1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
ENGIBALD, ermite, fondateur du monastère d’Hérival
XI° siècle
Né à Remiremont, d’une famille riche, peut-être noble, il fait partie des prêtres hebdomadiers ou chanoines attachés à l’abbaye. Des revers de fortune, l’exemple des ermites du Saint-Mont (Anthénor, Sehère...), le désir, fréquent à cette époque, de sauver son âme en fuyant le monde, l’amènent à demander vers 1082 un coin de forêt à une lieue de Remiremont à l’abbesse Gisla
pour s’y retirer et y vivre seul sous le regard de Dieu.
Ainsi naît sous la forme d’un simple ermitage à l’endroit dit des Vieilles Abbayes ce qui deviendra le monastère d’Hérival. La réputation de sainteté d’Engibald attire vers lui des visiteurs venus solliciter ses conseils. Certains décident d’imiter son exemple et choisissent de mener la vie érémitique. Parmi eux se trouve son frère Wichard. Engibald donne à ses ermites un ensemble d’usages qui assure le partage de la journée entre la prière et le travail sans se référer à une règle précise. Ainsi se créait une observance originale appelée à survivre lorsqu’elle sera, au siècle suivant, codifiée dans les Statuts du prieur Constantin.
Non content de vivre dans un dépouillement total, le fondateur se met à prêcher une doctrine contraire à l’orthodoxie religieuse et recommande l’abstinence des sacrements. Jugeant tout homme indigne de les recevoir, il ne fait construire aucune église où les moines puissent seulement prier. C’est la raison d’une scission dans la jeune communauté. Sous la conduite de Wichard, certains cherchent un nouvel asile et fondent Bonneval en forêt de Darney. Engibald voit le vide se faire autour de lui. Ricuin de Commercy, nouvel évêque de Toul depuis 1107, intervient comme l’avait fait son prédécesseur Pibon, afin de faire comprendre au prêtre obstiné que sa doctrine avait un relent d’hérésie.
Cependant, peu avant sa mort, il se rend à Remiremont, y abjure ses erreurs et reçoit la communion, avant de mourir dans sa ville natale, le 7 août 1122. Son corps est enseveli près de la porte sud de l’église, dans la chapelle Saint-André, où il sera retrouvé en 1752, lors de la démolition de celle-ci pour la reconstruction du Palais abbatial. Une croix de plomb dans le cercueil de pierre permit l’identification.
Bibl. : Galli (dom A.).-
Hérival et son héritage, p. 4-53.
[Pierre Heili].