1829 —
Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel
Saint ÉLOPHE.- Né en Lorraine ; il sort d’une famille où l’on compte plusieurs saints. Échaire, son frère, est honoré comme martyr ; ses reliques ont été gardées à Liverdun jusqu’en 1581, que les reîtres brûlèrent sa châsse.
Il avait trois soeurs, Menne, Libaire et Suzanne, les deux dernières furent martyrisées par les païens, et enterrées, l’une à Gauden (Bassigny), et l’autre à quelque distance de là, vers les limites de la Champagne et de la Lorraine : Menne mourut paisiblement. Élophe s’attira, par son zèle, la haine des juifs et des païens qui le firent arrêter sous le règne de Julien dit l’Apostat. On le mit en prison à Toul, où il fut condamné à perdre la tête, vers l’an 362.
François Henry a publié en 1629, la vie de Saint Élophe ; et Didier Oriet a composé un poème sur Sainte Suzanne (Nancy, 1553).
1848 —
Biographie vosgienne / François Vuillemin
Saint ÉLOPHE, saint EUCHER, saint LIBAIRE, sainte SUZANNE [Note], appartenaient, ainsi que sainte Manne (voir ce nom), à une famille noble, originaire de la Champagne, et suivant quelques légendes de l’Irlande. Le père de cette famille de saints se nommait Bacticus, la mère Licutadis ; cette dernière fut enterrée à Remiremont, où on voyait encore son tombeau avant la révolution, dans l’église de Saint-Pierre.
A l’époque où l’empereur Julien habitait les villes de Neufchâteau et de Grand, dans les Gaules, Bacticus, sa femme et ses cinq enfants vivaient paisiblement dans une maison de campagne, près de Soulosse, pratiquant et enseignant, comme les premiers apôtres, la religion de Jésus-Christ.
La grande vénération dont cette sainte famille était l’objet ne tarda pas à porter ombrage à l’empereur Julien. Il enjoignit, à tous les membres qui la composaient, de renoncer à la religion chrétienne, et comme ils résistaient courageusement à ses ordres, il fit arrêter Eucher et Élophe, qui étaient les aînés, et les fit mettre à mort. Cette sanglante exécution eut lieu, le 16 octobre 362, au-dessous de Soulosse, et sur l’emplacement où les évêques de Toul ont fait élever une église dédiée à saint Élophe, et dont la tour existe seule aujourd’hui. Eucher et Élophe sont les premiers chrétiens martyrisés par l’empereur Julien ; notre pays reçut ainsi les sinistres prémices de son apostasie.
On voit encore, dans l’église de Saint-Élophe, un ancien tableau à l’huile, représentant l’empereur Julien à cheval ; un soldat lui montre, vers la droite, saint Élophe prêchant l’Évangile à un grand nombre de personnes. On lit au-dessous du tableau : Julien, empereur, apostat, fait camper son armée à Soulosse, où il apprend que saint Élophe, par un seul de ses sermons audit, convertit à la foi de J.C. 236 païens.
En 960, une partie des reliques de saint Élophe fut transportée à Cologne ; on déposa l’autre partie dans une châsse d’une grande richesse, que les protestants d’Allemagne pillèrent en 1587, et que les Suédois détruisirent complètement en 1633. L’église de Saint-Élophe en possède fort peu aujourd’hui.
Suzanne et Libaire, après avoir voué leur virginité à Jésus-Christ, marchèrent courageusement dans la pratique de la religion chrétienne. A cette couronne de virginité, Julien ajouta la palme du martyre.
D’après les légendes les plus anciennes et les plus certaines, l’empereur les fit venir en sa présence et leur ordonna d’adorer la statue d’or d’Apollon.
Ses ordres et ses sollicitations s’adressaient surtout à Libaire ; mais elle sut résister aux flatteries, aux promesses et aux menaces, répondant courageusement qu’elle aimait le ciel autant qu’elle méprisait la terre ; qu’elle saurait tout sacrifier à de glorieuses et légitimes espérances. Suzanne, sa soeur, s’associait à tous ces généreux sentiments. Après mille tentatives inutiles, Julien donna ordre de les décapiter, et cette sentence reçut son exécution en présence d’un concours immense de chrétiens et de païens. Les deux saintes reçurent une sépulture distinguée, Suzanne en Champagne et Libaire à Grand. Leur mémoire, comme celle de leurs frères, est encore en grande vénération en divers lieux de la France, notamment en Champagne et surtout dans l’ancien diocèse de Toul.
Une Narration sur la vie de saint Élophe, martyr du duché de Lorraine, par Henry, doyen de l’église de Saint-Nicolas-de-Brixey, a été imprimée à Nancy, en 1629.
Note : Je dois à l’obligeance de mon ami, M. Bégel, curé à Laître-sous-Amance, près de Nancy, la plupart des renseignements contenus dans cette notice. Il m’a adressé, en outre, de précieux documents sur quelques autres célébrités vosgiennes, et je suis heureux de pouvoir lui en témoigner publiquement ma reconnaissance.
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
Saint ÉLOPHE.- Nous nous acheminons à Saint-Élophe, le lieu où subit un glorieux martyre, en 362, ce jeune héros de la foi chrétienne. Notre première pensée est d’aller nous prosterner à son tombeau, pour lui demander de nous obtenir, en ces temps troublés, le courage et la force qui l’ont soutenu pour son martyre. Ses précieuses reliques furent transférées, en grande partie, à Cologne, en 960 : ce qui n’empêcha pas d’élever, par la suite, une église magnifique pour honorer son tombeau et ce qui était resté de ses reliques sur les lieux de son sacrifice.
Ces restes sacrés furent profanés, en 1587, par les protestants et, en 1633, par les Suédois ; il n’en reste plus qu’un certain nombre de fragments ; mais la belle et vaste église, dont la tour est du XIIe siècle et le reste du XVe, subsiste toujours, magnifiquement restaurée naguère par les soins de l’abbé Marchand, ancien missionnaire aux Antilles, mort curé de la paroisse. On voit dans le choeur le cénotaphe du saint, orné d’une statue en relief, de grandeur naturelle, un lion sous ses pieds, pour montrer le triomphe de la foi sur le paganisme, du droit sur la force.
[…]
Élophe est la gloire de Solimariaca, gloire impérissable que tous les siècles rediront à toutes les parties du monde. Oui, les siècles sauront qu’il vécut, au IVe siècle, une noble famille de grandes et saintes âmes : Baccius, noble Romain, avec sa femme Lientrude, d’origine gauloise, qui élevèrent dans la piété leurs enfants : Euchaire, qui devint évêque et fut martyrisé à Liverdun ; Libaire, vierge immaculée, qui reçut à Grand la couronne du martyre ; Menne, qui reçut le voile de religieuse et qui mourut en exil à Puzieux ; Élophe, notre illustre martyr.
Élevé au sacerdoce, Élophe se distingua par un zèle actif à convertir les idolâtres et affermir la foi dans l’âme des chrétiens. Julien, devenu empereur, avait apostasié, et il avait résolu de faire apostasier l’Empire : des persécutions s’élevèrent, et il y en eut de sanglantes dans les Gaules. Élophe fut une de leurs victimes.
Une grande fête païenne se célébra dans la plaine du Vair, et des multitudes y affluèrent : la fumée des sacrifices y monta dans les airs en l’honneur des idoles. Plein du feu sacré, dont l’Esprit de Dieu échauffe le coeur de ses fidèles ministres, le prêtre alla se mêler à la foule, non pour prendre part à la cérémonie sacrilège, mais pour en détourner les âmes, et pour annoncer l’Évangile, au sein même du triomphe des idoles. A sa voix puissante, des païens se convertirent, dès chrétiens entraînés revinrent à leur foi, et un grand nombre refusèrent de prendre part à ces joies abominables. Enfin, poussé par une indignation brûlante, il renversa les idoles, relevées par les ordres de l’empereur.
Arrêté pour ces faits, auxquels on se plut à donner le caractère de sédition, le prêtre montra une énergie et une constance dignes de la cause sacrée qu’il défendait. On eut beau déployer l’appareil des plus affreuses tortures, étaler à ses yeux les plus brillantes et les plus séduisantes promesses, multiplier les menaces et les supplices, rien ne fut capable d’ébranler ce glorieux athlète. Élophe fut condamné à périr par le glaive : ce qui s’exécuta au lieu où se voit une chapelle de son martyre. Son corps fut enseveli sur le monticule qui a pris son nom, et où s’élève la belle église, qui lui est dédiée.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
ÉLOPHE (Saint), diacre et martyr
IV° siècle
Dans l’ancien diocèse de Toul comme dans celui de Saint-Dié, saint Élophe constitue le premier martyr lorrain et l’un des plus anciens personnages de notre histoire religieuse, écrit à son propos le chanoine Laurent. Sa vie nous est connue par une
Passion rédigée peu après 1036 et conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles. Selon ce manuscrit, saint Élophe appartient à une noble famille chrétienne de Grand. Ses parents, Baccius et Lieutrude, avaient pour autres enfants Euchaire, Menne, Libaire, Suzanne, Ode et Gontrude.
Élophe, homme d’une foi intrépide, n’hésite pas à la proclamer publiquement, à prendre la parole dans les assemblées à Grand et à Soulosse, où il opère de nombreuses conversions. Son zèle l’entraîne même à détruire les idoles païennes.
Jeté en prison, il comparaît devant Julien l’Apostat. L’empereur multiplie promesses, séductions et menaces pour le faire abjurer mais en vain. Finalement, il le condamne à la décapitation ; toutefois, il lui accorde la faveur d’être inhumé au sommet de la colline qui domine Soulosse. L’exécution a lieu en présence d’une grande foule au sein de laquelle se produisent de nombreux miracles. Le martyre de saint Élophe se déroule dans une prairie au bord du Vair. Sitôt accompli, le saint décapité se lève, saisit sa tête à deux mains et se dirige vers la colline où il souhaitait être inhumé. Parvenu au sommet, il s’assied sur une grosse pierre et s’immobilise définitivement. Les chrétiens de Soulosse l’inhument en ce lieu et son tombeau devient aussitôt un centre de pèlerinage très fréquenté.
La tradition légendaire ci-dessus invoquée, admet comme date du martyre de saint Élophe, le 16 octobre entre 361 et 363. En 963, saint Gérard, évêque de Toul, fit relever les restes du premier saint vosgien pour en déposer une partie dans un reliquaire. Les autres parties prirent le chemin des cathédrales de Toul et de Cologne. Cette cérémonie revient à une canonisation de fait.
En dépit de la dispersion de ses reliques, c’est dans les Vosges que le culte de saint Élophe reste le plus vif. Entre les villages de Soulosse et de Saint-Élophe, cinq lieux jalonnent la route suivie par le céphalophore : la chapelle de Sainte-Épéotte où il eut la tête tranchée ; la Fontaine, où, selon la tradition, il l’aurait lavée ; la Reculée où le saint se soustrait aux soldats qui le poursuivaient ; la Chaire en pierre où il s’assit ayant fini sa course ; enfin l’église construite sur le lieu de son inhumation. Saint Élophe reste encore aujourd’hui le patron de neuf églises ou chapelles du diocèse de Saint-Dié: Blémerey, Frénelle-la-Petite, Longchamp-sous-Châtenois, Neufchâteau, Rouvres-en-Xaintois, Saint-Élophe et Viviers-le-Gras.
Bibl. : L’Hôte.-
Vie des saints... , tome I, p. 65-83.
Lévêque (Chanoine).-
Solimariaca et Saint-Élophe, 1912.
Laurent (Chanoine André).-
Saints de chez nous…, p. 100-115.
[Pierre Heili].