même aujourd’hui, quand on la danse, les plus fervents partisans du jerk n’y voient pas d’inconvénient.

Jean Bossu.

PS.- La vérité nous oblige à dire que le 3 juin 1794, le général Raoul fut suspendu de ses fonctions pour ivresse. Mais on n’en savait probablement encore rien à Neufchâteau, ni lui-même, ni l’administration de Mouzon-Meuse (tel était le nom de la cité sous la Révolution). On savait seulement qu’il avait bravement commandé les deux bataillons de la levée en masse des Vosges à l’attaque du camp de Nothweiller. Il fut réintégré deux mois après. Il n’en reste pas moins qu’à cette époque, le général buvait sec et que cela explique son irritation lors du petit scandale de la valse.


[La Liberté de l’Est, 10 juin 1970].

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

RAOUL (Charles-François), général de brigade
Liffol-le-Grand, 5 avril 1759 – Neufchâteau, 15 juin 1824


Engagé au régiment de Bassigny-Infanterie (futur 34ème de ligne) en 1776, il revient à la vie civile avec le grade de sergent en 1784 et s’établit à Neufchâteau. En 1791, il s’engage à nouveau et le 27 août 1791 est élu capitaine du bataillon des volontaires de Neufchâteau (1er bataillon de volontaires de Vosges). Il en est lieutenant-colonel en second, puis en premier en 1793. Il participe à la campagne du général de Custine en Allemagne ; il entre le premier à Spire, est présent aux combats de l’Armée du Rhin.

Promu général de brigade le 2 avril 1794, il est envoyé à l’armée des Pyrénées, puis à celle de l’Ouest, avant de servir à l’armée de Moselle. Il est ensuite de la campagne d’Italie, puis de celle de Batavie.

Il prend sa retraite en 1813, se retire à Neufchâteau, mais en 1815 il est appelé avec le général Privé pour la reconstitution de la garde nationale d’Epinal.

Il était officier de la Légion d’honneur.

Ses deux fils seront aussi officiers (voir notice Nicolas Louis Raoul et Pierre François Raoul).


Bibl. : Bouvier.– Biographie générale vosgienne, p. 496.


[ Albert Ronsin ]

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