Baron d'Empire. Député des Vosges (1820-1824, 1827-1828).
1829 —
Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel
BUQUET Louis Léopold, baron.- Chevalier de Saint-Louis, commandant de la légion d’honneur, maréchal de camp, né à Charmes vers 1767, domicilié à Nancy ; il est entré au service en 1791, et fut tour à tour l’adjoint, l’aide de camp et le chef d’état-major de Kléber ; et, en dernier lieu, chef d’état-major général près le premier inspecteur de la gendarmerie.
Depuis la Restauration, M. le baron Buquet a été nommé plusieurs fois membre de la chambre des députés du département des Vosges : la vie de cet officier général présente des actes de bravoure, d’habileté et de talents militaires qui ne le cèdent à aucun de son grade.
1836 —
Annuaire administratif et statistique des Vosges 1836 / Charles Charton
Le général BUQUET.- Il est mort en 1835 un homme que le département des Vosges doit compter au nombre de ses illustrations, sinon les plus éclatantes, au moins les plus irréprochables : le général Buquet aîné.
Au sortir du collège Saint-Claude de Toul et des écoles de Nancy, le jeune Buquet était revenu dans ses foyers à Charmes, latiniste et jurisconsulte, et possédant les avantages d’une forte éducation dont les officiers sont trop souvent privés, lorsque les événements de 1792, qui précipitaient l’Europe contre la France, lui mirent les armes à la main pour la défense de sa patrie.
Engagé dans le quatrième bataillon de volontaires des Vosges, où l’amitié de ses camarades lui fit faire un chemin rapide, il fut bientôt distingué de Kléber, qui, dès avant la mort de Custine se l’attacha comme adjoint et peu après comme aide-de-camp, plus tard comme chef d’état-major.
L’obéissance militaire l’ayant forcé de partager les destinées de la garnison de Mayence et d’aller faire la guerre dans les départements de l’ouest, où les Français avaient des Français à combattre, il sut réduire aux plus strictes limites les pénibles devoirs de sa position, se montrant habile, ingénieux, inventif dans l’art d’épargner du sang. Et ce n’étaient point chez lui les simples mouvements d’une pitié passagère : bienfaisant après avoir été généreux, il veillait à ce que les victimes arrachées à la mort pussent conserver la vie qui leur était rendue. Il lui est arrivé souvent de nourrir de sa bourse les jeunes Vendéens qu’il avait sauvés, un d’eux, entre autres, qu’il a continué de protéger quinze ans, et qui le regardait comme un père.
De telles vertus à la guerre sont plus rares que la bravoure : nous ne parlerons pas de la sienne. C’est assez de rappeler, parmi les preuves nombreuses qu’il en donna, cette charge brillante, par laquelle, sous les yeux de Kléber et à la tête d’une couple d’escadrons, il parvint, au prix des plus grands efforts et d’une blessure qui lui ouvrit le crâne, à dégager du dernier péril l’adjudant-général Ney, celui qui devait un jour, en Russie, échanger ce nom contre celui de la Moskowa.
Lui aussi, qui joignait si bien au courage l’esprit d’ordre et de calcul, le sang-froid, l’aplomb et la fermeté du commandement, lui aussi, quand se développèrent sous Napoléon les immenses succès de la France, il aurait pu être appelé à tout ; mais avant cette époque, sa carrière de combattant avait été fermée. Colonel depuis 1795, il se trouvait en 97 auprès du général Colaud, chargé alors des siéges de Mayence et d’Ehrenbreitstein, lorsque les blessures trop graves dont il était couvert, lui firent reconnaître à regret l’impossibilité de continuer des fonctions si active, auxquelles sa tête était plus propre que jamais, mais dont son corps ne suffisait plus à bien remplir les exigences. On ne consentit pas néanmoins pour cela à se priver de ses services ; il passa dans la gendarmerie, arme importante mais bornée, qui demande plus que tolite autre la réunion d’une foule de qualités solides, mais où les désirs ambitieux ne sauraient aller chercher un avenir.
Appelé à Paris pour la réorganiser en France, il fut envoyé peu d’années après en Italie, pour la créer dans les états de Gênes, de Parme et de Plaisance. En 1804, Napoléon l’ayant fait général de brigade et chef d’état-major général du maréchal Moncey, il eut à porter, sous les ordres de ce dignitaire, le poids de l’inspection de la gendarmerie de tout l’empire, et ce fut en son propre nom qu’il en eut la responsabilité pendant l’absence du duc de Conégliano, employé quinze mois en Espagne. Lui-même y fut envoyé au commencement de 1810 ; et, présentant là presque seul, au milieu des abus et des désordres de tout genre, l’exemple d’une probité sans tache et d’une austérité de moeurs antique, il y resta jusqu’a la fin le chef de la force publique de l’armée, comme il l’avait été déjà en 1803, au camp de Boulogne et sur les côtes de l’Océan.
La paix de 1814 mit fin à ses services, devenus dès longtemps ceux d’un organisateur, d’un administrateur et d’un juge, autant que ceux d’un militaire. Une fois seulement, depuis ce qu’on pourrait appeler sa retraite des champs de bataille, il avait eu l’occasion de déployer encore le nerf et l’ardeur d’un vrai soldat. Lorsque les Anglais, enhardis par l’absence de l’empereur et par celle de nos corps d’armée, occupés les uns à Madrid, les autres à Wagram, firent devant Flessingue leur descente inattendue et menacèrent d’invasion le nord de la France, il fallut trouver des ressources subites, et donner à des troupes improvisées des chefs capables et courageux. Le général Buquet fut chargé de créer une cavalerie et de la commander ; et dans cette courte mais importante mission, on put retrouver en lui toute la vigueur du digne compagnon de Kléber.
Au retour des Bourbons, il put enfin goûter le repos ; et loin de s’en lasser, comme d’autres, et de rien faire pour en sortir, il se complut dans une vie solitaire et champêtre, d’où ne l’arrachèrent qu’avec peine les suffrages des électeurs vosgiens, qui le choisirent trois fois pour leur mandataire législatif, en 1815, 1820 et 1827. Homme de conseil et d’action, mais non de phrases, il ne monta jamais à la tribune : il se contenta de porter à la chambre ce désintéressement, cette droiture et cette sagesse qui l’accompagnaient partout.
Quand, à la suite des journées de juillet 1830 et dans l’appréhension sérieuse d’une conflagration générale, on crut redevenus nécessaires tous ceux qui jadis avaient rendu respectable la cocarde tricolore, et quand la plupart des officiers généraux de l’empire furent relevés de leur retraite et replacés sur les cadres de disponibilité, le général Buquet, désigné pour cette faveur, ne consentit point à l’accepter. On ne l’obligeait cependant à rien ; et si plus tard il se fut trouvé appelé à prendre un commandement et qu’il ne l’eût pas pu, toute liberté qu’il restait de retourner alors à sa paisible position dans ses foyers. Mais, averti par instinct que sa santé allait bientôt défaillir, il ne voulut pas recevoir de son pays une solde qu’il ne pourrait plus, au moment du danger, mériter par des services effectifs. En pareil cas le refus n’est qu’un devoir, mais un de ces devoirs que peu de gens accomplissent.
Il avait toujours été fidèle à s’acquitter des siens. Ses père et mère qu’il vénéra comme notre siècle ne sait plus le faire ; sa femme, enlevée trop vite à son amour et dont il n’offensa jamais la mémoire ; ses enfants, pour lesquels il joignit constamment la douceur à l’autorité ; sa famille qu’il fut attentif à diriger et secourir ; ses compatriotes qu’il servit de son vote et de son épée ; ses chefs et ses subordonnés, auxquels il sut obéir avec zèle ou commander avec paternité ; tous ceux enfin envers qui la providence lui avait donné des obligations, n’avaient eu qu’à se louer de la manière dont il les avait remplies ; et Dieu ne l’a retiré du monde que lorsqu’il n’avait plus de dettes à y payer, même envers lui.
Cet homme loyal, universellement estimé, cachait sous des formes simples une capacité remarquable, un imposant assemblage d’énergie et d’intelligence, qu’il ne révélait qu’au besoin ; et sa figure, dont l’expression habituelle ne semblait annoncer qu’une bonhomie presque vulgaire, prenait, lors des circonstances décisives, une noblesse frappante, qui, dans certains moments solennels, allait jusqu’à la majesté. Rien de plus digne, de plus calme et de plus consolant que sa fin. Un nombreux concours d’appréciateurs et d’amis, que touchèrent vivement les adieux adressés au mort par une voix fraternelle, avait voulu suivre sa dépouille mortelle au champ du repos, où les Vosgiens qui passent à Nancy peuvent aller lire sur sa tombe :
Ici repose
M. Louis-Léopold, baron Buquet,
Général,
Commandeur de la Légion d’honneur
Et chevalier de Saint-Louis ;
Ancien chef d’état-major général
De la gendarmerie de France,
Ancien député des Vosges,
Né à Charmes le 5 mai 1768,
Mort à Nancy le 25 avril 1835.
Estimé jadis de Kléber,
Qui le choisit pour se l’attacher,
Parmi les braves de Sambre-et-Meuse,
Il se fit remarquer,
Comme une glorieuse exception,
Par son humanité dans les guerres civiles,
Par sa probité dans les guerres d’Espagne.
Député indépendant, mais sage et modéré,
Fils respectueux, père tendre, ami sûr,
Il avait vécu en honnête homme,
Il est mort en chrétien.
1845 —
Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton
A une époque plus rapprochée, Charmes a produit encore plusieurs hommes distingués, parmi lesquels nous citerons :
M. Louis-Léopold, baron de Buquet, né le 5 mai 1768, mort a Nancy le 5 avril 1835, général, commandeur de la Légion—d’Honneur et chevalier de St-Louis, chef d’état—major général de la gendarmerie de France et député des Vosges.
Les paroles gravées sur sa tombe renferment toute sa biographie : Estimé jadis de Kléber, qui le choisit pour se l’attacher parmi les braves de Sambre-et-Meuse, il se fit remarquer, comme une glorieuse exception, par son humanité dans les guerres civiles et par sa probité dans les guerres d’Espagne ; il fut député indépendant, sage et modéré.
Une Notice sur M. Baquet se trouve dans l’Annuaire de 1836.
[Tome 2, pages 104-105].
1848 —
Biographie vosgienne / François Vuillemin
BUQUET Louis Léopold.- Baron, général, commandeur de la Légion d’Honneur, naquit à Charmes, le 5 mai 1768. Après de bonnes études au collège de Toul, il revint à Charmes, et s’engagea, en 1792, dans le 4e bataillon de volontaires des Vosges ; il y reçut un avancement rapide, se fit remarquer de Kléber, et celui-ci se l’attacha d’abord comme adjoint, plus tard comme aide de camp, et enfin comme chef d’état-major.
Il se distingua en maintes occasions ; un jour, notamment, à la tête de deux escadrons seulement, il exécuta une charge si brillante, qu’il parvint à dégager l’adjudant-général Ney, entouré de toutes parts par des masses profondes ; il reçut, dans cette charge, une blessure qui lui ouvrit le crâne. Désigné pour faire partie de l’armée de l’Ouest, il s’appliqua à épargner, autant que faire se pouvait, le sang des malheureux vendéens.
En 1797, les blessures dont il était couvert ne lui permettant plus de faire partie de l’armée active, il sollicita l’autorisation de se retirer ; on ne voulut pas, toutefois, se priver de ses services ; il passa, avec son grade de colonel, dans la gendarmerie, et s’occupa de la réorganisation de cette arme en France et en Italie. En 1804, Napoléon l’ayant nommé général de brigade et aide de camp du maréchal Moncey, il fut chargé de l’inspection de la gendarmerie dans toute l’étendue de l’empire. Il la commanda en Espagne en 1810, et conserva, au milieu d’abus de tous genres, la probité la plus intègre.
Rentré dans la vie privée, à la restauration, il n’en sortit que pour remplir le mandat législatif qui lui fut confié en 1815, en 1820 et en 1827, par les électeurs du département des Vosges. Après la révolution de 1830, il fut désigné pour rentrer dans le service actif ; mais sa santé, qui commençait à défaillir, lui fit un devoir de ne point accepter de commandement. Il est mort à Nancy, le 25 avril 1835.
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
BUQUET Louis Léopold, baron.- Né à Charmes en 1768. Il fut élevé au collège ecclésiastique de Toul, où ses talents le distinguèrent.
La Révolution arrivée, il s’engagea dans les volontaires des Vosges, où il reçut un avancement rapide ; il se fit remarquer de Kléber, qui se l’attacha comme aide de camp, puis comme chef d’état-major. Envoyé à l’armée de l’Ouest, en qualité de colonel, il s’appliqua autant qu’il put à épargner les désastres, et s’y conduisit avec grande humanité envers les vaincus.
En 1797, les blessures dont il était couvert ne lui permettant plus de rester dans l’armée active, il passa dans la gendarmerie avec son grade, et s’occupa de la réorganisation de cette phalange d’élite.
Nommé général de brigade en 1804, il fut chargé de l’inspection de la gendarmerie dans toute l’étendue de l’Empire. Il suivit en Espagne le maréchal Moncey ; il y combattit à la tête des gendarmes, et au milieu des abus de tout genre, il montra la probité la plus intègre.
A la Restauration, le général Buquet rentra dans la vie privée : on ne l’y laissa point en paix. Élu député des Vosges, il se jeta malheureusement dans cette opposition soi-disant libérale, qui mena la France à la catastrophe de 1830. Il fut alors rappelé à l’activité, mais il refusa de prendre un commandement : il sentait ses forces défaillir. Il mourut dans une retraite paisible, à Nancy, en 1835.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
BUQUET (Louis Léopold).- C’est l’aîné des deux généraux Buquet ; l’ancien aide de camp de Kléber. Il est né à Charmes le 5 mai 1768.
Parti comme volontaire au 4e bataillon des Vosges en 1791, il fut distingué par le général Kléber qui l’attacha à son état-major comme adjoint aux adjudants généraux, le 30 mars 1793, puis comme aide de camp, le 16 août suivant. Il combattit vaillamment sur le Rhin, en Allemagne et en Vendée, et passa chef de bataillon, le 7 janvier 1794, adjudant-général chef de brigade, le 13 juin 1795. Mais épuisé de fatigues et couvert de blessures, il ne put pas continuer le service actif et fut nommé colonel de gendarmerie, le 11 mai 1797 ; il commanda la 18e légion à Metz, le 19 octobre 1798.
Général de brigade le 20 octobre 1804, il devint adjoint au maréchal Moncey, inspecteur général de la gendarmerie. Pendant la guerre d’Espagne, le 6 décembre 1809, il fut mis à la tète des légions de gendarmerie mobilisées appelées à faire le service dans la péninsule.
Admis à la retraite le 1er septembre 1814, il fut élu parles Vosges, en mai 1815, membre de la Chambre des Représentants, dont la durée fut éphémère. Député des Vosges en 1820, il échoua en 1824, mais il fut encore réélu en 1827 et siégea dans les rangs de l’opposition libérale. A la Révolution de juillet 1830, il ne put pas, à cause de sa santé, rentrer dans l’armée.
Le général Léopold Buquet est mort à Montauville, près de Nancy, le 25 avril 1835. Il était commandeur de la Légion d’honneur depuis le 30 juin 1811 et baron de l’Empire, depuis le 15 août 1810.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
BUQUET (Louis-Léopold), général, baron d’Empire, député des Vosges
(Charmes-sur-Moselle, 5 mai 1768 - Nancy, 25 avril 1835)
Après des études au collège Saint-Claude de Toul, il est reçu avocat à Nancy en 1790. Il s’engage ensuite comme volontaire dans le 4° bataillon des Vosges et ses camarades l’élisent sergent-major. En 1793, il est adjoint au général Kléber dont il devient l’ami et le confident. Il le suit devant Mayence, en Vendée, où il montre beaucoup d’humanité, à l’armée du Nord et de Sambre-et-Meuse. Le 15 juillet 1794, il s’élance au secours du capitaine Ney devant Louvain et le sauve au prix d’une blessure au bras qui le ramène en convalescence à Charmes.
Nommé adjudant-général en 1795, il rejoint l’année de Kléber en Belgique avant d’être versé dans la gendarmerie dont il monte rapidement les échelons : chef d’escadron en 1797 ; chef de la 18° Légion à Metz en 1798 ; commandant de la force publique des camps et années des Côtes de l’Océan en 1803 ; premier inspecteur général de la gendarmerie en 1804. A partir de ce moment, il remplit pendant dix ans les importantes fonctions de chef d’État-Major général de la gendarmerie de l’Empire.
En 1805, Buquet est chargé d’organiser la gendarmerie dans les nouveaux départements italiens de Marengo, Montenotte, Apennins et Taro et dans les états de Gênes, Parme et Plaisance. Il est promu général de brigade la même année. De 1807 à 1809, il est à nouveau chargé de l’inspection générale de la gendarmerie. En Espagne, il organise et commande 20 escadrons puis 5 légions. Il se distingue au combat de Talaveira où il est blessé. Emmené prisonnier à Cadix, il s’évade et participe au retrait des troupes françaises de la péninsule. Baron d’Empire en 1811, il prend part encore au combat de Toulouse (10 avril 1814), où le maréchal Soult lutte toute une journée à un contre trois. Il redevient inspecteur général de la gendarmerie pendant les Cent-Jours. Au cours de cette même période, les électeurs vosgiens en font leur représentant à l’Assemblée au mois de mai.
Après 1815, le général Buquet se retire dans sa maison de campagne près de Nancy. Mais ses compatriotes l’élisent à nouveau député des Vosges. Il exerce deux mandats, de 1820 à 1824 tout d’abord, puis de 1827 à 1830, au cours desquels il vote avec l’opposition. Son frère cadet auquel le liait une indéfectible amitié et avec lequel il partagea ses dernières années fit son éloge funèbre.
Bibl. : Georgel (A.), p. 150.
Bouvier.-
Bibliographie générale vosgienne, p. 370.
Arts et gloires de Charmes et du canton, p. 163-169.
[Pierre Heili].