Valentin JAMEREY-DUVAL

[ Arthonnay (89), 1695 – Vienne (Autriche), 1775 ]

bibliothécaire

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

DUVAL, Valentin JAMERAY, dit.- Né en 1695 ; orphelin que la misère chassa en 1709, de Viller, près de Mirecourt, son lieu natal [Note], et qui, de pâtre à Clézentaine (Vosges), à la Rochette, près de Deneuvre, et à l’Ermitage Sainte-Anne près de Lunéville, devint, par son génie extraordinaire, célèbre astronome, bibliothécaire du duc Léopold, puis bibliothécaire et conservateur des médailles du cabinet impérial de Vienne, sous François III. Duval est mort en cette ville en 1775.

Il avait fait ses études ; et c’est au duc Léopold qu’il les dut et sa fortune : il était encore pâtre lorsque le prince chassant et suivi de son cortège, le vit assis au pied d’un arbre dans le bois de Sainte-Anne, entouré de cartes, contemplant le ciel, et absorbé dans ses réflexions :
- Que faites-vous, lui dit Léopold ?
- J’étudie la géographie.
- Y entendriez-vous quelque chose ?
- Je ne m’occupe que des choses que j’entends…

L’enfant fut conduit à la cour, et on le plaça chez les jésuites de Pont-à-Mousson.

Lorsque la Lorraine fut cédée à la France, Duval refusa toutes les propositions pour y rester : il suivit le fils de son bienfaiteur. Notre numismate a mené la vie d’un vrai sage, digne de son origine, digne de sa fortune. Élève de la nature, il ne fut point ébloui de sa prospérité ni des faveurs de la cour ; jamais les bons ermites ne sortirent de sa mémoire. Il a fait graver des vignettes représentant les diverses époques de sa vie ; elles sont devenues très rares. Comme on voit, ce savant était modeste, reconnaissant, et n’a dû son mérite qu’à lui seul. On a publié les oeuvres de Duval, précédées de mémoires sur sa vie, 2 vol. in-8°, 1784.

 

Note : Jameray n’est point né en 1615, encore moins en 1692 à Dartenay en Champagne, ainsi que les biographies le marquent : un acte passé en l’étude de Me Cognel, notaire à Lunéville,le 18 janvier 1714, entre Jameray et le supérieur des ermites de Sainte-Anne, précise son lieu de naissance à Viller, près Mirecourt. On rapporte que parmi les nombreux auditeurs que notre savant charmait, se trouva un jour lord Chatam, auquel il prédit les brillants succès oratoires au parlement d’Angleterre, qui l’ont illustré.


1831 — Annales de la Société d’émulation du département des Vosges

Biographie.— Entre les différents moyens d’exciter l’émulation, il n’en est peut—être pas de plus puissant que l’exemple des hommes célèbres ; le departement des Vosges en a vu naître plus qu’on ne pourrait le croire. Le secrétaire perpétuel en a mis le tableau honorable sous les yeux de la Société ; tableau rédigé par lui d’après les biographies, d’après ses recherches particulières et celles de ses collégues.

M. Richard, par exemple, l’a informé qu’il venait de se procurer la copie d’un titre authentique duquel il résulte que le célèbre Duval (dit Jamerey), mort bibliothécaire de l’empereur François 1er, est né, non au village d’Arthonay en Champagne, comme plusieurs l’ont écrit, mais à Villers, près de Mirecourt.


[Page 59].

1845 — Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton

Valentin JAMERAY, dit Duval, était, ainsi qu’il résulte d’un titre authentique découvert par M. Richard, bibliothécaire à Remiremont né à Villers en 1695. Il commença par être pâtre à Clézentaine, puis à la Rochette, près de Deneuvre, et enfin à l’ermitage Sainte-Anne, près de Lunéville.

Il gardait les troupeaux dans la forêt de Sainte—Anne, lorsque le duc Léopold l’aperçut assis au pied d’un arbre, entouré de cartes et contemplant le ciel. Le prince étonné des réponses que lui fit Jameray, l’emmena à la cour, puis on le plaça chez les Jésuites de Pont-à-Mousson.

L’étude développa son génie, et il devint astronome célèbre ; Léopold le fit son bibliothécaire, et il fut ensuite, sous l’empereur François III, bibliothécaire et conservateur des médailles du cabinet de Vienne, où il mourut en 1775.


[Tome 2, p. 535].

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

DUVAL Valentin, dit JAMERAY.- Naquit en 1695 à Arthonnay, en Champagne. Son père, irlandais, expatrié, chargé d’une nombreuse famille et écrasé sous le poids d’une effrayante pauvreté, étant mort en 1705, Jameray s’engagea, comme pâtre, chez un cultivateur de son village natal. Après y être resté pendant environ quatre ans, il quitta son pays et s’avança vers la Lorraine. Sa simplicité et son ignorance étaient telles, qu’en arrivant à Bourbonne-les-Bains, il s’imagina, à la vue des eaux thermales, qu’il se trouvait dans le voisinage des enfers, et se hâta de continuer sa route.

Il ne s’arrêta qu’à Clézentaines, village situé près de Rambervillers, et habita, pendant deux ans, la maison du berger de cette localité, dont il faisait paître les troupeaux. Ce genre de vie l’ayant ennuyé, il se présenta chez un ermite, à la Rochotte, près de Baccarat ; il y apprit les premiers éléments de la lecture, et fut admis en qualité de pâtre, sur la recommandation de ce solitaire, à l’ermitage de Sainte-Anne, près de Lunéville. Ses occupations se bornaient à faire paître, tous les jours, les troupeaux des religieux dans la forêt de Vitrimont.

Une arithmétique, qui lui tomba par hasard sous la main, éveilla en lui le goût des études positives. N’ayant pas de ressources pour se procurer des livres, il se mit à chasser les bêtes fauves dans la forêt de Vitrimont, et le produit de leurs fourrures, qu’il vendit à Lunéville, lui permit d’acheter quelques volumes et quelques cartes. Un frère de la communauté se persuadant, non sans raison, qu’un goût aussi assidu pour l’étude, ne pouvait que lui faire négliger ses autres devoirs, le menaça un jour de brûler ses livres. Jameray répondit avec une grande vivacité, et le religieux ayant fait mine de vouloir lui donner un soufflet, il saisit une pelle à feu et chassa tous les solitaires de l’ermitage. Il ne voulut les laisser rentrer qu’après avoir arrêté les bases d’une convention qui fixait ses droits et ses devoirs. Il exigea même un acte authentique, qui fut rédigé par Cognel, tabellion à Lunéville, le 18 janvier 1716.[Note]

En 1715, le duc Léopold chassant dans la forêt de Vitrimont, avait aperçu Jameray lisant avec une attention qui le frappa ; il manifesta le désir de le tirer de la position dans laquelle il le voyait ; mais quelques courtisans l’en ayant détourné, il se borna à lui envoyer quatre louis d’or. J’ai su depuis, dit plaisamment Jameray, dans une lettre à Dom Calmet, que celui à qui on les confia en retint deux pour ses peines ; mais à la cour comme ailleurs, il faut que chacun vive.

Deux ans après, c’est-à-dire en 1717, ce prince, accompagné d’une suite nombreuse, le trouva de nouveau dans la forêt, les yeux fixés sur une carte géographique. Le comte de Vidampierre s’étant approché, lui demanda ce qu’il faisait ?
- J’étudie la géographie, répondit-il.
- Est-ce que vous y entendez quelque chose ?
- Mais vraiment oui ; je ne m’occupe que des choses que j’entends
.

La conversation s’étant prolongée, et le comte de Vidampierre, ainsi que le baron de Phulschner, ayant été frappés de la convenance de ses réponses, lui proposèrent de lui faire faire de bonnes études à Pont-à-Mousson. Jameray y consentit, à la condition qu’il jouirait d’une liberté entière. Il termina toutes ses études en deux ans, devint bibliothécaire de Léopold, puis conservateur des médailles du cabinet impérial de Vienne, et prit rang parmi les plus savants numismates de son temps. De nombreux voyages faits dans différents pays de l’Europe, lui permirent d’accroître considérablement le riche cabinet confié à sa garde. Il en écrivit plusieurs catalogues très étendus, qui furent imprimés par ordre de l’empereur.

La reconnaissance fut toujours un devoir pour Jameray. Sa prospérité ne lui fit pas oublier le berger de Clézentaines et les solitaires de Sainte-Anne, dont il fit reconstruire l’ermitage. Il ne traversait jamais la Lorraine sans passer quelques heures avec ses anciens maîtres. Il acheta la maison que sa famille avait habitée à Arthonnay, la fit reconstruire et la donna à la commune pour servir de maison d’école pour les filles.

Jameray a écrit quelques Mémoires, un Traité des médailles, resté manuscrit, etc. Après sa mort, arrivée le 3 novembre 1755, un de ses amis, le chevalier de Koch, publia deux volumes de ses oeuvres, précédées d’une notice sur sa vie (1784). Il se disposait à en donner le complément, mais ces deux volumes ayant été accueillis par le public avec une assez grande froideur, il renonça à son projet.

Le docteur Mesny a consacré une longue notice à Jameray (1777) ; elle est remplie d’erreurs, de même que celle du chevalier de Koch. Les mémoires de l’Académie des sciences, lettres et arts de Nancy, pour 1847, contiennent une notice aussi complète qu’intéressante sur ce personnage remarquable ; elle est de M. Digot, qui a déjà publié, sur quelques illustrations lorraines, des éloges historiques d’un haut intérêt.

 

Note : Dans cet acte, Duval indique Villers, près de Mirecourt, comme étant le lieu de sa naissance. On ne peut comprendre les motifs qui l’engagèrent à cacher sa véritable patrie. Quoi qu’il en soit, c’est à tort qu’un biographe s’est prévalu de cet acte pour assurer qu’il était né à Villers. Il n’appartient au département des Vosges que par les deux années qu’il passa, en qualité de pâtre, chez le berger de Clézentaines.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

DUVAL (François JAMERAY, dit), de Villers, canton de Mirecourt, fut admis en qualité de pâtre, sous la recommandation d’un solitaire de la Rochotte, près de Baccarat, à l’ermitage de Sainte-Anne, près de Lunéville, où il apprit à lire en faisant paître ses troupeaux dans les forêts. Une arithmétique qu’il trouva lui donna le goût des études positives. Pour se procurer des livres, il fit la chasse aux bêtes fauves, et bientôt avec le produit de leurs fourrures il compléta une petite bibliothèque.

Un jour, un des solitaires le menaça de brûler ses livres, Jameray prit une pelle à feu et chassa de l’ermitage tous les frères, qui n’y rentrèrent qu’après avoir signé un acte passé par devant Me Coquet, tabellion à Lunéville, qui établissait ses droits et ses devoirs.

Dans le mois de septembre 1715, le duc Léopold, chassant dans les forêts de Vitrimont, aperçut Jameray, lisant avec une grande attention, lui fit quelques questions et fut étonné des réponses du pâtre. Léopold donna l’ordre de lui donner quatre louis d’or. J’ai su depuis, écrit Jameray à Dom Calmet, que le courtisan, à qui on les confia en retint deux pour sa peine ; mais à la cour, comme ailleurs, il faut que chacun vive.

En 1717, Léopold trouva le pâtre de nouveau dans la même forêt, étudiant une carte géographique. Le comte de Vidampierre qui accompagnait le prince, s’approcha de Jameray et lui demanda ce qu’il faisait.
- J’étudie la géographie, répondit le pâtre.
- Est-ce que tu y entends quelque chose ?
Mais oui ; je ne m’occupe que des choses que je peux comprendre.

Frappés de la lucidité des paroles de ce jeune homme, Vidampierre et le baron de Phulschner s’engagèrent à le placer à Pont-à-Mousson, pour y faire ses études. Il accepta. Deux ans après, il était bibliothécaire de Léopold, conservateur des médailles du cabinet de Vienne, et devint un des plus savants numismates de son temps. Sa haute position lui procura le bonheur de pouvoir faire du bien à son premier maître, le pâtre de Clézentaine, et aux solitaires qu’il avait si maltraités. Il fit reconstruire et agrandir l’ermitage. Après avoir voyagé, par ordre de l’Empereur d’Autriche, dans toutes les villes principales de l’Europe, il mourut en 1755.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

JAMEREY Valentin, dit Duval.- Nous descendons à Villers, patrie, a-t-on prétendu, de Valentin Jamerey, dit Duval.

Né en 1695, dans une famille très pauvre, il s’engagea comme domestique chez un cultivateur de son village, d’où il sortit, on ne sait pourquoi, et s’en alla vers les Vosges. Arrivé à Clézentaine, il s’y loua chez le berger du lieu, pour l’aider à paître son troupeau. Ce genre de vie le lassa bientôt ; il s’en fut donc trouver un ermite, à la Rochotte, près de Deneuvre, y apprit un peu à lire, et passa au couvent de Sainte-Anne, près de Lunéville, où son occupation était de garder les bestiaux des religieux dans la forêt de Vitrimont.

Une arithmétique lui étant tombée sous la main, il sentit s’éveiller en lui le goût de l’étude. Le duc Léopold, chassant dans cette forêt, le rencontra qui étudiait avec une grande attention ; il l’interrogea, lui trouva un sens exquis et lui proposa de faire ses études à l’université de Pont-à-Mousson : c’était en 1715.

Jamerey accepta, le coeur plein de joie, parcourut en deux ans le cercle des études, devint bibliothécaire de la cour de Lorraine, conservateur des médailles du cabinet impérial de Vienne, et prit rang parmi les plus savants numismates. La prospérité ne fit point de lui un ingrat : jamais il n’oublia le berger de Clézentaine, qui l’avait recueilli dans la détresse, ni l’ermite de la Rochotte, ni les religieux de Sainte-Anne, dont il fit réparer le couvent à ses frais.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

DUVAL (Valentin Jameray).- C’est un Champenois né à Arthonnay en 1695 et non pas à Villers, près de Mirecourt.

Après avoir erré en Champagne, il s’établit pâtre à Clèzentaine et, tout en gardant ses troupeaux, se voua à l’étude ; deux ans après, entré comme pâtre à Lunéville, il put plus facilement continuer à travailler ; le duc Léopold en chassant dans la forêt de Vitrimont, en 1717, remarqua son assiduité ; il lui fit faire ses études à l’université de Pont-à-Mousson et, au bout de deux ans, devint bibliothécaire du duc, qu’il suivit à Vienne où il devint conservateur des livres et médailles du cabinet impérial d’Autriche sous l’empereur François 1er. C’était un numismate des plus distingués. Il n’oublia jamais son humble origine ni les Vosges où il avait appris à lire. Il a laissé des Mémoires, etc.

Jameray-Duval est mort à Vienne lé 3 novembre 1755.

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