Jean Claude SOMMIER

[ Vauvillers (70), 22/07/1661 – Saint-Dié (88), 05/10/1731 ]

ecclésiastique

Ambassadeur de Lorraine auprès du Saint-Siège.

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

SOMMIER Jean-Claude.- Né en 1661, mort en 1737. Le nom de Sommier, simple curé dans les Vosges, perça à la cour du duc Léopold ; ce prince le nomma successivement son prédicateur, son conseiller, et grand-doyen du chapitre de Saint-Dié : employé dans plusieurs négociations, il en sortit avec succès et avec gloire.

La cour de Rome, pour laquelle il écrivit l’Histoire du Saint-Siège, 7 vol. in-8°, le combla d’honneur : Innocent XIII le fit Camérier ; et Benoît XIII le nomma archevêque de Césarée. On lui doit encore l’Histoire dogmatique de la religion, 6 vol. in-4°.

Sommier était boiteux. Des courtisans se moquaient de sa difformité : Raillez, messieurs, leur dit Léopold, je ne connais personne qui aille plus droit que lui.

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

SOMMIER Jean-Claude.- Archevêque de Césarée, évêque assistant du trône pontifical, grand prévôt de Saint-Dié, conseiller d’État, etc. , naquit à Vauvillers, frontière de Bourgogne, le 22 juillet 1661.

Il fit ses études à Besançon, où il se fit recevoir docteur en théologie et en droit ; il fut ensuite envoyé dans les Vosges, où il exerça les fonctions de curé à La Bresse pendant dix ans, à Girancourt et à Champ, près de Bruyères.

Sa réputation de savant étant arrivée jusqu’au duc Léopold, ce prince le nomma son prédicateur, et lui confia diverses missions diplomatiques très importantes à Venise, Mantoue, Vienne, Parme, Paris ; il fut envoyé trois fois à Rome avec le titre d’envoyé extraordinaire. Innocent XIII le fit son chambellan, et Benoît XIII le nomma archevêque de Césarée et voulut procéder lui-même à la cérémonie du sacre.

Voici à quelle occasion cette dernière dignité lui fut conférée : durant un séjour qu’il fit à Rome, le souverain pontife, qui faisait grand cas de ses travaux historiques, voulut savoir s’il était aussi heureux comme orateur, et le pria de parler devant le sacré collège. Le moment venu, Sommier monte en chaire et y reste sans prononcer une parole, dans l’attitude de la méditation. Le silence de Sommier devint bientôt une cause de malaise pour tout le monde ; et, pour mettre fin à des chuchotements où perçait l’ironie, Benoît XIII fut obligé de lui faire dire de commencer : J’attends, répondit Sommier, qu’il plaise à Sa Sainteté de me fournir le sujet de mon discours. Le pape proposa aussitôt la sainte Trinité, et l’étonnement qu’avait causé la réponse de Sommier, fit bientôt place à l’admiration la plus vive. Il fut tellement entraînant, l’émotion qu’il fit naître dans l’illustre assemblée fut si profonde, que le titre d’archevêque de Césarée lui fut immédiatement donné.

Sommier est auteur des ouvrages suivants :
- Histoire dogmatique de la religion ; 6 vol. in-4°, Champ, chez l’auteur, 1708.
- Histoire dogmatique du saint-siège ; 7 vol. in-8°, Nancy, 1716 et 1726, et Saint-Dié, 1728.
- Histoire de l’église de Saint-Dié ; Saint-Dié, 1726, in-8°.
- Éloge funèbre de Madame Eléonore d’Autriche, duchesse de Lorraine ; Toul, 1698, in-4°.
- Oraison funèbre de Charles V, duc de Lorraine ; Nancy, 1701, in-8°.
- Éloge de la princesse Charlotte-Élisabeth de Lorraine, abbesse de Remiremont.
- Apologie de l’histoire de Saint-Dié, contre le livre intitulé : Défense de l’église de Toul ; Saint-Dié, 1737, in-8°.

Sommier a fait imprimer en outre des mandements, des sermons et quelques pièces de vers. Ce savant historien était boiteux, contrefait et d’une physionomie qui, de prime abord, prévenait peu en sa faveur.

Il est mort le 5 octobre 1737, à la suite de coliques dont il souffrait depuis longtemps.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

SOMMIER Jean-Claude.- La desserte de cette église [de Champ-le-Duc] a été, pendant quarante-deux ans, illustrée par un savant écrivain, Jean-Claude Sommier, archevêque de Césarée.

Né à Vauvillers, sur les frontières de la Franche-Comté, en 1661, cet enfant se trouva, pour le corps, peu favorisé de la nature ; il était boiteux et contrefait, mais son âme avait été douée de dons merveilleux. Il fit ses études à Besançon, fut reçu docteur en théologie et en l’un et l’autre droit, et devint prêtre, avec dispense à cause de son infirmité. Le Sire de Vauvillers, qui était seigneur de Girancourt en Vôge, le fit nommer à la cure de ce village, d’où il passa en celle de la Bresse, qu’il garda dix ans, puis à celle de Champ-le-Duc.

Sa réputation d’homme supérieur arriva aux oreilles du duc de Lorraine, Léopold, qui le choisit pour son prédicateur, et l’abbé Sommier soutint merveilleusement sa renommée. Enchanté de ses talents, le duc lui confia diverses missions,à Vienne, à Mantoue, à Venise, à Parme et à Paris : sa cure était administrée par plusieurs vicaires. Trois fois le curé de Champ fut député à Rome, avec le titre d’envoyé extraordinaire, et le pape Innocent XIII le créa son camérier. Le digne curé s’était fait connaître par deux savants ouvrages : Histoire dogmatique de la Religion et Histoire du Saint-Siège, œuvres remarquables par l’absence de toute idée gallicane et janséniste.

Pendant une de ses missions à Rome, le pape Benoît XIII lui proposa un jour de prêcher en présence du Sacré Collège des cardinaux, et le curé de Champ accepta. Étant monté en chaire, il y resta, sans prononcer une parole, dans l’attitude de la méditation. Étonnement étrange ; on lui fait dire de commencer. J’attends, dit-il, qu’il plaise à Sa Sainteté de me désigner le sujet de mon discours. L’étonnement changea de caractère. Le pape proposa le mystère de la sainte Trinité. Bientôt la stupéfaction fit place à l’admiration : le prêtre vosgien fut tellement entraînant, l’émotion qu’il fit naître fut si profonde, que le souverain Pontife, à la descente de chaire, le nomma in partibus archevêque de Césarée.

Au retour de Rome, en 1725, il devint grand prévôt de l’insigne chapitre collégial de Saint-Dié, sans quitter sa cure de Champ-le-Duc. Cette paroisse constituait alors une espèce de principauté : la juridiction de son église comprenait une étendue de plus de quinze lieues de circuit. Elle embrassait trente-quatre villages, dont sept possédaient des chapelles vicariales à résidence, sous la dépendance du curé.

Outre les grands ouvrages cités plus haut, le savant prélat a composé l’Histoire de l’Église de Saint-Dié, des éloges funèbres, des sermons, des mandements et même des poésies. Ce prêtre éminent mourut en 1737, à l’âge de soixante-seize ans.

[… Il fit un] voyage à Rome, comme envoyé du duc Léopold, dans le but d’obtenir l’érection d’un évêché à Nancy et d’un autre à Saint-Dié. La diplomatie française fit échouer sa mission. Toul, Metz et Verdun, appartenaient à la France qui, par ce moyen, dominait toute la Lorraine pour le spirituel ; aussi jamais nos ducs n’avaient pu obtenir l’érection d’un évêché uniquement lorrain.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

SOMMIER (Jean-Claude).- Né à Vauvillers (Haute-Saône) le 22 juillet 1661, et élevé à Besançon, il devint prêtre, docteur en droit et en théologie et fut nommé curé de La Brosse où il resta dix ans ; il fut ensuite curé de Girancourt, puis de Champ-le-Duc, près de Bruyères.

Devenu prédicateur du duc Léopold et chargé par lui de missions diplomatiques, il fut nommé chambellan du Pape, puis archevêque de Césarée in partibus. Le duc de Lorraine le nomma conseiller d’État et grand-prévôt de Saint-Dié.

Il a laissé de nombreux ouvrages, entre autres une Histoire de l’Église de Saint-Dié, publiée en 1726.

Il est mort le 5 octobre 1737.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

SOMMIER (Jean-Claude), grand prévôt de Saint-Dié, ambassadeur de Lorraine auprès du Saint-Siège
Vauvillers (Haute-Saône), 22 juillet 1661 – Saint-Dié, 5 octobre 1731


Fils de Nicolas Sommier, bailli de la terre de Vauvillers anobli en 1712, décédé en 1716, et de sa mère issue de la famille Thouvenel de Remiremont, morte en 1717, Jean-Claude Sommier fait de bonnes études à Paris et à Besançon, puis suit les cours de théologie de l’université de Dôle. En 1685, jeune clerc, il est nommé curé de La Bresse sur présentation de l’abbesse de Remiremont, et il se rend au séminaire de Toul pour y recevoir les ordres.

En 1690, il devient docteur en théologie de l’université de Dôle. En 1695, il obtient la cure de Girancourt. Remarqué par l’évêque de Toul, il est envoyé à Paris pour se perfectionner dans l’art de la prédication. Il s’y lie avec le célèbre Nicole. La même année, l’évêque de Toul l’emploie comme secrétaire dans une affaire entre les abbés des abbayes vosgiennes de Senones, Moyenmoutier, Étival, Domèvre-sur-Vezouze, à propos des droits quasi épiscopaux soutenus par leurs abbés. La cure de Champ-le-Duc étant devenue vacante, le chapitre de Remiremont le présente pour cette cure. Il en est pourvu le 27 mars 1696.

En 1698, il est choisi pour prononcer l’éloge funèbre de Marie Éléonore d’Autriche, mère du duc Léopold de Lorraine, et celui du prince Charles V de Lorraine à Nancy le 11 mai 1700. Il est nommé prédicateur attitré de la cour. La même année 1700, il fait un voyage à Rome où il conçoit l’idée de son Histoire dogmatique de la religion. Reçu avocat en 1711, il est employé par le duc Léopold dans plusieurs négociations importantes à Venise, Parme, Mantoue, Paris et à Rome. Dans cette dernière ville, en 1716, il est chargé de négocier auprès du pape l’érection d’un évêché à Saint-Dié, territoire relevant immédiatement du Saint-Siège. Le pape, suite à l’enquête faite sur place par le nonce en Suisse, est favorable à cette élection, malgré l’opposition de la cour de France.

En 1718, Sommier retourne à Rome avec le titre de résident de Lorraine pour soutenir la cause de la Lorraine mais, devant la pression française, la Congrégation consistoriale remet la cause. En 1722, nouveau voyage de Sommier à Rome. Le pape Innocent XIII élève l’abbé Sommier au rang de camérier d’honneur le 28 mars 1722. Le duc Léopold lui confère le titre de conseiller-prélat à la Cour souveraine de Lorraine et l’envoie à Venise pour négocier avec le doge en 1724, puis à Rome. Le pape Benoît XIII, constatant l’impossibilité de créer l’évêché de Saint-Dié, nomme Sommier archevêque in partibus de Tyr (2 janvier 1725), puis il change ce titre en celui d’archevêque de Césarée et assistant au trône pontifical (25 janvier 1725), auxquelles il le consacre lui-même, et lui demande d’exercer les fonctions de l’ordre épiscopal dans tous les territoires exempts qui sont dans les états du duc de Lorraine.

Le duc Léopold, après obtention de la démission du grand prévôt de Saint-Dié, l’abbé de Mahuet, y nomme Jean-Claude Sommier qui fait son entrée solennelle à Saint-Dié le 11 juin 1725.

Auxiliaire de l’évêque de Toul en 1695 dans le litige qui l’opposait aux abbés vosgiens, Sommier, à qui était destiné l’évêché de Saint-Dié établi sur tous les territoires exempts si cet évêché avait été créé, devient le champion de l’indépendance spirituelle vosgienne. Il soutient l’abbé Hugo d’Étival, entrée en contestation avec l’évêque de Toul, à coups de mandements et de livres. En 1725, il installe à Saint-Dié un libraire-éditeur, puis un imprimeur pour publier ses ouvrages. Lorsqu’il meurt en 1737, la querelle est apaisée, non vidée.

En 1734, nommé abbé commendataire de Bouzonville, il en obtient des revenus importants. Dans l’exercice de sa charge à Saint-Dié, il consacre plusieurs églises devenues paroissiales, et il tient des synodes.

Ses multiples occupations ne l’empêchent pas de publier divers ouvrages. Outre quelques pièces de vers latins dont Orgia Alicapellana (Festes d’Alichapelle), 1702, in 8°, il est surtout auteur de plusieurs livres importants :
- Histoire dogmatique de la religion, prouvée par l’authorité divine et par les lumières de la raison, 1708–1714.- 6 volumes in 4° (Le premier volume, contrairement à ce que laisse supposer l’adresse à Champs, chez l’auteur, a été en réalité imprimé par J.–L. Bouchard à Lunéville).
- Histoire dogmatique du Saint-Siège, 1716 – 1733.- 7 volumes in 8°.
- Histoire de l’église de Saint-Diez avec des pièces justificatives de ces immunitez et privilèges.- Saint-Diez, 1726, in 8°.
-
Apologie de l’histoire de Saint-Diez contre le livre intitulé « Défense de l’église de Toul ».- Saint-Diez, 1737, in 8°.

Ces deux derniers ouvrages, consacrés à la justification de l’immunité du territoire du Val de Galilée, ont été élaborés à partir des mémoires de François de Riguet, grand prévôt de Saint-Dié, décédé en 1702.

Il donne également : Statuts publiez au synode de Saint-Diez tenu le 9 may 1731.- Saint-Diez, 1731, in 8°.

Selon dom Calmet qu’il a bien connu, Jean-Claude Sommier était boiteux et contrefait, d’une phisionomie peu prévenante.


Bibl. : L’Hôte (Chanoine Edmond).- Jean-Claude sommier, archevêque de Césarée, grand prévôt de Saint-Dié.- Bulletin de la société philomatique vosgienne, tome XXXV, 1909 – 1910, p. 39-115 et tome XXXVII, 1911 – 1912, p. 5-66.
Calmet (Dom).- Bibliothèque Lorraine, col. 903-906.
Hoefer/Didot.- Biographie, tome 44, col. 177.
Michaud.- Biographie, tome 39, p. 606-607.


[Albert Ronsin]

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