Catherine DE LORRAINE

[ Nancy (54), 03/11/1573 – Paris (75), 07/03/1648 ]

ecclésiastique

Abbesse de Remiremont.

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

CATHERINE DE LORRAINE.- Fille de Charles III, née à Nancy en 1573. Elle refusa la main de l’archiduc d’Autriche, qui fut empereur sous le nom de Ferdinand II, et préféra la vie monastique. Catherine de Lorraine est morte à Paris, en 1648, après avoir été la 59e abbesse de Remiremont.

Dans un siège de cette ville, commandé par le grand Turenne en 1638, elle eut le courage d’aller, à la tête de ses religieuses et des habitants, travailler à réparer les brèches faites par le canon. L’histoire la peint comme une héroïne chrétienne, à qui sa sagesse, son courage et sa piété ont assigné une place distinguée parmi les personnages illustres de la Lorraine. C’est cette princesse qui fonda à Nancy les religieuses bénédictines.


1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

Catherine de LORRAINE.- Fille du duc Charles III, née à Nancy le 3 novembre 1573, brilla de bonne heure, à la cour de Lorraine, par les heureuses qualités dont le ciel s’était plu à la douer. Recherchée en mariage par l’archiduc Ferdinand, depuis empereur sous le nom de Ferdinand II, elle refusa cette brillante union malgré les instances de sa famille, et se retira dans un cloître.

Élue en 1611 abbesse de Remiremont, elle se rendit dans cette ville, délivra les prisonniers, répandit de nombreuses aumônes, et parvint en peu d’années, grâce à des efforts multipliés, à éloigner, de l’abbaye célèbre dont la direction lui était confiée, le désordre qui s’y était quelque peu introduit.

Elle eut, en 1638, occasion de déployer toute l’énergie de son caractère. Turenne, à la tête d’un grand nombre d’hommes de guerre, vint assiéger Remiremont, dont la garnison, à part les bourgeois, ne se composait que de 30 soldats, n’ayant à leur disposition ni artillerie, ni munitions. La princesse Catherine se multiplia pour exalter le courage des assiégés. Grâce à elle, la ville, malgré ses faibles moyens de défense, opposa, aux coups portés par Turenne, la plus énergique résistance. Plusieurs fois on la vit, à la tête de ses religieuses, réparer les brèches faites aux murailles par les boulets ennemis. Le célèbre capitaine donna en vain trois assauts à la place ; repoussé chaque fois, avec de très grandes pertes, il se décida enfin à lever le siége, après avoir perdu plus de 800 de ses meilleurs soldats.

On peut dire que la princesse Catherine de Lorraine a poussé la charité jusqu’à l’héroïsme. Elle demanda souvent l’aumône, de porte en porte, afin de pouvoir mettre à l’abri de la misère, les malheureux qui avaient été ruinés par les guerres de Lorraine.

Elle a donné, dit notre excellent compatriote Jean Ruyr, un tel et tant signalé exemple de bonne vie, que tous les siècles à venir auront subjet et occasion d’en conserver la mémoire. La princesse Catherine est morte à Paris le 4 janvier 1648. Elle fit rebâtir le couvent des capucins de Remiremont, et remplaça les chanoines réguliers, qui occupaient le Saint-Mont, par les bénédictins réformés de Saint-Vanne [Note].

 

Note : La princesse Catherine avait aussi entrepris la construction d’un monastère de bénédictines à Remiremont. Déjà les bâtiments s’élevaient à deux mètres au-dessus des fondations, lorsque des malveillants renversèrent en une nuit toutes les constructions. La princesse, d’après les conseils du duc Henri, son frère, renonça à cette entreprise.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

LORRAINE (Catherine de), abbesse de Remiremont, fille du duc Charles III, est née à Nancy, le 30 novembre 1573. Son père avait pour elle une tendresse toute particulière ; elle était d’une beauté éclatante, d’un courage mâle, d’une grandeur d’âme et d’une constance en toute chose que rien ne pouvait ébranler, d’une prudence extraordinaire et d’une profonde prévoyance, ferme et ingénieuse à surmonter toutes les difficultés.

Elle refusa la main du fils de Charles d’Autriche, devenu empereur sous le nom de Ferdinand II, déclarant à son père qu’elle voulait consacrer à Dieu sa vie entière. Après la mort de ce dernier, Catherine commença sa vie austère dans un couvent de Capucines, et ses frères, le duc Henri II et le comte François de Vaudémont, la placèrent à l’abbaye de Remiremont, où elle devint abbesse en 1611, par la démission de Mme la Rhingrave de Salm.

Elle s’occupa immédiatement de réforme, corrigea de grands abus qui s’étaient glissés parmi les Dames, leur imposa des pénitences, des jeûnes, des aumônes, des arrêts, des prières ; supprima la grotesque cérémonie de conduire Jésus-Christ, sous la figure d’un habitant de la ville, sur un âne, à la procession du dimanche des Rameaux ; elle délivra les prisonniers, enfin elle marqua son entrée à Remiremont par des actes qui ont illustré son nom dans l’histoire de l’abbaye. Après avoir mis bon ordre à tout ce qui était sous ses lois, Catherine alla visiter quelques monastères, à Paris et en Suisse, puis, après avoir étudié les mœurs et coutumes de ces grandes institutions, elle revint à Nancy, pour appliquer les règles les plus sévères dans son monastère de la Consolation, qu’elle avait créé.

Le mariage de Gaston de France, frère de Louis XIII, avec la nièce de l’abbesse, se fit dans le parloir même du monastère. Après cette cérémonie, Catherine se décida à visiter toute sa famille ; elle partit donc pour Besançon, de là à Innsbruck, puis en Bavière, et, après quelques mois d’absence, elle rentra à Remiremont, avec l’intention bien arrêtée de ne plus quitter son asile chéri.

Deux mois venaient de s’écouler, lorsque Turenne, avec une armée assez nombreuse, vint assiéger Remiremont. La place n’était pas en état de défense, trente hommes d’armes seulement en formaient la garnison ; pas d’artillerie, ni de munitions. Les bourgeois étaient braves et toute la population bien décidée à combattre. Charles IV, averti du danger que courait Remiremont, envoya à Catherine de la cavalerie qui put entrer dans la ville le huitième jour du siège.

Cependant le canon ennemi avait fait de grands dégâts, et, sur plusieurs points des fortifications, d’immenses brèches étaient ouvertes. Les femmes de Remiremont furent requises pour les boucher, pendant que les hommes ripostaient au feu de l’ennemi, mais elles refusèrent. C’est en ce moment que Catherine montra son courage et son dévouement ; elle réunit toutes ses Dames, et bientôt les brèches furent comblées et en état de soutenir de nouvelles attaques. Trois assauts successifs eurent lieu : au troisième, le marquis de Ville, qui avait réuni un grand nombre de paysans armés, fit une sortie par la porte du faubourg, et le maréchal de Turenne eut la douleur de compter 800 hommes de ses troupes hors de combat, fut culbuté et renonça à prendre la ville. Pendant tout le temps que dura cette attaque, on vit la princesse Catherine sur tous les points, encourageant les hommes et les femmes, et dirigeant même les feux et les attaques qui se faisaient sur différents points. Toute la gloire de cette grande victoire a été attribuée au courage et à la sage conduite de Catherine de Lorraine.

Les guerres incessantes sous Charles IV ayant amené une grande disette, le peuple se vit réduit à manger de l’herbe. Catherine, avec quelques-unes de ses Dames, firent des quêtes, allèrent même jusqu’à tendre la main aux officiers français dans les hôtelleries. Tant de charités lui amenèrent assez de ressources pour que la misère du peuple diminuât considérablement. Catherine ne négligeait aucune occasion qui pouvait produire une bonne action. Elle mourut à Paris, à l’âge de 75 ans, pour ainsi dire, dans le besoin, puisque de tous ses biens il ne lui restait que mille livres par mois, qu’on refusa de lui payer dans les derniers temps de sa vie.

Grandeur et gloire, héroïsme et charité, jeunesse et charmes, tout s’évanouit ; et, le 4 janvier 1648, la belle et noble Catherine de Lorraine rendit son âme à Dieu.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

LORRAINE (Catherine de), abbesse de Remiremont
Nancy, 3 novembre 1573 – Paris, 7 mars 1648


Catherine de Lorraine (2e personnage à droite de la Vierge) en compagnie des membres de la famille ducale. Tableau votif du duc François II (Musée Lorrain, Nancy, 1631)
 
Fille de Charles III, duc de Lorraine, et de Claude de France, son épouse, elle-même fille du roi de France Henri II et de Catherine de Médicis, Catherine de Lorraine grandit livrée à elle-même et voit, de ce fait, son éducation quelque peu négligée. Tandis que ses sœurs Christine, Elisabeth et Antoinette épousent respectivement le grand-duc de Toscane, le duc de Bavière et le duc de Clèves-Juliers, elle est elle-même demandée en mariage par l’empereur Rodolphe II mais, malgré les pressions de son père, elle refuse cette union glorieuse désirant se consacrer entièrement à Dieu. Sa vocation naissante se trouve cependant troublée par un jeune noble lorrain, Louis de Beauvau, seigneur de Tremblecourt, dont la fin tragique faillit compromettre sa santé à la fois physique et morale. Tremblecourt meurt noyé dans la Moselle à Remiremont selon les uns, exécuté clandestinement selon les autres, accusé d’avoir jeté un sort à la princesse. Ayant invoqué un capucin décédé depuis peu, Félix de Cantalice, Catherine de Lorraine prétend voir son mal disparaître comme par enchantement. Elle contribue alors fortement à la béatification du religieux espagnol qui aboutira en 1625.

Après un séjour à Munich en 1604 auprès de sa sœur, elle revient à Nancy et assiste son père le duc Charles III sur lequel elle exerce une réelle influence jusqu’à sa mort en 1608. Frappée par ce deuil, elle décide de renoncer au monde et de s’enfermer dans le cloître. Elle se fait construire contre l’église des Capucins de Nancy une cellule d’où elle peut assister aux offices. Puis, en 1609, elle fonde, toujours à Nancy, un couvent de Capucines où elle vit reléguée en compagnie de quelques unes de ses anciennes demoiselles d’honneur. Cette aventure mystique prend fin au retour de sa sœur Antoinette devenue veuve ; elle reparaît alors au palais ducal pendant quelques mois. Son frère, le duc Henri II, obtient pour elle de la part du pape une bulle lui accordant la coadjutorerie de l’abbaye de Remiremont (7 novembre 1609). L’abbesse titulaire, Elisabeth Ringraff ayant quitté le monastère, Catherine en assure l’administration dès le début de 1611. Ses chanoinesses commencent à lui faire quelque opposition, mais elle se voit confirmée dans ses fonctions par une bulle pontificale du 10 septembre 1611. Finalement Elisabeth Ringraff renonce en sa faveur à la dignité abbatiale moyennant des compensations financières par un acte accepté par le souverain pontife en date du 7 novembre 1611.

Fortement marquée par son expérience « capucine », pénétrée de l’esprit de la réforme tridentine dans une province qui demeurait un bastion avancé du catholicisme face au protestantisme germanique, Catherine de Lorraine entreprend une tâche immense dès son entrée en fonction à l’abbaye de Remiremont : réformer le chapitre de dames nobles le plus prestigieux qui soit. Avec une énergie passionnée mais surtout maladroite, elle va essayer d’en éliminer les abus pour le faire revenir, autant que faire se pouvait, à la régularité bénédictine qui le régissait avant sa transformation progressive en chapitre de chanoinesses séculières au cours du Moyen Age. Peu enclines à admettre l’autorité d’une abbesse qui leur avait été imposée et qu’elles n’avaient pas élue, fermement accrochées aux privilèges acquis depuis des siècles, la majorité des chanoinesses lui résiste alors pendant un long conflit qui dure de 1611 à 1627. Catherine obtient du pape, dont relevait immédiatement l’abbaye, l’envoi de trois évêques pour procéder à une visite canonique qui tourne à son désavantage (novembre 1613). Elle persévère en obtenant une nouvelle visite en 1614 qui aboutit à la rédaction, de la part de Louis de Saregi, évêque d’Adrie, de décrets réformateurs qui eurent pour résultat de soulever la noblesse lorraine dont étaient issues les chanoinesses. Henri II, duc de Lorraine, finit par désavouer sa sœur qui, la mort dans l’âme, se résigne à plusieurs compromis successifs, en 1615 et 1627, aboutissant à une application partielle des décrets de l’évêque d’Adrie. Encore faut-il l’envoi de plusieurs commissaires pontificaux pour l’obtenir.

Si dans le domaine liturgique et dans la discipline du culte, elle réussit à obtenir quelques améliorations, elle ne parvient ni à imposer son autorité, ni à réintroduire une véritable régularité. Peu diplomate, trop brutale dans son action, Catherine de Lorraine ne dispose pas toujours de toute l’autorité morale nécessaire pour imposer ses vues : cumulant les prébendes, très dépensière, souvent absente de Remiremont, elle ne donne guère l’exemple de pauvreté et d’assiduité qu’elle entendait obtenir des chanoinesses.

Désireuse de compenser son échec relatif, elle assouvit son désir de réforme en fondant à Remiremont un couvent de Capucins (1612) et en facilitant l’adhésion du prieuré du Saint-Mont à la Congrégation de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe (1623). Elle tente même, en 1624, pour narguer les chanoinesses, d’établir des religieuses bénédictines à Remiremont. De retour à Nancy la même année, elle projette d’y créer une abbaye bénédictine. Pour cela, elle se rend au Val-de-Grâce à Paris pour en examiner les règlements ; elle y prend le voile le 22 juin 1624. Un an plus tard, elle fonde dans la capitale lorraine un couvent de bénédictines sous l’invocation de Notre-Dame de Consolation. Elle multiplie alors les fondations en créant en 1631 deux autres prieurés, l’un à Nancy sou l’invocation de Saint Romaric, l’autre à Pont-Saint-Vincent, sous l’invocation de Saint Bernard. Ses trois maisons bénédictines sont érigées en Congrégation sous le titre de l’Etroite Observance (bulle du 11 avril 1631). Le 3 janvier 1632, dans son prieuré nancéien de Notre-Dame, elle accueille pour leurs épousailles Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII et Marguerite de Lorraine, sa nièce, sœur du duc Charles IV. Ce mariage, désavoué par la France, est la cause immédiate de l’envahissement des états lorrains par les troupes de Richelieu. Catherine de Lorraine connaît alors les routes de l’exil : Besançon, Innsbruck, Munich l’accueillent successivement.

De retour temporairement à Remiremont, elle défend sa ville en juillet 1638 contre les soldats de l’armée de Turenne, réussissant à mobiliser la population locale et les quelques chanoinesses restées présentes. Elle réside alors fréquemment dans les Vosges et obtient pour la ville de Remiremont le respect par les deux camps d’un statut de neutralité, plusieurs fois confirmé (1639). Elle arrive aussi à obtenir les mêmes avantages pour Saint-Dié, Epinal, Arches et Bruyères. Celle que l’on appelle alors Madame de Remiremont arrive, dans une époque de calamités, à éloigner quelque peu les malheurs de la guerre de ce coin des Vosges. Cette tranquillité dure jusqu’en 1641. En 1643, après la mort de Richelieu et de Louis XIII, Marguerite de Lorraine, sa nièce, est autorisée à rentrer en France où son union avec Gaston d’Orléans est à nouveau consacrée. Cette dernière invite sa tante à Paris où elle fait de fréquents séjours au sein des bénédictines du Val-de-Grâce. Elle y fait son testament le 30 décembre 1646 et y termine une existence tout entière marquée par la triple passion de l’autorité, des fondations et de la vie religieuse.


Bibl. : Pfister (Christian), Catherine de Lorraine, in Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1897.
Pernot (Michel), Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont – Réflexions sur l’échec d’une réforme, in Remiremont, l’abbaye et la ville – Actes des journées d’études vosgiennes, 1980, p. 95-128.


[Pierre Heili]

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