1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
LORRAINE (Catherine de), abbesse de Remiremont
Nancy, 3 novembre 1573 – Paris, 7 mars 1648
Fille de Charles III, duc de Lorraine, et de Claude de France, son épouse, elle-même fille du roi de France Henri II et de Catherine de Médicis, Catherine de Lorraine grandit livrée à elle-même et voit, de ce fait, son éducation quelque peu négligée. Tandis que ses sœurs Christine, Elisabeth et Antoinette épousent respectivement le grand-duc de Toscane, le duc de Bavière et le duc de Clèves-Juliers, elle est elle-même demandée en mariage par l’empereur Rodolphe II mais, malgré les pressions de son père, elle refuse cette union glorieuse désirant se consacrer entièrement à Dieu. Sa vocation naissante se trouve cependant troublée par un jeune noble lorrain, Louis de Beauvau, seigneur de Tremblecourt, dont la fin tragique faillit compromettre sa santé à la fois physique et morale. Tremblecourt meurt noyé dans la Moselle à Remiremont selon les uns, exécuté clandestinement selon les autres, accusé d’avoir jeté un sort à la princesse. Ayant invoqué un capucin décédé depuis peu, Félix de Cantalice, Catherine de Lorraine prétend voir son mal disparaître comme par enchantement. Elle contribue alors fortement à la béatification du religieux espagnol qui aboutira en 1625.
Après un séjour à Munich en 1604 auprès de sa sœur, elle revient à Nancy et assiste son père le duc Charles III sur lequel elle exerce une réelle influence jusqu’à sa mort en 1608. Frappée par ce deuil, elle décide de renoncer au monde et de s’enfermer dans le cloître. Elle se fait construire contre l’église des Capucins de Nancy une cellule d’où elle peut assister aux offices. Puis, en 1609, elle fonde, toujours à Nancy, un couvent de Capucines où elle vit reléguée en compagnie de quelques unes de ses anciennes demoiselles d’honneur. Cette aventure mystique prend fin au retour de sa sœur Antoinette devenue veuve ; elle reparaît alors au palais ducal pendant quelques mois. Son frère, le duc Henri II, obtient pour elle de la part du pape une bulle lui accordant la coadjutorerie de l’abbaye de Remiremont (7 novembre 1609). L’abbesse titulaire, Elisabeth Ringraff ayant quitté le monastère, Catherine en assure l’administration dès le début de 1611. Ses chanoinesses commencent à lui faire quelque opposition, mais elle se voit confirmée dans ses fonctions par une bulle pontificale du 10 septembre 1611. Finalement Elisabeth Ringraff renonce en sa faveur à la dignité abbatiale moyennant des compensations financières par un acte accepté par le souverain pontife en date du 7 novembre 1611.
Fortement marquée par son expérience « capucine », pénétrée de l’esprit de la réforme tridentine dans une province qui demeurait un bastion avancé du catholicisme face au protestantisme germanique, Catherine de Lorraine entreprend une tâche immense dès son entrée en fonction à l’abbaye de Remiremont : réformer le chapitre de dames nobles le plus prestigieux qui soit. Avec une énergie passionnée mais surtout maladroite, elle va essayer d’en éliminer les abus pour le faire revenir, autant que faire se pouvait, à la régularité bénédictine qui le régissait avant sa transformation progressive en chapitre de chanoinesses séculières au cours du Moyen Age. Peu enclines à admettre l’autorité d’une abbesse qui leur avait été imposée et qu’elles n’avaient pas élue, fermement accrochées aux privilèges acquis depuis des siècles, la majorité des chanoinesses lui résiste alors pendant un long conflit qui dure de 1611 à 1627. Catherine obtient du pape, dont relevait immédiatement l’abbaye, l’envoi de trois évêques pour procéder à une visite canonique qui tourne à son désavantage (novembre 1613). Elle persévère en obtenant une nouvelle visite en 1614 qui aboutit à la rédaction, de la part de Louis de Saregi, évêque d’Adrie, de décrets réformateurs qui eurent pour résultat de soulever la noblesse lorraine dont étaient issues les chanoinesses. Henri II, duc de Lorraine, finit par désavouer sa sœur qui, la mort dans l’âme, se résigne à plusieurs compromis successifs, en 1615 et 1627, aboutissant à une application partielle des décrets de l’évêque d’Adrie. Encore faut-il l’envoi de plusieurs commissaires pontificaux pour l’obtenir.
Si dans le domaine liturgique et dans la discipline du culte, elle réussit à obtenir quelques améliorations, elle ne parvient ni à imposer son autorité, ni à réintroduire une véritable régularité. Peu diplomate, trop brutale dans son action, Catherine de Lorraine ne dispose pas toujours de toute l’autorité morale nécessaire pour imposer ses vues : cumulant les prébendes, très dépensière, souvent absente de Remiremont, elle ne donne guère l’exemple de pauvreté et d’assiduité qu’elle entendait obtenir des chanoinesses.
Désireuse de compenser son échec relatif, elle assouvit son désir de réforme en fondant à Remiremont un couvent de Capucins (1612) et en facilitant l’adhésion du prieuré du Saint-Mont à la Congrégation de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe (1623). Elle tente même, en 1624, pour narguer les chanoinesses, d’établir des religieuses bénédictines à Remiremont. De retour à Nancy la même année, elle projette d’y créer une abbaye bénédictine. Pour cela, elle se rend au Val-de-Grâce à Paris pour en examiner les règlements ; elle y prend le voile le 22 juin 1624. Un an plus tard, elle fonde dans la capitale lorraine un couvent de bénédictines sous l’invocation de Notre-Dame de Consolation. Elle multiplie alors les fondations en créant en 1631 deux autres prieurés, l’un à Nancy sou l’invocation de Saint Romaric, l’autre à Pont-Saint-Vincent, sous l’invocation de Saint Bernard. Ses trois maisons bénédictines sont érigées en Congrégation sous le titre de l’Etroite Observance (bulle du 11 avril 1631). Le 3 janvier 1632, dans son prieuré nancéien de Notre-Dame, elle accueille pour leurs épousailles Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII et Marguerite de Lorraine, sa nièce, sœur du duc Charles IV. Ce mariage, désavoué par la France, est la cause immédiate de l’envahissement des états lorrains par les troupes de Richelieu. Catherine de Lorraine connaît alors les routes de l’exil : Besançon, Innsbruck, Munich l’accueillent successivement.
De retour temporairement à Remiremont, elle défend sa ville en juillet 1638 contre les soldats de l’armée de Turenne, réussissant à mobiliser la population locale et les quelques chanoinesses restées présentes. Elle réside alors fréquemment dans les Vosges et obtient pour la ville de Remiremont le respect par les deux camps d’un statut de neutralité, plusieurs fois confirmé (1639). Elle arrive aussi à obtenir les mêmes avantages pour Saint-Dié, Epinal, Arches et Bruyères. Celle que l’on appelle alors Madame de Remiremont arrive, dans une époque de calamités, à éloigner quelque peu les malheurs de la guerre de ce coin des Vosges. Cette tranquillité dure jusqu’en 1641. En 1643, après la mort de Richelieu et de Louis XIII, Marguerite de Lorraine, sa nièce, est autorisée à rentrer en France où son union avec Gaston d’Orléans est à nouveau consacrée. Cette dernière invite sa tante à Paris où elle fait de fréquents séjours au sein des bénédictines du Val-de-Grâce. Elle y fait son testament le 30 décembre 1646 et y termine une existence tout entière marquée par la triple passion de l’autorité, des fondations et de la vie religieuse.
Bibl. : Pfister (Christian),
Catherine de Lorraine, in
Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1897.
Pernot (Michel),
Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont – Réflexions sur l’échec d’une réforme, in
Remiremont, l’abbaye et la ville – Actes des journées d’études vosgiennes, 1980, p. 95-128.