Jean Frédéric OBERLIN

[ Strasbourg (67), 31/08/1740 – Waldersbach (68), 01/06/1827 ]

pasteur

Chevalier de la Légion d’Honneur.

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

OBERLIN.- Pasteur protestant, naquit à Strasbourg le 31 août 1740. Il n’avait que 27 ans, quand il vint se fixer au ban de la Roche, où il devait rendre son nom à jamais célèbre.

Malgré les louables efforts tentés par son prédécesseur, le ministre Steuber, le ban de la Roche était encore plongé dans les plus profondes ténèbres de l’ignorance. Aussitôt son arrivée, Oberlin se multiplie pour faire le bien : l’absence de communications avec les contrées voisines faisait du ban un pays pauvre et isolé au milieu de contrées florissantes ; il trace des routes au moyen desquelles tous les villages du ban peuvent communiquer avec Strasbourg et l’Alsace.

L’idiome des habitants de cette partie des Vosges était complètement ignoré des localités voisines ; il l’étudie afin de travailler plus sûrement à le faire disparaître. L’agriculture était presque inconnue, la nourriture peu abondante et malsaine ; il enseigne l’art de la culture, et fait naître, avec l’aisance, une vie plus puissante. Il lutte sans relâche contre l’ignorance, mal affreux sous lequel ce pays est courbé depuis que Dieu y a mis des habitants : il établit des écoles, choisit des maîtres, combat la superstition, le charlatanisme, fonde des bibliothèques, enseigne les sciences, les lois de la nature…

Le ciel, pour l’aider dans sa vieillesse, lui donna Louise Schepler, femme admirable qu’il avait recueillie orpheline, et qui, comme son bienfaiteur, devint grande et forte par le dévouement. Elle le seconda dans tous ses travaux, porta sa parole et ses secours dans les hameaux que le bon vieillard ne pouvait plus que rarement visiter.

Oberlin s’acquit une immense popularité ; le gouvernement plaça sur son coeur le signe de l’honneur ; il assista en quelque sorte à son immortalité. On lui offrit une position plus avantageuse, mais il refusa en répondant : Il y a trop à gagner et pas assez à faire.

Oberlin est mort le 1er juin 1827, après avoir vécu 60 ans au ban de la Roche, que son inépuisable charité a entièrement transformé. Il a publié un ouvrage sur le patois du ban de la Roche, et un travail intitulé : Propositions géologiques pour servir d’introduction à un ouvrage sur les éléments de la Chorographie, etc., Strasbourg, 1806.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

OBERLIN (Jean-Frédéric), ministre protestant, surnommé le Patriarche des Vosges, fut le bienfaiteur du pays du Ban-de-la-Roche en y répandant l’instruction, l’éducation, le travail, l’industrie et tous les moyens de moralisation.

La première Assemblée nationale déclara qu’il avait bien mérité de la patrie ; la Société d’agriculture de la Seine lui décerna une médaille d’or ; Louis XVIII le nomma chevalier de la Légion d’honneur, et, pour perpétuer sa mémoire, un monument funéraire lui fut élevé dans le village de Walderspach. Son portrait est conservé dans toutes les habitations du Ban-de-la-Roche, où il est resté pendant 60 ans, au milieu d’une population en quelque sorte prisonnière au milieu des roches et des forêts. Oberlin a ouvert des routes à travers les rochers, donna accès aux voyageurs ; et bientôt ce pays, jadis désert, devint une des plus florissantes contrées des Vosges.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

OBERLIN.- Ce village [Waldersbach] posséda, pendant soixante ans, un Samaritain charitable, dans la personne du ministre Oberlin, né à Strasbourg, en 1740. Nommé pasteur du Ban de la Roche, composé des cinq villages de Waldersbach, de Fouday, de Zolbach, de Bellefosse et de Belmont, il y déploya un zèle incessant et infatigable.

L’absence de communication avec les contrées voisines avait fait de ce ban un pays tout à fait isolé, demeuré pauvre au milieu de contrées florissantes : Oberlin y traça des chemins au moyen desquels tous ces villages purent établir des relations entre eux et avec les pays adjacents. L’idiome des habitants était ignoré des contrées même les plus voisines : il l’étudia pour se faire comprendre d’eux et leur faire comprendre le langage de leurs voisins. L’ignorance y était grossière : il établit des écoles ; il forma des maîtres ; il éclaira les esprits ; il forma les cœurs ; il fit régner la paix en corrigeant les moeurs.

L’agriculture y était presque inconnue : il enseigna l’art de cultiver la terre, et fit naître avec une honnête aisance une vie plus forte et plus abondante. Au nom du Christ, il initia ces âmes agrestes aux principes de la vie spirituelle, non pas en leur disant, selon le principe du Protestantisme : Voilà une Bible, lisez-la, et faites-vous une religion, mais en leur enseignant la foi chrétienne, en se constituant leur maître, en pratiquant le précepte du Sauveur : Allez et enseignez. Heureuse inconséquence de la part de ce pasteur, traditionaliste et non rationaliste.

Oberlin s’acquit une immense popularité. Les libres penseurs, dont il était certes loin d’être l’ami, enflèrent pour lui toutes les trompettes de la renommée, par le désir hautement avoué de faire pièce au catholicisme, et son nom, très honorable sans nul doute, et qui aurait pu se passer de tels hérauts, retentit dans tous les journaux du temps. Le gouvernement, ému de ce concert d’éloges, plaça le signe de l’honneur sur sa poitrine, et il l’avait mérité.

Une chose en particulier fait honneur à cet homme de bien, c’est que jamais il ne voulut se séparer de ses chers amis du Ban de la Roche. On lui offrit un poste plus avantageux, il refusa et donna pour réponse qu’il y aurait trop à gagner et pas assez à faire : c’était la charité catholique dans l’âme d’un prétendu protestant. Oberlin mourut en 1826.

Ce pasteur fut secondé dans sa mission par une pauvre orpheline, qu’il avait élevée, Louise SCHEPLER, qui fut pour lui une aide admirable dans sa vieillesse. Comme son bienfaiteur, elle fut d’un dévouement sans bornes : elle fonda la première salle d’asile qu’on ait vue en France et sacrifia toute sa vie au soin des petits enfants. L’Académie française lui décerna, en 1829, le prix Monthyon. Cette héroïne de bienfaisance mourut en 1837. Il est à remarquer que cette femme généreuse, pour être plus à l’aise dans ses oeuvres charitables, voua sa vie à la continence parfaite.

Ce que ces deux âmes ont fait de bien est ainsi dû, non pas au principe du Protestantisme, qui est une négation, mais à l’idée chrétienne, dont la floraison et l’épanouissement sont toujours plus ou moins vifs dans les personnes baptisées, qui n’ont pas abjuré l’Évangile. Oh! certes, de ces âmes chrétiennes à des libres penseurs, il y a la distance d’un abîme.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

OBERLIN (Jean Frédéric).- Né à Strasbourg le 31 août 1740, il se fit pasteur protestant, et dès l’âge de 27 ans, se fixa au Ban-de-la-Roche, contrée alors inculte et plongée dans l’ignorance.

Par son activité bienfaisante, le pasteur Oberlin transforma ce coin de terre ; il y créa des routes, enseigna l’agriculture, combattit l’ignorance, bâtit des écoles, appela des maîtres, groupa les élèves, fonda des bibliothèques et fit de ce pays isolé et sauvage l’égal des pays voisins.

Le bienfaiteur du Ban-de-la-Roche est mort à Waldersbach le 1er juin 1827 ; il était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 1er septembre 1819. Son buste en marbre est au musée d’Épinal.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

OBERLIN (Jean-Frédéric), pasteur et philanthrope du Ban-de-la-Roche
Strasbourg, 1740 – Waldersbach (Bas-Rhin), 1826


En 1767, il succéda à Jean-Georges Stuber comme pasteur de Waldersbach, alors dans le département des Vosges. Il y resta jusqu’à sa mort.

Il professa une spiritualité originale, influencée, entre autres, par Lavater et Mme de Krudener. Sa référence essentielle, cependant, restera toujours la Bible dont il ne cessa d’encourager la lecture et l’étude. Il en tira parfois des conséquences inattendues, allant jusqu’à dresser une liste des gens qui s’opiniâtraient à entretenir un chien de garde, ce qui lui apparaissait comme un manque de confiance en Dieu. Ennemi de toute frivolité, il poussait les paroissiens à l’austérité vestimentaire, le seul fait de séparer les cheveux par une raie relevant déjà pour lui de la vanité.

Sa profonde vie intérieure et son rôle religieux dans le Ban-de-la-Roche ne l’empêchèrent pas – au contraire - d’œuvrer pour améliorer l’existence matérielle des villageois. Dans le domaine agricole, il introduisit des variétés de cultures nouvelles et favorisa l’arboriculture. Ses diverses initiatives lui valurent la médaille d’or de la Société Royale d’Agriculture en 1818. D’autre part, grâce à la famille d’industriels Legrand, il put procurer aux habitants une ressource nouvelle : le tissage des rubans.

Désireux d’ouvrir sa paroisse sur l’extérieur, il fit aménager des routes et des ponts dont le plus connu est encore le Pont de la Charité. Ce souci d’ouverture se traduisit également dans ses relations avec les catholiques et dans la manière dont il accueillit la Révolution. Il fut toutefois incarcéré sous la Terreur, mais pour peu de temps.

Ses contemporains furent frappés par sa volonté de développer l’instruction et par sa pédagogie particulière. Ses efforts permirent à chaque village d’avoir une école et des maîtres compétents, sans compter les poêles à tricoter où les conductrices de la tendre enfance s’occupaient des plus petits. Les parents eux-mêmes étaient invités à des conférences, on proposait aux adultes la lecture de journaux même scientifiques et une bibliothèque de prêt.

En 1819, Oberlin fut décoré de la Légion d’honneur.

On présente souvent les gens du Ban-de-la-Roche comme de véritables sauvages misérables à qui il aurait apporté la civilisation. C’est de la caricature. Mais il est certain que l’action du pasteur Oberlin dans sa paroisse a introduit dans la vie des villageois une hygiène, une instruction et une aisance qu’ils n’avaient jamais connues. Quant aux sentiments qu’ils lui portèrent, ils sont bien traduits par la simple inscription de sa tombe : Papa Oberlin.


Bibl. : Leenhardt (C.).– La vie de J.-F. Oberlin, Toulouse, 1914.
Heinsius (W.).– Johann Friedrich Oberlin und das Steintal, Lahr, 1956.


[Gérard et Marie-Thérèse Fischer]

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