Jean Joseph Amable HUMBERT

[ Saint-Nabord (88) , 22/08/ 1767 – La Nouvelle-Orléans (USA) , 03/01/ 1823 ]

général

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

HUMBERT.- Né à Remiremont en 1755 ; parvint, des derniers rangs de la société, à celui de général ; il réunissait à des talents militaires distingués et à une intrépidité à toute épreuve, le physique guerrier le plus beau de l’armée française. Humbert eut l’honneur de débarquer, avec une poignée de braves en Irlande, où il battit les Anglais, et remporta plusieurs avantages dus à sa valeur héroïque.

1845 — Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton

Le général Jean—Robert-Marie HUMBERT, né en 1755, fameux par son expédition d’Irlande en 1794 ; il mourut en Amérique, victime de ses principes républicains.


[Tome 2, p. 424].

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

HUMBERT Jean Robert Marie.- Général, naquit à Remiremont, de parents pauvres, le 25 novembre 1755. En 1792, il s’enrôla dans le 2e bataillon de volontaires parisiens, et parvint, en moins de trois ans, grâce à ses talents militaires et à son courage héroïque, au grade de général de brigade. En 1794, il commandait une brigade à l’armée de l’Ouest, et prit part à une multitude d’engagements. Il y avait dans cette armée, dit M. Thiers, un jeune général hardi, brave, plein d’esprit naturel et surtout de cette finesse qu’on dit être particulière à la profession qu’il avait autrefois exercée, celle de maquignon : c’était le général Humbert.

Il était, dit encore Puisaye, du nombre de ceux qui n’ont que trop prouvé qu’une année de pratique à la guerre supplée avantageusement à tous les apprentissages d’esplanade. Il déploya, dans cette malheureuse guerre, toute l’humanité compatible avec ses devoirs de général ; il écrivit même à Boishardi et Cormatin, chefs vendéens, pour leur proposer une entrevue. Le style et l’orthographe de sa lettre furent dénoncés au comité de salut public, ce qui n’empêcha pas les chefs vendéens, qui connaissaient parfaitement le caractère du général Humbert, d’apprécier sa démarche et d’accepter l’entrevue qu’il proposait.

A Quiberon, il marcha contre les émigrés, à la tête de 600 grenadiers, et s’empara de Sombreuil. On l’a accusé à ce sujet d’une infamie sous le poids de laquelle sa mémoire ne doit pas rester ; on a prétendu que Sombreuil s’étant approché pour parlementer avec lui, il fit à ce malheureux des promesses qu’il savait ne pouvoir être tenues ; mais cette accusation tombe d’elle-même : Humbert connaissait les lois de la guerre et était trop soldat, si on peut s’exprimer ainsi, pour commettre une telle lâcheté. D’ailleurs Hoche, incapable d’un mensonge, a complètement justifié le général Humbert. J’étais, dit-il dans une lettre publiée dans toute l’Europe en 1795, à la tête des 600 grenadiers de Humbert, et j’assure qu’il n’a été fait aucune capitulation.

Quand l’expédition d’Irlande fut décidée, Hoche, qui portait la plus grande affection au général Humbert, demanda et obtint qu’il fût mis à la tête des troupes de débarquement. Cette expédition pouvait avoir les plus heureux résultats pour la France, et sans un épais brouillard qui dispersa l’escadre française, il est hors de doute qu’elle aurait été couronnée d’un succès complet. Hoche rentra dans nos ports, mais Humbert, à la tête seulement d’une poignée de soldats, comptant sur la sympathie des Irlandais, poussa le courage et l’audace jusqu’à débarquer les hommes dont il disposait à Kilaumen, le 20 août 1798. Il marcha immédiatement contre Kilala ; la garnison de cette place ayant voulu résister, fut taillée en pièces. Les Anglais, prévenus du débarquement opéré par Humbert, se réunirent et marchèrent contre lui ; mais il les battit successivement à Balayna et sur les hauteurs de Castelbar. Après avoir repoussé l’ennemi, Humbert voulut pénétrer dans Castelbar, mais toutes les troupes anglaises s’y étaient retranchées : une artillerie formidable ouvre sur lui un feu terrible ! Sa colonne hésite... Prompt comme l’éclair, il fait battre la charge et se précipite le premier dans la grande rue de Castelbar. Tout ce qui s’opposa à son passage fut culbuté ; il mit 800 Anglais hors de combat, fit 1200 prisonniers, prit 5 drapeaux, un grand nombre de canons, 1200 fusils et presque tous les équipages de l’armée anglaise, qui se retira dans le plus grand désordre,le laissant maître de toutes les positions [Note].

L’armée du général Lake, forte de 6000 hommes, était en pleine retraite ; mais le général Cornwalis, à la tête de plus de 15 000 hommes, s’avançait contre Humbert à marches forcées : bientôt ses 844 soldats furent entourés par des masses profondes ; ils se défendirent longtemps avec une sorte de fureur, prirent un général et tuèrent un grand nombre d’Anglais ; enfin, écrasés sous le nombre, ils furent contraints de déposer les armes et reçurent de leurs ennemis, qui avaient admiré leur énergique résistance, le traitement le plus honorable.

Les habitants de toutes les contrées qu’ils traversèrent pour se rendre en Angleterre, accouraient en foule sur leur passage et les saluaient de leurs acclamations et de leurs éloges. Le général Humbert, échangé peu de temps après, passa l’année suivante à l’armée du Danube, où il fut blessé. Il contribua puissamment, à la tête de 4000 grenadiers, au gain de la bataille de Zurich, gagnée par Masséna sur les Austro-Russes de Korsakof et de Souvarow.

En 1802, il fit partie de l’expédition de Saint-Domingue, sous les ordres du général Leclerc ; battit les noirs, et se rendit maître de Port-au-Prince. Après la mort de Leclerc, il ramena en France la veuve de ce général et tomba, presque aussitôt son retour, en disgrâce complète : des relations intimes, que l’on disait exister entre lui et cette soeur de Bonaparte, paraissent en être la véritable cause.

Quoi qu’il en soit, ne se jugeant pas en sûreté dans le département maritime où il avait été exilé, il passa dans l’Amérique Septentrionale et embrassa avec chaleur la cause des indépendants mexicains. Il accepta le commandement d’une division des insurgés, augmentée de 1000 hommes, qu’il était parvenu à lever à la Nouvelle-Orléans. Depuis cette époque, on n’entendit presque plus parler de cet intrépide général, qui jouissait à juste titre, dans l’armée, d’une haute réputation, et dont la France dédaignait les services. On sait seulement qu’il est mort très pauvre à la Nouvelle-Orléans, dans le mois de février 1823.

 

Note : Le général Humbert, usant de l’autorisation qui lui avait été donnée par le Directoire, nomma quelques-uns des officiers qui l’avaient le plus puissamment secondé, à des grades supérieurs ; mais le Directoire, oubliant ses instructions, fut assez injuste pour ne pas reconnaître ces nominations. Humbert lui-même, immortalisé par sa campagne d’Irlande, ne reçut pas d’avancement.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

HUMBERT (Jean Joseph Amable). Il est né à la ferme de la Couare, commune de Saint-Nabord, arrondissement de Remiremont, le 22 août 1767.

[Pages 45 à 133 : à saisir............].

1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

HUMBERT Général.- Né à Remiremont.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

HUMBERT Jean Robert Marie.- Général. Né à Remiremont en 1755, s’enrôla en 1792 dans les volontaires parisiens, et parvint, en moins de trois ans, grâce à ses talents et à son courage, au grade de général de brigade. Il commanda en cette qualité à l’armée de l’Ouest et prit part à beaucoup d’engagements contre les troupes vendéennes. Il y avait, dit Thiers, dans cette armée un jeune général, hardi, brave, plein d’esprit naturel, et surtout de cette finesse qu’on dit propre à la profession qu’il avait exercée autrefois, celle de maquignon : c’était le général Humbert. Ce brave soldat déploya, dans cette triste guerre, toute l’humanité compatible avec sa tâche ; il faillit même se compromettre aux yeux du comité de Salut public pour cause de modérantisme : ce qui n’a pas empêché une affreuse calomnie de tomber sur son honneur et de peser encore sur sa mémoire.

A la malheureuse affaire de Quiberon, Humbert marcha contre les émigrés avec ses grenadiers et s’empara du jeune Sombreuil, auquel - a-t-on prétendu - il aurait fait des promesses qu’il savait ne pouvoir pas tenir, et dont le jeune officier devint la victime. Ceci serait une tache d’infamie, et le général Humbert était incapable d’une telle lâcheté. Le général, son chef, qui prit la défense des prisonniers près de la Convention, l’en a lavé dans une lettre publique, en 1795 : J’étais, dit-il, à la tête des six cents grenadiers du général Humbert, et j’assure qu’il n’a été fait aucune capitulation.

Dans l’expédition d’Irlande, en 1798, Hoche avait mis Humbert en tête des troupes de débarquement. Une épaisse brume dispersa l’escadre française et l’armée rentra forcément dans nos ports. Humbert, avec une poignée d’hommes de l’avant-garde, débarqua en Irlande, marcha sur Kilala dont la garnison fut forcée ; battit les Anglais à Balayna, et assiégea Castelbar. Une artillerie formidable défendait la place ; sa petite troupe hésite ; le général se précipite, culbute tout ce qui lui résiste, met l’ennemi hors de combat, fait douze cent prisonniers, prend cinq drapeaux et jette en désordre l’armée anglaise. Une telle audace pouvait délivrer l’Irlande ; mais l’Irlande ne se souleva pas : ce peuple éminemment catholique ne voulut point se confier à la démagogie qui régnait en France. Le brave général succomba sous le nombre, et, après d’héroïques efforts, il dut poser les armes et rester prisonnier. Échangé, peu de temps après, Humbert fut envoyé à l’armée du Danube, où il fut blessé. Il n’assista pas moins à la bataille de Zürich, où il vint puissamment en aide à Masséna.

En 1802, ce soldat intrépide fit partie de la triste expédition de Saint-Domingue : il battit les nègres et s’empara de Port-au-Prince ; mais une déroute suivit ; après la mort du général Leclerc, chef de l’expédition, Humbert se chargea de ramener en France sa veuve, sœur de Bonaparte : des relations trop intimes avec elle furent, paraît-il, cause de sa disgrâce. Exilé dans un département maritime, il craignit de n’y être pas en sûreté : il s’embarqua pour l’Amérique, où il embrassa la cause de l’indépendance mexicaine.

Depuis ce moment, on a ignoré son histoire : on sait seulement qu’il mourut, dans une espèce de misère, à la Nouvelle-Orléans, en 1823.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

HUMBERT (Jean Joseph Amable, ou Amable Jean [Note]).- Le général Humbert a laissé le souvenir d’un des plus beaux, des plus braves et des plus bouillants officiers de la République. Né à Saint-Nabord, à la cense de Rouvroy, le 22 août 1767 ; il appartenait à une famille pauvre, et dans sa jeunesse il menait paître les troupeaux. Engagé volontaire au 13e bataillon de volontaires des Vosges, au premier signal de la patrie en danger, le 10 août 1792, il fut élu aussitôt capitaine de la 4e compagnie de ce bataillon, et le 15 août 1792, il en devenait le lieutenant-colonel en second. Incorporé dans l’armée du Rhin, le 13e bataillon des Vosges participa à la brillante incursion de Custine dans le Palatinat, puis fut bloqué dans Mayence avec Merlin de Thionville, où il passa tout le siège sans cesse au premier rang, se signalant par de rares traits d’intrépidité.

Envoyé ensuite en Vendée, Humbert s’y distingua par sa vaillance et sa hardiesse ; il prit part à tous les combats de cette terrible guerre de partisans, et fut nommé, par le Comité de salut public, général de brigade, le 9 avril 1794 (20 germinal an II). En juin 1795, il combattit sous les ordres de Hoche, à Quiberon, et concourut pour une large part à la victoire. Chargé de diriger une expédition en Irlande contre l’Angleterre, il put, avec une poignée de soldats, débarquer à Killala, le 20 août 1798, sur le sol irlandais, mais la tempête ayant dispersé et éloigné la flotte française, il resta sans secours, assailli par des forces anglaises supérieures, il réussit à se dégager à Castlebar, mais finit par être fait prisonnier par le général lord Cornwallis.

A son retour en France il fut envoyé à l’armée du Danube et contribua à la victoire de Masséna à Zurich, où il fut blessé. Après le 18 brumaire, dont il se déclara l’adversaire, il fit partie de l’expédition de Saint-Domingue, sous les ordres du général Leclerc. Rappelé en France pour des faits encore mal éclaircis, il fut interné près de Ploermel, en Bretagne, et tenu en complète disgrâce. Cependant, en 1809, Napoléon consentit à l’employer et lui confia un commandement en Belgique.

A la Restauration, il partit pour l’Amérique du Nord, offrir son épée aux Mexicains soulevés pour leur indépendance. Il mourut à la Nouvelle-Orléans, à une date qu’on ne peut préciser, soit le 5 janvier, soit en février 1823 ; d’autres disent le 18 juin 1819.

Malgré ses défaillances, le général Humbert fut une personnalité brillante, pleine d’attraits et d’intérêt ; il n’a pas encore rencontré un historien digne de lui.

 

Note : Et non pas Jean Robert Marie.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

HUMBERT (Jean-Joseph-Amable), général

Saint-Nabord, 22 août 1767 - La Nouvelle-Orléans (USA), 3 janvier 1823


Le général Humbert. Ce fils de Jean-Joseph Humbert, cultivateur et négociant, et de Catherine Rivat est, dès sa première jeunesse, un rude gaillard aux larges épaules et aux poings solides qui préfère la maraude et le braconnage au modeste enseignement qui lui est dispensé dans l’école du village. Les quelques lettres conservées de lui révèlent une orthographe plus qu’hésitante. Il quitte de bonne heure la maison paternelle pour courir les grandes routes, exerçant les métiers les plus divers : maquignon, colporteur, et même, dit-on, marchand de peaux de lapins. Il se rend peut-être à Paris, sûrement à Lyon, où on le trouve sergent de la milice citoyenne en 1789 lorsque la Révolution éclate.

De retour dans les Vosges, il s’engage en août 1792 dans le 13e bataillon de volontaires composé des jeunes surnuméraires des districts de Bruyères, Darney et Remiremont. Le 11 du même mois, ses camarades, impressionnés par son allant et un sens indéniable du commandement, l’élisent capitaine de la 4° compagnie. Il est envoyé sur le Rhin et, en mars 1793, il se trouve dans Mayence assiégée. Après la reddition de cette ville en juillet, son bataillon est affecté à l’armée de l’Ouest.

Humbert prend part aux combats de Cholet et de Laval en octobre 1793, puis à l’écrasement des Vendéens à Savenay le 23 décembre. Le 20 ventôse an II à Cholet, à la tête de 450 grenadiers, il impose de lourdes pertes à l’armée de Stofflet, ce qui lui vaut d’être nommé général de brigade sur le champ de bataille. Dans ces guerres, dites de pacification de la Vendée, il fait preuve de modération et de mansuétude, au point d’être remarqué par Hoche qui le prend sous ses ordres lorsque ce dernier arrive en novembre 1794 au commandement de l’armée des côtes de l’ouest.

De décembre 1794 à mai 1795, il sert d’intermédiaire entre les Républicains et les Chouans dans le but d’amener ceux-ci à déposer les armes, mais, moins bon diplomate que capitaine, il échoue dans son entreprise et doit à son amitié avec Hoche de ne pas être accusé de trahison. Du 16 au 18 juillet 1795, il prend une part active à la reddition des royalistes débarqués dans la presqu’île de Quiberon, mais ne participe pas à la répression qui s’ensuit. Sa réputation est cependant ternie par la vie dissolue qu’il mène à Laval et à Rennes et par une accusation de prévarication lancée contre lui par un de ses subordonnés à propos d’un trafic de fer des forges de Moisdan.

Après un bref retour à Remiremont au printemps 1796, Humbert est à nouveau envoyé en Bretagne pour y préparer avec Hoche une expédition visant à débarquer en Irlande. Il met sur pied, sous le nom de Légion des Francs, une troupe de 2000 hommes qui s’embarque le 15 novembre sur Les Droits de l’Homme, le Nestor et le Casoard parmi d’autres navires français. La flotte sort de Brest le 15 décembre, mais elle est dispersée par la tempête et privée de son navire amiral. Le vaisseau Les Droits de l’homme, sur lequel se trouve Humbert, poursuit sa navigation et arrive en vue des côtes d’Irlande dans la baie de Bantry (24 décembre). Mais, isolé, il doit rebrousser chemin et rentrer en France où il est attaqué le 14 janvier 1797 dans la baie d’Audierne par deux frégates anglaises. Le combat dure douze heures pendant lesquelles Humbert prouve une nouvelle fois son courage physique avant de regagner la terre ferme sur un radeau de fortune.

Après l’échec de cette première expédition d’Irlande, Humbert est envoyé, à la tête de sa Légion des Francs reconstituée, à l’Armée de Sambre-et-Meuse. On le trouve à Bruxelles, Cologne puis à Mayence d’où il est rappelé pour prêter main-forte à Augereau à Paris au moment de la tentative royaliste contre le Directoire en août 1797. C’est ainsi qu’il prend part au coup d’état républicain du 18 fructidor.

En janvier 1798, il est à nouveau désigné pour être employé à l’armée d’Angleterre. A Brest, il réunit des troupes modestes mais expérimentées : c’est avec 1019 hommes qu’il compte débarquer en Irlande, venir au secours des révoltes, marcher sur Dublin, proclamer la république irlandaise et écraser à tout jamais l’Angleterre ! Embarquée sur trois vaisseaux, l’expédition quitte Brest le 6 août 1798 et arrive en vue des côtes irlandaises le 20. Le débarquement a lieu dans la baie de Killala, sur la partie occidentale de l’île. Humbert s’empare de la ville de Killala, entre dans Ballina, et, grâce au ralliement de nombreux Irlandais, inflige aux Anglais une cuisante défaite à Castlebar. De là, il s’avance vers l’intérieur des terres en direction de Dublin, franchit le Shannon au sud du lac Allen, mais, submergé par le nombre et privé des secours promis par le Directoire, il est fait prisonnier le 8 septembre à Ballinamuck.

Libéré sur parole, Humbert est de retour en France dès la fin de 1798. Accusé d’avoir outrepassé ses consignes, il est expédié une nouvelle fois à l’armée de Mayence puis sur le Danube, sur les ordres de Soult et de Masséna. A Zurich, le 4 juin 1799, il met en déroute les Autrichiens du Prince Charles. Dans la même ville, en novembre, il prend part à la sanglante bataille qui voit l’entière défaite de l’armée russe de Souvarov.

Passé sous Brune à l’armée du Rhin (novembre 1799), il arrive en Hollande pour assister à l’évacuation du pays par les Anglais. Envoyé à Nantes par le premier consul qui se défie de lui, il tente en vain d’obtenir l’autorisation d’organiser une nouvelle expédition en Irlande ; il s’embarque cependant en 1801 pour les Antilles sous la direction de Leclerc, beau-frère de Bonaparte. A Saint-Domingue, Leclerc l’accuse de concussion, de pactiser avec les noirs révoltés et le renvoie en France dès 1802.

Il se rend en Bretagne, au château de Crévy, près de Ploërmel, qu’il avait acquis en 1796. Dans cet exil, il éprouve des difficultés financières croissantes. Il tente en vain d’obtenir un nouveau commandement. Il harcèle le ministre de la guerre de ses requêtes. Peu apprécié de Napoléon Bonaparte, il est réduit à un désoeuvrement total jusqu’en 1809, date à laquelle il reprend momentanément du service en Hollande sous les ordres de Clarke. En 1812, il est autorisé à émigrer vers les États-Unis. Débarqué à Philadelphie, il fait un court séjour à Washington puis se rend à la Nouvelle-Orléans, où il fait la connaissance des frères Lafitte, pirates célèbres des Caraïbes et où il fréquente les milieux interlopes. Les tentatives anglaises contre la Louisiane lui donnent encore l’occasion de faire le coup de feu en mettant son épée au service du gouvernement américain.

Après 1815, de plus en plus désoeuvré, il s’adonne à la boisson, vivant modestement d’une pension que lui accorde le gouvernement français. Au sein de la petite colonie française de la Nouvelle-Orléans, il ne passe pas inaperçu. Ne sortant jamais sans son uniforme de général de la République, il devient une figure populaire de la ville. Sa vie aventureuse se termine anonymement loin de sa patrie dans une demi-pauvreté.

Après sa mort, Humbert devient un sujet de légende dans ses Vosges natales : on alla jusqu’a écrire qu’il planta un drapeau tricolore sur le rocher de Saint-Nabord plusieurs années avant l’adoption en 1789 de notre emblème national ! ; qu’il séduisit Pauline Bonaparte, épouse du général Leclerc, lors de son séjour à Saint-Domingue, ce qui aurait été la cause de sa disgrâce auprès de Napoléon ; que sa famille descendait rien moins que des princes de Savoie,... etc... etc...

Le général Humbert n’a pas besoin de ces pures inventions pour accroître sa notoriété : en Irlande, son expédition libératrice reste gravée dans la mémoire collective et sa personne y demeure très populaire. Pur héros républicain pour l’écrivain François Ponsard qui en fait le personnage principal de sa pièce Le Lion amoureux, ramené à la simple dimension d’un général incapable, véreux et massacreur de Vendéens par les historiens de la Révolution quand il n’est pas complètement oublié par eux, la réalité est que le général Humbert représente une personnalité attachante. Si chez lui l’action l’emporte souvent sur la réflexion, si son amour de la vie l’amène souvent à être mêlé à des affaires d’argent pas toujours très honnêtes, on ne peut mettre en doute son patriotisme, quelquefois poussé jusqu’à la naïveté, ni son attachement indéfectible aux principes républicains. Avec un tel caractère, sa seule bravoure physique ne suffit point à le faire mieux utiliser par l’Empereur, auquel cas, nul doute que le général Humbert eût acquis la même réputation que bien des maréchaux d’empire qu’il valait largement.


Bibl. : Poulet (Henry).- Un soldat lorrain méconnu : le général Humbert (1767-1823), Nancy, 1928.
Baeyens (Jacques).- La Vie aventureuse de Jean-Joseph-Amable Humbert, général de la République (1767-1823), in Le Pays de Remiremont, N° 3, 1980, p. 3-17 et Sabre au clair, Amable Humbert, général de la République, Albatros, 1981.
Jacotey (M.-L.).- Un volontaire de 1792, le général Humbert ou la passion de la liberté, 1981.


[ Pierre Heili ]

Nouvelle recherche