Claude GELÉE ou GELLÉE, dit LE LORRAIN

[ Chamagne (88), 1600 – Rome (Italie), 23/11/1682 ]

peintre, graveur

Biographie vosgienne

1845 — Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton

Ce village [Chamagne] s’honore d’être la patrie de l’immortel paysagiste Claude GELÉE, dit le Lorrain, né en 1600 et mort a Rome en 1682.

La maison où il reçut le jour existe encore, et se voit dans la rue qui conduit au pâquis communal ; elle a été occupée constamment par la famille de ce peintre célèbre, et les propriétaires successifs l’ont conservée telle qu’elle était à l’époque où il l’habitait ; elle appartient aujourd’hui à M. Gelée, adjoint de la commune.

La Société d’Emulation y a fait poser, en 1837, l’inscription suivante en lettres d’or sur une table de serpentine : Ici est né, en 1600, Claude Gelée, dit le Lorrain, mort à Rome le 23 novembre 1682.

M. l’abbé Lacaille, de Chamagne, a publié en 1831, sur Claude Gelée, une notice renfermant plusieurs détails inconnus, puisés dans la famille même du grand artiste et dans la tradition orale qui s’est perpétuée dans le pays.

Une autre notice sur Claude Gelée a été publiée par M. Charton dans l’Annuaire de 1835, et l’on doit à M. Voïard, un éloge historique de cet artiste (1839), ouvrage couronné par la Société académique de Nancy ; c’est ce que nous possédons de plus complet.

Le buste de Claude Gelée, dû au ciseau de feu M. Laurent, conservateur du Musée d’Epinal, se voit au Musée de cette ville.


[Tome 2, p. 92].

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

GELÉE Claude, dit Le Lorrain.- Paysagiste célèbre, naquit à Chamagne (arrondissement de Mirecourt) en 1600. Ses parents voulaient lui faire embrasser la profession de pâtissier ; mais Gelée, à qui cette perspective souriait peu, quitta la France, alla à Rome et entra au service d’Augustin Tassi, peintre renommé. Il pansait le cheval de son maître, faisait sa cuisine et broyait ses couleurs. Cette dernière partie de ses attributions lui donna le goût de la peinture ; il tenta quelques essais, mais ses commencements furent extrêmement difficiles, et son maître désespéra longtemps d’en faire un peintre même médiocre. Abandonné en quelque sorte à lui-même, il ne se découragea pas et triompha de tous les obstacles qui se multipliaient devant lui. Le peu d’argent que lui valurent ses premiers essais, le mit à l’abri de la misère et redoubla tellement son émulation, qu’il devint, en quelques années, le paysagiste le plus célèbre du monde.

Les tableaux de ce maître sont très recherchés [Note] ; ils sont la reproduction vraie et admirable des phénomènes de la nature.

Claude Gelée est mort à Rome le 23 novembre 1682. La maison où il reçut le jour existe encore. En 1837, la Société d’Émulation des Vosges y a fait placer l’inscription suivante, en lettres d’or, sur une table de serpentine : Ici est né, en 1600, Claude Gelée, dit le Lorrain, mort à Rome, le 23 novembre 1682.

Cette maison est actuellement habitée par M. Gelée, adjoint à Chamagne, descendant de la famille de l’immortel paysagiste.

Le Lorrain a formé de bons élèves ; on cite, en première ligne, Louis de Bernann, peintre célèbre, originaire de Nancy.

M. l’abbé Lacaille, de Chamagne, a publié en 1831 une notice historique sur Claude Gelée. On doit aussi à M. Voïart un éloge historique du Lorrain, qui a été couronnée par la Société académique de Nancy, en 1839.

La Société d’Émulation des Vosges, voulant honorer la mémoire de ce grand artiste, a décidé qu’une statue en bronze serait érigée en son honneur sur une des places publiques d’Épinal. Cette statue sera de M. Desboeufs, habile sculpteur à Paris.

 

Note : Il en existe malheureusement fort peu dans notre province. Le musée de Nancy en possède un d’une grande beauté, qui lui a été donné par M. de Saint-Haussant. J’en ai vu un autre dans la collection lorraine de M. Noël. Le musée des Vosges, si riche en tableaux, n’a rien du Lorrain.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

GELEE (Claude). Claude Gelée, dit le Lorrain, naquit à Chamagne, canton de Charmes-sur-Moselle, en 1600. Ses parents, voyant qu’il n’apprenait rien aux écoles, le mirent en apprentissage chez un pâtissier.

Après y avoir fait son temps, il alla à Rome, où n’ayant pu trouver à gagner sa vie, il se mit au service d’Augustin Tasse [Note], pour lui broyer ses couleurs, nettoyer sa palette et ses pinceaux, panser son cheval, et faire sa petite cuisine ; car Tasse était seul dans sa maison.

Ce maître, dans l’espérance de tirer de Gelée quelques services dans le plus gros de ses ouvrages, lui apprit, petit à petit, quelques règles de perspective.

Le Lorrain eut d’abord beaucoup de peine à comprendre ces principes de l’art ; mais, lorsqu’il eut commencé à recevoir quelques petites rétributions de son travail, son esprit s’ouvrit ; et il se mit à travailler avec une ferveur opiniâtre : il était à la campagne, depuis le matin jusqu’au soir, à considérer les effets de la nature, à les peindre, ou à les dessiner.

Il avait la mémoire si heureuse, qu’étant de retour chez lui, il peignait avec beaucoup de fidélité ce qu’il n’avait fait que voir avec attention ; étant à la campagne, son divertissement était l’étude de la profession qu’il avait adoptée, et il ne voyait presque personne ; il avait de la peine à travailler, et était quelquefois huit jours à faire et refaire la même chose.

Quelque soin qu’il prit de dessiner à l’académie de Paris, il ne put jamais faire de figures de bon goût, pour accompagner ses paysages. Il est mort à Rome en 1682, à l’âge de 82 ans.

On a de Claude Gelée :
- Sacre de David.
- Débarquement de Cléopâtre.
- Fête villageoise.
- Port de mer au soleil couchant.
- Pas de Suze forcé par Louis XIII.
- Vue du Campo Vaccino.
- Siège de la Rochelle.
- Six marines et trois paysages ; tous ces tableaux sont au musée Impérial.
- Paysage italien (au Musée de La Haye).
- Marine (au Musée degl’Uffizi, Florence).
- Noces de Rébecca, tableau connu sous le nom du Moulin,
- Trois paysages (Palais, Doria, Rome).
- Marine.
- Nymphe Égérie (Musée degli Studi, Naples).
- Moïse sauvé des eaux (figures de Guillaume Courtois).
- Tobie et l’Ange.
- Vue du Colisée (figures de Filippo Lauzi).
- Embarquement de Ste Paule la Romaine.
- Deux paysages.
- Anachorète en prières (figures de François Allegrini de Gabio).
- Madeleine (Musée, del Rey, Madrid).
- Noces de Rébecca.
- Reine de Saba.
- Sainte Ursule.
- Simon conduit devant Priam.
- Réconciliation de Céphale et de Procris.
- Mort de Procris.
- Narcisse amoureux de lui-même.
- Agar dans le désert.
- Marine.
- Étude (National-Gallery, Londres).

Jamais le Lorrain n’a reculé devant les difficultés ; il s’en est imposé plusieurs que nul avant lui n’avait osé aborder.

Ainsi, non content de reproduire avec une étonnante vérité le cristal des eaux, la légèreté des nuages, la profondeur de l’horizon, il tenta et il réussit à exprimer l’humidité de la rosée, les vapeurs ardentes d’une atmosphère embrasée ; à montrer le soleil s’élançant du sein de la mer dans un ciel sans nuages, enfin à peindre cet astre déjà élevé dans sa carrière et remplissant les campagnes des flots de son éblouissante lumière.

Dans ces situations particulières, considérées avant lui comme impossibles à rendre, l’illusion va toujours croissant à mesure qu’on examine davantage ses tableaux ; et cette illusion, il la produit sans employer ces moyens prestigieux, ces brusques oppositions de clair et d’ombre et ces couleurs fortes et brillantes, ressources ordinaires des peintres moins expérimentés que lui dans l’art de rendre la nature avec toute la simplicité de son admirable beauté.

Gelée a très rarement traité ces grands mouvements, ces phénomènes terribles, ces fiers contrastes produits par des éléments déchaînés, et qui sont de tous les effets les plus faciles à saisir ; uniquement épris des scènes paisibles, des émotions douces, des plaisirs purs, ses pinceaux se sont plus spécialement appliqués à retracer ces instants où les plus beaux et les plus simples phénomènes de la nature, se développant sans effort sur des sites aussi riches en belle végétation qu’en nobles créations humaines, élèvent l’âme et la disposent aux douces rêveries du bonheur.

Si l’on concluait de ce qui précède que Claude Lorrain n’eut que le mérite de copier exactement la nature, on aurait une bien fausse idée de son talent ; car cet artiste a embelli tout ce qu’il a touché, et l’admirable caractère de naïveté, de grandeur, de magnificence tout à la fois, qu’il a imprimé à ses ouvrages, est peut-être moins le résultat de la fidélité de ses souvenirs, que le produit de la richesse de son imagination et de la pureté de son goût.

Lorsqu’il se présente dans les ventes publiques des tableaux du Lorrain, ils sont aussitôt couverts d’or par les amateurs. Leur prix a toujours été croissant : tel qui s’est vendu 6 000 livres à la vente Gaigreat, a été adjugé 11 904 livres peu de temps après, à la vente Gaguy, et acquis ensuite au prix de 3 000 guinées.

Le duc de Bedfort en possède deux du palais Altieri à Rome, qu’il a payés 7500 guinées.

En 1806, deux pendants, qui avaient appartenu au prince de Bouillon, ont été vendus 800 guinées.

On estimait pas moins d’un demi-million les deux Claude Lorrain qui se voyaient à la Malmaison, et qui ont passé à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg.

Les dessins du Lorrain sont également en grand nombre et fort recherchés.

A sa mort, ils composaient six volumes, dont l’un intitulé Libro di Verita, contenait la copie au bistre, rehaussé de blanc, des tableaux qu’il avait exécutés pour les pays étrangers. Ce recueil fut acheté par le duc de Devonshire ; on l’a gravé en Angleterre avec succès ; aujourd’hui les exemplaires à belles épreuves en sont très rares.

Les dessins de Claude Lorrain sont surprenants pour le clair-obscur ; on y trouve la même entente de couleur et d’effet que dans ses tableaux. Il se servait de la plume pour en arrêter le trait, mais cette plume n’est ni belle ni propre, et parfois pochée ; souvent il épargnait le fond du papier pour n’avoir pas à le rappeler par du blanc au pinceau.

Il a gravé lui-même vingt-huit paysages de sa composition.

 

Note : Il étudia aussi à Naples sous Godefroi.

1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

LORRAIN, Claude GELLÉE dit LE.- Peintre, né à Château-Champagne (Lorraine), 1600-1682.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

GELÉE Claude.- A Chamagne, nous voulions visiter la maison modeste où naquit, en 1600, une des gloires de la peinture moderne, Claude, dit le Lorrain.

Jamais, dit-on, le jeune Claude ne put apprendre ni à lire, ni à écrire : ce qui n’était pas rare en ces temps. Ses parents voulurent lui faire apprendre le métier de boulanger ; mais cela ne lui sourit point.

Une vocation secrète le tourmentait ; il quitta la Lorraine, s’en alla en Italie, et se mit, à Rome, en service chez le peintre Tassi. Il faisait la cuisine de son maître, soignait son cheval et broyait ses couleurs. En voyant travailler le peintre, ce pauvre garçon sentit s’éveiller en lui quelque chose, et il se dit : Anche io saro pittore !

Il se mit à l’oeuvre ; son patron l’aida ; il triompha de tous les obstacles, et il devint le premier paysagiste du monde. Nul n’a su comme lui reproduire, dans leur vérité et leur variété, les divers phénomènes de la nature. Ses tableaux sont extrêmement recherchés : il en existe malheureusement fort peu dans notre contrée ; le musée de Nancy en possède un seul, mais d’une ravissante beauté. La collection lorraine de M. Noël, de Nancy, en possédait un autre.

Le Lorrain mourut à Rome, en 1682.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

LORRAIN (Claude GELÉE, dit Claude le).- Né à Chamagne en 1600, c’est le plus grand nom artistique des Vosges.

Le peintre Claude Lorrain débuta par être pâtissier, puis valet du peintre romain Agostino Tassi. C’est avec son maître qu’il apprit les premiers principes de son art. Après bien des efforts, il atteignit à la perfection.

C’est un paysagiste de premier ordre qui peut rivaliser avec les plus grands maîtres de la nature. Il a consacré son pinceau plutôt à la reproduction de sites d’Italie que de paysages vosgiens. Ses oeuvres, très nombreuses, se distinguent par un sens vrai de la nature et une grande science de la lumière ; le manque d’études solides y apparaît quelquefois, mais le génie s’y trouve.

Claude Lorrain est mort le 23 novembre 1682, à Rome, où il a un monument élevé en 1836, par Lemoine, à l’église propriété de la France ; il est enterré à l’église Santa Trinita dei Monti.

Nancy peut lui élever une statue, mais sa vraie place est dans les Vosges, sur les bords de la Moselle.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

GELÉE (Claude) ou GELLÉE, dit le Lorrain, artiste peintre

Chamagne, 1600 - Rome, 1682


Portrait de Claude Gelée par Joachim de Sandrart. Claude Gelée vient au monde à Chamagne, village situé à quatre kilomètres au nord de Charmes, sur la rive droite de la Moselle. Sa famille est pauvre et il est le troisième fils d’un paysan qui meurt en 1612, après avoir eu cinq enfants. Il entre tout d’abord en apprentissage chez son frère aîné, graveur sur bois à Fribourg-en-Brisgau. Il est ensuite emmené à Rome par un parent qui est marchand de dentelles. Durant trois ou quatre ans, il étudie seul la manière de peindre de Michel-Ange et de Raphaël. A l’issue d’un séjour de deux ans à Naples, il revient dans la Ville Éternelle.

Pour vivre, il accepte de devenir le domestique d’un peintre âgé nommé Agostino Tassi qui lui apprend la perspective et lui donne de précieux conseils sur la manière de composer les paysages. En 1625, il visite Venise, puis il se rend en Allemagne et en Bavière. Il retourne ensuite dans sa famille à Chamagne avant de travailler à Nancy, durant une douzaine de mois avec le peintre lorrain Claude Deruet. En 1627, il se trouve de nouveau à Rome où il se lie d’amitié avec son collègue Nicolas Poussin. C’est à cette époque que le roi d’Espagne lui commande huit marines et paysages, dont cinq se trouvent actuellement au Musée de Madrid.

Monument de Claude Gelée à Saint-Louis-des-Français à Rome. Devenu célèbre, Claude Gelée commence son fameux Livre de Vérité, précieux album où il croque les modèles de la plupart de ses futurs tableaux. Le pape Urbain VIII, apparenté aux d’Anglure du château de Bourlémont, lui accorde sa protection et il est bientôt comblé d’honneurs. Il travaille sans arrêt jusqu’à sa mort. Il est inhumé tout d’abord en l’église de la Trinité des Monts, puis en 1840 dans l’église Saint-Louis des Français.

Ses paysages sont remarquables. Il nous montre une campagne pleine d’amour, de jeunesse et d’illusions. Il sait faire briller les splendeurs du jour et les derniers rayons du soleil couchant. Ses marines sont baignées d’une clarté paisible et douce. Ses ports sont ornés de monuments dont la magnificence est idéale. Ses eaux-fortes, ses gravures et ses dessins sont également très intéressants. Le roi Louis XIV possédait trois de ses paysages dans son cabinet de peintures. Un tableau du même genre ornera au XVIII° siècle l’une des salles du château d’Haroué.

Louis d’Anglure, futur archevêque de Bordeaux, qui remplace à plusieurs reprises l’ambassadeur de France auprès du pape, commande plusieurs tableaux à Claude Gelée, son compatriote. Il s’agit d’un Soleil couchant qu’il lègue à ses héritiers le 8 septembre 1694 quand il rédige son testament. Un autre tableau de Claude Gelée se trouve actuellement au musée d’Épinal. Il s’agit d’une vue des environs de Rome. Claude Gelée, qui avait appris le métier de pâtissier durant sa jeunesse, serait l’inventeur de la pâte feuilletée. Sa maison natale de Chamagne, classée monument historique, a été remise en état récemment. Elle sert de cadre à des expositions régionales.

Bibl. : Poull (G.).- Les Vosges, éditions France-Empire, 1985, p. 157 à 159.
Poull (G.).- Le Château et les seigneurs de Bourlémont, tome II, 1964, pages 101 et 102.
Vazemmes (F.).- Arts et gloire de Charmes et du canton, p. 212-224.
Rothlisberger.- Tout l’oeuvre peint de Claude Gellée, Flammarion.


[Georges Poull]

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